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DESCRIPTION

GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE,

CHRONOLOGIQUE, POLITIQUE, ET PHYSIQ.UE

DE L'EMPIRE DE LA CHINE

K T DE LA

TARTARIE CHINOISE,

ENRICHIE DES CARTES GÉNÉRALES ET PARTICULIERES de ces Pays, de la Carte générale & des Cartes particulières du Thibet, & de la Corée ; & ornée d'un grand nombre de Figures & de Vignet- tes gravées en T!^lle - douce.

Tar le P. J. B. DU HALDE, de la Compagnie de Jésus.

Avec un Avertiflement préliminaire , l'on rend compte des principales améliora- tions qui ont été faites dans cette Nouvelle Edition.

TOME PREMIER.

ê»

A LA HA TE

S

m

HENRI SCHEURLEER.

M. D C C, XXXVI.

•î) il'

A U R O I

IR E,

LE favorable accueil que Votre Majesté' B daigné faire au grand nombre de Caries répandues

al dans

IV E P I T R E.

dans cet Ouvrage , ma infpiréla confiance avec laquel- le jofe le faire paroître fous fi)n Aiigufte Nom, ê? ma fait même efpérer quElle pourra prendre quelque plat- fir à le lire. J'ai cru quune Défription exaBe de tant de Pays fotmis à T Empereur de la Chine , & fi peu connus, ne feroit pas tout fait indigne de V atten- tion de Votre Majesté'.

Kous y verrez, SIRE, que la plus ancienne Mo- narchie de r Univers ne doit fa durée, fa fplendeur, & fa tranquillité quà la parfaite fubordination qui a ré- gné confi animent entre les différens Membres d'un fi vafie Etat.

Vous y trouverez ces grandes maximes , gravées de fi bonne heure dans Vôtre ame par les mains habiles qui ont cultivé Vos vertus naijfantes , Quun Prince nefi fi fort élevé - au- dejfus du refie des hommes, que pour procurer leur Bonheur, en protégeant la Vertu & en réprimant le Vice; que la Bonté & la Jufiice font les deux plus fermes appuis du Trône; qiiun Souverain eft le Père defon Peuple , & que fit plus folide gloire efi de régner fur les cœurs defes Sujets,

Mais , ce qui ne touchera pas moins Votre Ma* JE s te', c efi fans doute le progrès de la vraje Réli- gion chez une Nation, à laquelle, à en parler en gé- néral, il ne manque pour fon bonheur que le don pré^ deux de la Foi.

Dans

E P I T R E. V

V Dans le dernier Siècle on vit naître en faveur des Ouvriers Evangéliques , un merveilleux concours de proteBion entre le plus puijfant Monarque de l'Europe^ é? le plus grand Prince de l'Orient. V ardeur infinie que r Empereur Cang hi eût pour les Sciences ^ donna aux Minijlres de P Evangile un accès facile auprès de fa perfonne, & leur ajfûra un ferme appui contre les en- nemis du nom Chrétien,

' D\me autre part j Louis le Grand, tout occupé qu il étoit des affaires ks plus importantes, & dans le fort des plus cruelles guerres, porta fe s vues jufquà cette extrémité de ÎAfie : dans le deffein quil avoit formé d'y étendre le Royaume de Jefus-Chrijl , & d'en tirer des connoiffances utiles à l'avancement des Sciences, il jet ta les yeux fur un nombre de Je fuit es, dont il connoiffoit la vertu & la capacité. A leur dé'- part pour la Chine , il les honora du titre de fes Ma- thématiciens ; il accrédita leur miniflere, il leur affi- gna des penfions, & il les combla de bienfaits.

Il ny a guères eu d'années dans la fuite qu'on nait vu des fucceffeurs de leur zèle, partir de nos ports, pour aller partager leurs travaux, âP tâcher de remplir les intentions d'un fi religieux Monarque.

Comme enfuccédant au Trône de ce grand Prince, que J^ous avez pris pour modèle , Vous Vous êtes fait une Loi, SlRE, de fuc céder à fes grandes vues , à

a 3 fou

vj E P I T R E.

fon amour pour les Lettres, à fa piété fmcere^ & à fou zèle pour la Religion ; ces Hommes Apofloliques éprouvent la même protection de la part de Votre Majesté'; ilsjoûijjent des mêmes grâces & des mê- mes libéralitez.

Ce nefi pas vainement , SIRE, que Fos^ Peu- ples fe font flattez de voir revivre ce grand Roi en la Perfonne de Votre Majesté. Cette longue Paix ménagée par f^os foins, & affermie par^ Votre fageffe.a été le fruit des dernières inflr unions quil Vous p , en Vous remettant fon Sceptre & fa Couronne, ^ L'Europe entière Fa fi bien reconnu , quelle a cru àe^ voir Vous confier fes intérêts, en Vous rendant le Mé- diateur & r Arbitre de fes différends.

Elle joûiroît encore de cette heureufe Paix, fi des ennemis fecr et s de Vôtre Grandeur & de Vôtre Modé- ration , ne Vous avoient forcé de prendre les armes , non pas pour reculer Vos frontières , ou pour augmenter Vôtre puiffance , mais uniquement pour venger la ma- jefté de Vôtre Trône offenfée , 6? pour fout enir les droits d'une Nation libre , & d'un illuftre Allié qtion vmh

hit opprimer. ^ c t t> tr

Mais, ce quonnefçauroit affez admirer, SlRli, cejl quau milieu de fes fuccés & de fes triomphes. Votre Majesté nen efi pas moins difpofée à écouter des paroles de paix, ^ qu Elle préfère le repos,

public

E P I T R E. vi;

public êf la félicité defes Peuples aux plus éclatant es vi^oires.

Ces vertus pacifiques verfées dans Votre fein par Tej- prit de Jcigefie , qui préfide à Vos Confeils , ne pou- vaient manquer d'attirer fur Vôtre Perfonne & fur Vôtre Etat ^ les plus précietfes faveur s du CieL Nous £n avons des témoignages bien fenfibles.

Combien la divine Providence a-t-elk été attentive à la confier vat ion de Vos jours dans ces premières années ^ la délie atejfie de Vôtre fiante^ & diverfies atteintes de maladies nous caufoient les plusjufies allarmes !

Quelles bénédictions le Seigneur ne continu'é4-il pas de répandre fiur les nœuds fiacrez, qui Vous uniffent à une Reine j née dans le fiein de la piété ^ & qui en don- ne chaque jour les plus grands exemples]

De quelle protehion le Ciel ne favorifie-t-il pas la jifi îice de Vos armes] On n en peut douter^ cefi le Dieu des Armées qui a infipiré à Vos troupes ce courage ^ cette intrépidité ^ dont il y a fit peu d'exemples^ & qui dans une feule campagne couronne la droiture de Vos in- tentions^ par une fiait e de profipéritez & de victoires.

Mais y qu il vous efi glorieux f SIRE, de n avoir que des penjées de paix dans le tems même de Vos con- tinuels fuccèsl ^i il efi rare de trouver 'i même dans les plus grands Princes y un pareil défintérejfiementl Ilfior- £erajans doute la même PSjfiance qui Vous a contraint

de

viij E P I T R E.

de prendre les armes , à en reconnoùre lajufliceB l'é- quité. L'Europe pacifiée par Vôtre modération, ne Votts laiJfera plus d'autres ennemis à combattre, que les ennemis de la Religion : Vôtre zèle & Vôtre auto- rité difftperont bientôt les noirs complots de l'erreur^ & de incrédulité : & ces monfires n auront pas plutôt difparu, que Vous ferez régner fans peine dans tous les cœurs, celui par qui Vous régnez avec tant de gloire. Puijftez-Vous , SIRE, en marchant ainft fur les traces de Vôtre Augufie Bifayeul, voir, comme lui, îine pofiérité nombreife , élevée fous Vos yeux, B forr mée fur Vos vertus\ Puiffiez-Vous, silfepeut,furpaf fer même la gloire & le nombre des années de ce^ grand Monarque ! Ce font les vœux de celui de Vos Sujets qui Vous efi le plus dévoué, & qui efi avec le plus profond refpe&t i

S I R E>

DE Votre Majesté,

Le très-humbîe, très-obéïlTant , & très-fidèle ferviteur& Sujet, Jean-Baptiste du 1 1 A L.D E , de la Compagnie de J e s u s.

PRE-

P R E F A CE.

^'EMPIRE de la Chine a été depuis fort longtems un objet de curiofité pour l'Euro- pe* les premières connoiflances qu'on en /\ \^'M^'ûr\ ^^^ ' trouvèrent d'abord peu de créance dans ÇL^<S?*^€ ^^^ efprits; la Relation que publia le voya- geur Vénitien, qui, à la fiiite des Tartares, avoit parcouru quelques Provinces de cet Empire, paflà pour le fruit d'une imagination qui cherchoit à s'égayer j tout ce qu'il racontoit de l'ancienneté de cette Monarchie, de la fageiïe de fes loix & de fbn gouvernement , de la fer- tilité de fès terres , des richefîès de fbn commerce , de la multitude prodigieufe de fès habitans , de la douceur & de la politefîè de leurs mœurs , de leur application à faire fleu- rir les Arts & l'Agriculture, de leur goût & de leur ar- deur pour les Sciences , tout cela fut regardé comme de pures fiélions , la vraifèmblance n'étoit pas mê- me obfèrvée. On ne pouvoit perfuader qu'au-delà de tant de Nations à -demi barbares, & à l'extrémité de l'Afîe, il trouvât un puilTànt Etat, qui ne le cé- doit guères aux Etats les mieux policez de l'Europe.

Avec le tems on revint de ces préjugez , & l'on ren- dit plus de juilice à la fincérité de l'Auteur Vénitien,

b - fur:

X PREFACE.

fîirtout lorfqu'on vit (jue ce qu'il avoit avancé, s'accor- doit avec les Relations que donnèrent les premiers Mit fionaires, qui vers la fin du quinzième Siècle pénétrè- rent enfin dans la Chine, dont jufqu'alors, par des vues politiques de cette Nation, l'entrée avoit été fermée à tous les Etrangers. On ne put pas s'empêcher de fe rendre, & d'ajouter foi au témoignage de perfbnnes, que leur état, leur droiture, Surcapacité, & leur déi^ intérelîèment mettoient hors de tout Ibupçon.

La curiofité le réveilla, & l'indifférence qu'on avoît témoignée julqu'aiors pour la Chine, changea dans un vif empreflement de connoître une Nation fi ancien- ne, & dont on rapportoit des chofès fi fingulieres» Mais cette curiofité-là même fit éclore un nombre de petites Relations, faites fans choix ni difcernement , qui donnoient les plus fauiîès idées de cet Empire. Qu'un vaifleau Européan abordât à un port de la Chine & y pafl^àt quelques mois, auffitôt les gens de l'équipage re- cûeilloient avec avidité, & jettoient fur le papier, non feulement tout ce qui s'offioit à leurs yeux aux extrémi- tés d'un fi vafle Etat , mais encore tout ce qu'ils pou- voient ramafîèr dans les entretiens qu'ils avoient avec une populace afîèz peu inflruite. De retour dans leur patrie, ils s'applaudifîbient de leurs découvertes; & c'efl fur des Mémoires fi peu fidèles, qu'ils compofbient leurs Relations.

D'autres bien moins finceres , ont cru pouvoir amufer agréablement leurs Lecteurs , en fuppléant de leur pro- pre fonds aux connoifîànces qui leur manquoient. C'efl ce qu'a fait un voyageur Italien dans un livre imprimé à Naples en l'année 1720 , qui a pour titre: Giro del Mon-^ do.y c'efl-à-dire , Voyage autour du Monde. Il y fait

une:

PREFACE. xj

une description détaillée du Palais de l'Empereur de la Chine, dont il n'avoit d'idée que celle qu'il s'étoit for- mée lui-même; & pour donner plus de poids à ce qu'il raconte , & le rendre plus croyable , il ne fait pas diffi- culté de s'autorifèr du Père Grimaldi , Préfidejjt du Tri- bunal des Mathématiques 5 lequel, à ce qu'il aflure , voulut bien l'introduire dans le Palais. Pourroit-on, après cela, défier de la fincérité de cet Auteur?

Cependant tout ce qu'il y a de vrai, c'efl: qu'il vint effeftivement à Peking , qu'il fit plufieurs tours dans les rues de cette grande ville, fùivi d'un Chinois à pied qui lui fèrvoit de valet; qu'il rendit de fréquentes vifites aux Jéfùites, dont il reçut tous les bons offices qui dépen- doient d'eux; qu'il les pria de lui faire voir l'Empereur, ou du moins Ion Palais , ce qui n'étoit nullement en leur pouvoir; qu'étant arrivé à un pont qu'il faloit pafièr pour aller au Palais , il fût contraint de retourner fur fès pas > parce que fbn valet ne voulut pas s'expofer à pafl^r mê- me ce pont; qu'enfin il fût obligé de fbrtir de Peking fins avoir vu du Palais que la porte du Midi , qui efl tou- jours fermée.

Tout cela efl certain ; d'où il s'enfuit que cette déf^ cription qu'il fait du Palais , des falles , du Trône Impé- rial , de l'audience à laquelle il trouva , & tout le ref^ te, efl purement de fbn invention. Le Père Grimaldi, quoique Préfident du Tribunal des Mathématiques, pou- voit-il, fans un ordre exprès de l'Empereur, introduire dans le Palais un inconnu , mêlé parmi les membres d'un Tribunal qui va à l'audience? Un Miniftre d'Etat, un Prince même n'auroit pas ce pouvoir.

Mais pour peu qu'on fbit au fait de ce qui concerne la Chine, on ed bien plus furpris qu'un Auteur célèbre

b 2 par

xij PREFACE.

par fes talens & par fbn fçavoir, ait perdu fbn tems, non feulement à traduire en nôtre langue deux anciennes Relations Arabes fur la Chine , qui ne font qu'un tifîa d'abfurditez & de menfbnges; mais encore à prodiguer fbn érudition par de longs éclaircifîemens qu'il a donnez fur ces Contes Arabefques. Il ne faloit pas un grand fonds de critique, pour s'appercevoir que ces marchands Arabes ne méritoient nulle créance , & n'avoient pas mê- me mis le pied à la Chine : mais quand le cœur fe laifîè une fois préoccuper d'une pafTion, l'efprit efl: tout dif^ pofé à adopter les fables les plus ridicules, & à donner un air de vérité à tout ce qui efl capable de décrier des perfonnes qu'on n'aime point, & qu'on fe fait un méri- te de ne point aimer.

Les Sçavans n'ont pas tous cette fagacité & cette iî- Refîè de difcernement qui fàifît d'abord fôn objet , & qui fçait démêler le vrai d'avec le faux, telle qu'on la trou- ve dans ces réflexions fi fenfees & judicieufes, qu'un fçavant Académicien * a fait fur la Nation Chinoife, & qu'il a propofëes par manière de doutes au Père Par- renin , dont il a reçu les éclaircifîemens qu'il fbuhaitoit.

Ces fortes de Relations, ou faites fans difcernement, ou inventées à plaifîr, ou concertées par la paffion, tiennent les efprits dans l'incertitude, en rendant fiifpec- tes celles qui font les plusvrayes & les plus fmceres, & faifànt naître, dans des perfonnes même éclairées, cer- taines préventions , dont ils ne reviennent pas aifement^ Combien en voit-on , par exemple, qui ne peuvent s'ô- tcr del'efpritj que la Nation Chinoife poufîè l'origine

de

* M. Dortous de Mairan,de l'Académie des Sciences. Voyc^ le vingt-uniC» jns Tprae des Lettres édifiantes & curieufcs pag. 7<5.

PREFACE, xiij

defbn Empire bien au-delà du déluge, & mcme de la création du monde?

Si une idée fi abfurde a pu entrer dans l'efprit d'un très-petit nombre de Chinois, trompez par les feintes époques de quelques Agronomes, tout le refle de la Nation récrie contre leur ignorance. Que diroit-on de ces Chinois, fi ayant appris qu'un Auteur Européan a hasardé dans un de fès Ouvrages, que le monde exifte de toute éternité, ils en concluoient que c'eft-là une opinion commune en Europe?

Les Chinois s'en tiennent à leur grande Hiftoire^, •laquelle, bien éloignée de donner dans de pareilles rêve- ries, fixe le commencement de leur Empire à Fo hi: , encore n'aflurent-ils point, quand & combien de tems ont régné Fo hi & fès (ucceiîeurs jusqu'à Tao ; ce n'efl que depuis cet Empereur que leur Chronologie leur pa- roît fùre; & en effet il y a bien peu à redire pour la du- rée totale & la diflribution des régnes , & pour les faits importans.

De quelque idée qu'on fôit prévenu , on ne peut guè- res di(convenir que les connoiflànces les plus certaines que nous ayons de la Chine, ne nous fbient venues par le canal des Miffionaires , qui ont pafîe la plus gran- de partie de leur vie dans la Capitale & dans les Provin- ces de ce grand Empire, & qui par-là étoient à portée plus que perfbnne , de nous en rendre un compte fidèle.

Cependant ces connoiflànces qu'ils nous en ont don- nées, font afîèz bornées, & quelquefois même défec- tueufès. La plupart occupez du grand objet qui leur a lait quiter leur patrie , & les a attirez dans cette extré- mité de TAfie, n'inflruifbient guères l'Europe, que des dilpofitions qu'ils trouvoient dans l'e/prit de ces peuples

/; 3 pour

xlv PREFACE.

pour embrafîèr la foi , & des progrès que faifoit l'Evan- gile parmi eux. Ce n'efl: que par occafion, & comme en pafîant , qu'ils ont touché légèrement quelques fin- gularitez des nouvelles contrées qu'ils habitoient.

Il y en a eu qui, fortement fbllicitez par les Sçavans d'Europe , ont fait dans leurs momens de loifir des re- cherches aflèz curieufès , mais qui en certains points n'ont pas toujours été fort exaétes , parce qu'ils s'en rappor- toient aux livres Chinois , dont les Auteurs fe portent naturellement à exaggerer les raretés & les merveilles de leur pays.

C'eft principalement en ce [qui concerne la Géogra- phie de ces vaftes pays , que ces livres les ont fait tom- ber dans quelques méprifès. Ils ont un peu trop comp- té (ùr l'exaftitude des Tchi chou : on nomme ainfi cer- tains livres qui contiennent l'Hifloire de chaque ville & de Ion diftrià. Parmi pluiîeurs chofès remarquables que renferment ces livres, on y trouve le plan de la ville 3> & le nombre de bourgs & de villages qui en dépen- dent, avec les diftances ils font les uns des autres. Ces diftances fe marquent par des lys, ou ftades; mais ces lys ont plus ou moins d'étendue dans les diverfès Provinces : de même qu'en Europe il y a différence de longueur dans les lieues des Provinces différentes d'un même Royaume. La ville de Tong tcheou^ par exem- ple , qui eft à TEfl de Peking , pafîè pour en être éloig- née de quarante lys: cependant fiiivantles mefîires dont les Cartes ont été drefîees par les MifFionaires Géogra- phes, elle n'en efl éloignée que de trente. Dans la Province de Chang tong , dix lys n'en font que huit à leur compte. Dans le Nord de la Province de Hou quang Jes mefùres font prefque égales aux leurs j mais les Pro- vinces

P R E f A C E.

XV

vinces de Kiang nan , de Fo kien , & quelques autres , comptent les lys fort différemment, comme on s'en efl âfluré en les comparant toutes à la même mefùre. Cela fèul fuffit pour faire voir que les longitudes du Père Martini, non plus que celles du Père Noël, ne peuvent être juftes, parce qu'elles n'ont été déterminées que fur 4es diflances, telles que les Chinois les comptent par leurs lys , ou flades , dont il faloit du moins connoître la lon- gueur avant que de s'en fervir.

De même, par les obfèrvations que les Pères Régis & Jartoux firent avec les meilleurs inftrumens , tant à Si ning^ ils demeurèrent un mois, que dans quelques autres villes , ils trouvèrent toujours entre les hauteurs qu'ils prirent , & celles que prit autrefois le Père Grue- ber, une différence de 29. à 30. minutes; fbit que ce Père eût des inflrumens trop courts & mal divifèz, com- me il eft vraifèmblable, fbit qu'il n'ait pas eu égard au diamètre du fbleih

Du refteje ne crois pas qu'on entre dans le moindre fbupçon de la bonne foi de quelques MifTionaires , qui n'ayant demeuré que dans ces belles Provinces, la nature fèmble avoir étalé toutes fès richeflès , ont donné lieu de croire par les défcriptions charmantes qu'ils en ont faites, que toutes les autres Provinces leur étoient fèmblables : ils n'ont parlé que de ce qu'ils voyoient tous les jours, & fi à cette occafîon on a pris en Europe de fauflès idées du refte de l'Empire, ils n'en font pas reP- ponfàbles : ce qu'ils ont dit n'en efl pas moins vrai. On n'avoit pas encore parcouru toutes les Provinces, com- me on l'a fait depuis par l'ordre de l'Empereur, pour en drefîèr une Carte exafte, & tâcher, par un travail fi pénible , de mériter de plus en plus la proteélion de ce

grand

xvj V K E F A C E.

grand Monarque en faveur de la Religion & de fès Mi- nières. C'eft par ce travail , continué pendant une lon- gue fuite d'années , qu'on a acquis des connoilîànces plus particulières & plus fûres.

Enfin le Père le Comte , qui a écrit avec tant d'agré- ment (îir la Chine, s'efl borné à certaines matières, & n'a pas prétendu en donner une Relation régulière & univerfèlle ; il avertit même qu'on doit regarder le Re- cueil de fes lettres , comme des Mémoires qui peuvent être utiles à ceux qui voudront dans la iîiite donner une défcription plus complète de ce grand Empire.

C'eft à cette défcription que je travaille depuis plu- fieurs années: la quantité & la diverfité des matières ren- fermées dans le projet que j'en ai donné, a fait douter, fi l'exécution y répondroit. Mais on trouvera, à ce que j'efpere, que j'ai entièrement rempli mon defîèin, tout vafle qu'il paroît, & que je tiens même au-delà de ce que j'ai promis. Au moins n'ai -je rien négligé pour faire connoître cette vafle portion de l'Univers par tous les endroits qui méritent de l'attention, & pour m'afîùrer de la vérité de tout ce que j'en rapporte.

j'ai eu entre les mains une quantité prodigieufè de Mémoires venus de la Chine: k leéture de ces manuf^ crits, la plupart des chofes qu'on y traite, étoient inutiles à mon defîèin , ne m'a pas rebuté, parce que j'y trouvois de tems en tems des particularités , ou qui n'é- toient pas connues , ou qui confirm.oient la vérité de ce qu'on avoit déjà publié dans des Relations imprimées. Quand des gens défintérefîèz , & d'ailleurs éclairez, écrivant en différens tems & de difîerens lieux du mê- me Empire, racontent les mômes chofès, dont ils font térnciins oculaires, comme s'ils les eufîent concertées

enfèm-

PREFACE. xvij

enfèmble, il faudroit être déterminé à ne rien croire, pour ne pas fier à leur témoignage.

D'ailleurs les fi-équens entretiens que j'ai eu avec quel- ques Miflionaires revenus de la Chine, pendant le iejour qu'ils ont fait en Europe , & encore plus , les correfpon- dances nécefîàires & continuelles je fuis depuis vingt- quatre ans avec les autres Miflionaires répandus dans les diverfès Provinces de l'Empire, m'ont mis en état d'en recevoir les fècours & les éclaircillemens dont j'a- vois befbin. Quelques-uns d'eux ont eu même la corn- plaifànce de traduire avec un grand foin certains livres d'habiles Chinois , qui dévoient entrer dans cet Ouvra- ge, & qui fournifîent la preuve d'une grande partie des faits que je rapporte.

Enfin, l'Ouvrage étant achevé, j'aurois pris le parti de l'envoyer à la Chine, pour le faire examiner par quel- ques-uns des plus anciens Miffionaires , fi la chofe eût été d'une exécution moins lente & plus aifee; heureu- fèment, lorfqueje m'y attendois le moins, j'appris que celui fur qui principalement je jettois les yeux , étoit ar- rivé en France, & fèroit dans peu de jours à Paris : c'é- toit le Père Contancin, que fès Supérieurs avoient dépu- té en Europe pour des affaires particulières de la MifTion.

Ce Père habile & expérimenté, avoit demeuré tren* te-deux ans à la Chine, dix ans à Peking^ il avoit été Supérieur de nôtre Maifbn, & le refie du tems dans les différentes Provinces. Pendant plus d'une année qu'il refla à Paris , il eût tout le loifir de lire plus d'une fois cet Ouvrage, & de l'examiner, comme je le fbu- haitois, avec l'attention la plus ferieufè, & avec la plus fevère critique. C'efl en profitant de Tes lumières , fbit pour difcuter certains faits douteux , fbit pour y ajouter

c des

^^iW.

xvilj PREFACE,

des particularités intéreffintes , que je me fliis afluré de l'entière exactitude de tout ce que j'avance.

Après ces précautions que j'ai prifès pour ne rien dire que d'exaétement vrai, on verra, ce me femble, avec quel foin j'ai taché d'éviter le reproche que je fais à cer- tains Hifloriens modernes , de ce qu'ils ont trop comp- te flir des Mémoires peu fûrs & peu fînceres , & que par crédulité, ou fans beaucoup de difcernement , ils ont donné en Europe de faufles idées de cet Empire,

Pour ce qui efl de l'ordre que j'ai cru devoir garder dans la diflribution de tant de matières, on le trouvera tel que je l'ai marqué dans le projet, à la réferve de l'Hifloire abrégée de la Monarchie Chinoife que j'ai inférée dans le premier Tome, parce que cette con- noifîànce qu'on prend d'abord des Empereurs & de ce qui s'efl pafîe fous leurs régnes , efl nécefîàire pour faciliter l'intelligence de tout ce que j'en dois dire dans -la fuite.

C'efl pour cette même ràifbn que j'ai donné d'abord une idée générale de l'Empire , qui repréfente fbmmai- rement & en gros tout ce que j'explique en détail dans le corps de l'Ouvrage , & que j'y joins en peu de mots l'Hifloire de certains peuples, & entr'autres de la Nation àesSifan^ qui formoit autrefois un Etat puifîànt , & re- doutable aux Empereurs mêmes , mais qui déchirée dans la fiiitepar des guerres inteflines, s'efl vu forcée de s'af^ iujettir à la domination Chinoife.

Je n'ai pas omettre les obfèrvations curieufes qu'ont fait quelques MilTionaires en traverfant ces belles Pro- vinces , ils marquoient jour par jour, & dans un grand détail , tout ce qui s'ofFroit à leurs yeux , & il fèmble, en les lifànt , qu'on fait avec eux le même voyage. Elles

difpo-

^PREFACE. XIX

dilpofent à la défcription qui fuit des quinze Provinces dont TEmpire eft compofë.

On y voit un grand nombre de villes fuperbes par leur fituation & par leur étendue , par la^ultitude de leurs habitans, par le concours extraordfTÎaire de Chi- nois que le commerce y attire, par la beauté des édifices publics, & par Tabondance qui y régne: on y voit ce que des terres fertiles, & qui fbuvent donnent chaque année une double récolte, produifènt de. grains, d'ar- bres, & de fruits finguliers; les métaux de toutes les fortes, les minéraux, & les marbres précieux qui fe ti- rent du fèin des montagnes; ces plantes rares, dont les racines font fifàlutaires, & qui fe refufènt à tout autre climat; cette quantité de lacs, de canaux, de rivières larges & profondes qui fourniiîent abondamment des poifîbns de toutes les efpeces; cette multitude fùrpre- nante de ponts hardis, fblides , & embellis de divers or* nemens de (culpture , qui ont été élevez pour la com- modité du Public; en un mot, tout ce que l'Art & la Nature y ont procuré d'avantages , pour les befbins & les délices de la vie.

Outre la Carte la plus générale qui renferme la Chi- ne, la Tartarie Chinoife, & le Thibet, jufqu'à la iMer Cafpienne, on y trouvera la Carte générale de la Chine feule, & les Cartes particulières de chaque Province, avec plufieurs Plans des villes qui font d'une figure-diffé- rente de celle des autres villes.

Enfin, ce premier Tome finit par une Hifloire abré- gée de cette grande & ancienne Monarchie. Je me fuis attaché, comme je le devois, au fèntiment univer- fëllement reçu parmi les Chinois, qui conduifent leur Chronologie depuis l'Empereur Tao jufqu'au tems pré-

c 2 fent.

XX PREFACE.

fent, & qui la regardent comme certaine, ainfî que je le remarque dans rAvertillèment qui précède cette Hiftoire.

Tous conviennent que Fo hi a été le fondateur de leur Empire^ mais ils ne conviennent pas également du tems qui s'eft écoule depuis Fo hi jufqu'à Tao : Plu- fieurs croyent qu'il y a eu des régnes incertains; d''au- tres doutent que les Empereurs placez entre C/jin ?iong & Hoang ti fe (oient fuccédez les uns aux autres, parce qu'il peut faire que ce n'étoit que des Princes tributai- res 5 ou de grands Officiers contemporains.

II fe trouve même quelques Critiques, lefquels, par rapport au tems qui s'eîl: écoulé depuis TaoyoXo^d, nous, difputent enfèmble fur la durée plus ou moins longue d'un régne particulier, ou d'une dynaflie entière. Je n'ai point voulu entrer dans ces fortes de difcufTions , qui auroient été trop longues , & qui auroient répandu de l'obfcurité & de la confu/îon dans la fuite de l'Hifloire. J'ai fùivi fur cela le fèntiment & de nos anciens * Mif^ îionaires les plus verfèz dans la Littérature Chinoifè , & de la plupart de ceux qui vivent encore, & dont plu- fleurs ne le cèdent à aucun autre dans l'étude & dans l'in- telligence des livres de cette Nation.

Ce qu'on peut dire en général, c'efl: que les Hifloriens Chinois paroifTent finceres, & ne chercher que la véri- té; qu'on ne voit pas qu'ils fbient perfuadez que la gloi- re d'une Nation confifte dans (on ancienneté , & que , comme d'autres Nations , ils n'ont point eu de raifbns prifes du côté de l'intérêt ou de la jaloufie des peuples voifms, pour altérer ou falfifier leur Hiftoire, qui n'eft

qu'une

* Les. Pcrcs Martini, Couplet-, &c,.

PREFACE, xxj

qu'une fimple expofition des principaux évenemens , propres à (èrvir d'inflruftion ou de modèle à la poC térité.

On dira peut-être que Je Cbuking ,, qui contient VIWC- toire de ces premiers tems , & les autres Livres Cano- rîiques , ont péri du tems de Chi hoang ti^ qui ordonna fous peine de la vie, de les brûler; & qu'en confequen- ce, la perte de ces monumens doit rendre l'Hifloire fort incertaine.

L'objeftion feroit forte , fi ces Livres infiniment xtÇ- peftez de la Nation, eufîènt été rafîèmblez dans le mô- me lieu , & qu'il n'eût falu que peu d'heures pour les ré- duire en cendres. Mais ils étoieat difperfèz dans tout l'Empire & chez tous les Lettres : tous les livres ne fu- rent pas profcrits; on excepta entr'autres les livres de Médecine, & dans le triage qu'on en fit, on trouva le moyen de mettre en fureté plufieurs exemplaires de ceux qu'on ordonnoit de profcrire. Le zèle des Let- tres en fàuva un bon nombre ^ les antres , les tombeaux , les murailles on les cacha , devinrent un azile contre la tyrannie: peu-à-peu l'on déterra ces précieux monu- mens de l'antiquité , & ils reparurent fans aucuii rifque fous l'Empereur f^en ti^ c'efl-à-dire , environ 54. ans après l'incendie. Ainfi furent confervez ces livres , non obftant les ordres rigoureux d'un Prince , qui par une faufîè politique, ou plutôt par une vanité ridicule, vou- loit les exterminer de fès Etats.

Je n'ignore pas qu'il parut, il y a quelques années ^ une Table Chronologique de la Chine, qui ne com- mence qu'au régne de Âi^ ^w;^, c'efl-à-dire, 424 ans- avant J. C. Elle a été drelTëe par un Seigneur Chinois. qui vit encore, & qui étoit Viceroi à Canton, lorf(]ue

c i les.

xxij PREFACE.

les MlfTionaires y furent exilez. Mais ce Seigneur , ce que je fçais très-certainement, n'a jamais eu, & ne s'efl jamais donné la réputation d'Hiflorien. Il a encore moins prétendu faire un Ouvrage raifbnné fur l'Hifloire ancienne: bien loin de difcuterla queftion de Tantiquité Chinoifè, & d'en fixer Pépoque au tems il commen- ce (a Table , il feroit véritablement ofTenfé , s'il croyoit qu'on le Ibupçonnàt d'avoir avancé, ou d'avoir même propofé le retranchement de tous les régnes qui ont pré- cédé celui de Lie vang. Il n'y a aucun Chinois qui ofàt publier un paradoxe fi contraire à l'opinion reçue de régne en régne dans toute la Chine. Cette Table Chronologique qu'il a donnée au Public , il l'a copiée d'après un livre, intitulé Cang mou: ce qu'il y a unique- ment de lui, c'eft qu'il l'a ajuftée au Cycle fëxagenaire d'une manière agréable & commode.

C'eft 7 chu hi^ Ecrivain de réputation, qui eft Au- teur de l'Hiftoire, nommée Cang mou^ & il a fùivi pour la Chronologie Se 7na oiien kong^ autre Auteur très-célè- bre. Mais ni l'un ni l'autre de ces fameux Ecrivains n'a penfë à retrancher les trois premières familles, ni mê- me à infinuer que les Empereurs nommez dans le Chu king^ n'ayent pas réellement exifté, & ne fbient que des perfbnnages feints & allégoriques. Si quelqu'un à la Chine s'avifbit de leur attribuer une pareille opinion , il leroit regardé comme un vifionnaire , & peut-être que témérité lui coûteroit cher. Tous deux commencent leur Hiftoire par Fo hi , & l'on a les Commentaires de Tchu hi fur le Chu kingy & fur le Chi king ^ il parle toujours en homm.e qui fuppofe la réalité des régnes & des Princes dont il eft fait mention.

Confuciiis ^ dont le tems eft afîèz connu, parle en ter- mes

PREFACE, xxiij

mes exprès des trois premières dynaflies , nommées Hia^ Change & Tcheoii^ & afTùre qu'il fuit dans la pra- tique les Rits de la dynaftie Tcheoti. Ce fèul témoigna- ge luffiroit à la Chine pour faire couper la tête à quicon- que ofèroit dire qu'il faut retrancher ces trois premières familles Impériales de THifloire Chinoifè. Je ne crois pas même qu'on ofât propofèr férieufèment ce fyfîême en Europe: car, ou il faut faire auffi de Confiicius un perfbnnage fabuleux, qui n'a ni exiflé, ni dit ce qu'on lui attribue; ou il faut avouer qu'on a, dans la perlonne de ce Philofbphe, un témoignage irréfragable de la réa- lité des trois premières dynaflies, qui forment le corps du Chu king,

Ainfi on ne doit pas croire que Se 7na otien kong^ & après lui Tchu hi^ ayent prétendu réduire l'époque de l'Hiftoire Chinoifè au régne de Lie vang^ ni en exclure les régnes précédens; ils ont diflingué dans l'Hifloire, des tems ils ne croyent pas que la Chronologie, du moins en ce qui concerne le commencement & la fin des régnes, & la fuite des années, par rapport aux Kia tfe^ ou Cycles Chinois, fbit afîèz certaine, & elle ne leur paroît telle que depuis l'Empereur Lie vang: c'efl leur extrême exaftitude qui les a portez à ne pas donner, quant à la fiiite des années , la Chronologie entière pour également certaine.

D'autres Critiques moins fcrupuleux afTùrent, que le commencement des années de chaque régne fèpeut mar- quer diflinftement , à commencer depuis l'onzième Em- pereur de la dynafhe Tcheou, Or depuis ce tems -là jufqu'à l'Empereur Lie vangj commence la Table Chronologique en queflion, on compte dix-fept Em- pereurs.

Quoi

XXIV

PREFACE,

Quoi qu'il en fbit des difFérentes opinions de ces Cri- tiques, la Chronologie de THiftoire Chinoife ne fe con- duit pas moins fûrement depuis Tao , jufqu'au tems pré- fènt 5 en ce qui regarde la fuite des Empereurs , & les faits les plus importans de leurs régnes. C'eft ce qui développera encore mieux , lorfqu'on entendra parler dans la fuite de cet Ouvrage les Empereurs , & tout ce qu'il y a eu de plus illuftres Chinois dans chaque dy- naflie, dont les difcours auparavant difperfèz , ont été ra- mallez & recueillis par le feu Empereur Cang hi.

Après ces notions générales que je donne de la Chi- ne 5 j'entre dans un plus long détail de tout ce qui con- cerne cette Nation 5 de fbn caraélère, de fès mœurs, de fès ufàges, de fbn gouvernement, de fès progrez dans les fciences, de fa religion, de morale, &c. & je traite toutes ces matières en autant d'articles fepa- rez, auxquels je crois avoir donné lajufle étendue que chaque fujet demande.

Je parle d'abord de l'antiquité & de l'étendue de cet- te Monarchie , de l'autorité de l'Empereur , de fès dé- penfès, de fès revenus , de fès équipages, de la ma- gnificence de fbn Palais, & de fbn cortège lorfqu'il ibrt ; de la forme de fbn gouvernement , fbit civil , fbit militaire ; des fonftions propres des Mandarins, de leur pouvoir, & des honneurs qu'on leur rend; des forces de l'Empire , des forterefîès , des gens de guer- re, de leurs armes, & de leur artillerie; de la Police qui s'obfèrve, fbit dans les villes, pour y maintenir le bon ordre, fbit dans les grands chemins pour la fureté & la commodité des voyageurs.

J'cxpofè enfuite- le génie & le caractère de ces Peu- ples, leur air, leur phyfionomie , leurs modes, leurs

mai-

PREFACE.

XXV

maifons , les meubles dont elles font ornées ; les châti- mens dont on punit les criminels , & Tordre qui s'obfer- ve dans les priions on les renferme.

La noblelîè ne doniie à la Chine qu'au mérite : je fais voir comment elle s'acquiert, & combien elle ert: différente de celle d'Europe. Comme les Grands font ennemis du luxe, en ce qui concerne leur perfbnne, ils n'en font que plus magnifiques pour tout ce qui paroît au-déhors : l'on verra quelle eft leur magnificence dans leurs voyages , dans leurs fêtes , dans les ouvrages pu- blics, tels que font les ponts, les arcs de triomphe, les portes, les tours, les murs des villes, &c.

Tout eft réglé à la Chine, jufqu'aux devoirs les plus communs de la fbtieté, & c'efl ^e qui m'a fait parler des cérémonies qu'ils obfervent dans leurs devoirs de ci- vilité, dans leurs vifites, & les préfèns qu'ils font les uns aux autres, dans les lettres qu'ils s'écrivent, dans leurs feliins, dans leurs mariages, & dans leurs funé- railles.

Pour ce qui efl du peuple , il eft tout occupé , ou à la culture des terres , ou aux arts mécaniques , ou au commerce; il m'a donc falu parler de l'eftime qu'on fait de l'agriculture, & de ceux qui s'y appliquent; de l'a- drefîe & de l'induftrie des ariifans; du commerce in- croyable qui fait au-dédans de l'Empire ; de la quanti- té de lacs & de rivières qui arrofènt les Provinces, & y produifent fabondance & la fertilité; des barques & des iommes, ou vaiflèaux, fur lefquels on tranfporte tant de richelTès d'une Province à Tautre ; des monnoyes an- ciennes, & de celles qui ont cours maintenant dans l'Empire.

Le commerce principal qui fait au-déhors , fiirtout

d avec

v,4 V.

xxvj PREFACE.

avec les Européans; confiftant dans les ouvrages de ver- nis, dans la porcelaine, & dans les fbyeries; j'explique d'où Ton tire le vernis , & comment le fait la porcelai- ne;, &: je donne la tradu6lion d'un ancien Auteur Chi- nois 5 qui nous apprend la manière de nourir & d'élever Jes vers à loye, pour la rendre & meilleure, & plus abondante.

Les diverfès éftampes, une partie de toutes ces chofes feront repréfèntées au naturel , les rendront en- core plus fenfibles.

Les Sciences, par lefquelles feules on parvient aux honneurs & aux emplois, & qui confiflent principale- ment dans une parfaite connoifîànce des Loix, de l'Hif toire 5 & de la Morale, méritoient une attention toute particulière. C'efl aufTi à quoi je me fuis attaché.

Je commence d'abord par l'idée qu'on doit fe former de la langue Chinoifè , fi différente de toutes les autres langues mortes ou vivantes; & pour cela je fais connoî- rre quel en eft le génie, de quelle manière prononcent les mots, qui ne font que d'une feule fyllabe; & j'y joins un petit abrégé delà Grammaire de cette langue. Après quoi i'expofè la manière dont ces peuples font leur encre , & leurs différentes fortes de papier , & com- ment ils impriment & relient leurs livres.

Puis je viens aux études des jeunes Chinois , aux di- vers dégrez par ils paflènt, & aux examens qu'ils doivent fubir pour obtenir ces dégrez, & parvenir enfin au Do61orat. Un livre Chinois , dont je donne l'extrait , nous en inflruit encore mieux. On y voit l'ordre qu'on doit garder pour enlèigner les jeunes gens, le choix qu'on doit faire des Maîtres, les traits d'Hiftoire qu'on doit leur faire apprendre pour les former aux bonnes

mœurs.

PREFACE. xxvi]

mœurs , réxamen des étudians qui afpirent aux divers dégrez; le modèle du difcours qui fait dans TAflem- blée des Lettrez, & le projet d'une Académie, ou So- ciété de Sçavans.

Ce ne fbnt-là que comme des préliminaires qui con- duifènt naturellement à la Littérature Chinoifè, c'eft-à- dire, à la connoifîànce de ces Livres fi anciens & fi ref pe6î:e2 des Chinois, & qu'ils appellent King, Ils en- tendent par ce mot une doftrine fublime, fblide , & fondée fur des principes inébranlables. Ils en comptent cinq 5 qu'ils regardent comme Canoniques du premier ordre, & qu'ils appellent Ou king^ c'efl-à-dire, les Cinq Livres par excellence.

Je donne le précis de ces Cinq Livres; fcavoir, i°. De VTkingy qui efl un Ouvrage purement fymboliquc. 2°. Du C/ju kingj qui contient ce qui s'efl pafTé de mé- morable fous les premiers Empereurs & Légiflateurs de la Nation; leurs inflruélions fur le gouvernement; leurs loix & leurs règlemens pour les mœurs , dont ces pre- miers Héros ont été autant de modèles; & j'en rappor- te quelques extraits. 3°. Du Cbi king^ qui renferme des Odes 5 ou des Poëfies, l'on fait l'éloge des Hom- mes illuflres , & l'on établit les Loix & les Coutu- mes de l'Empire. On verra quelques - unes de ces Odes , dont on a fait choix , & qui font fidèlement traduites. 40. Du Tchun tfiou^ qui eft inférieur aux trois premiers, mais qui ne laifîè pas d'être fort eftimé des Sçavans. Il continue les Annales du Royaume de Lou^ qui eft main- tenant la Province de Chan long, 5°. Du Li ki, qui eft comme un Mémorial des loix, des cérémonies , & des devoirs de la vie civile.

Après avoir fait le précis de ces Livres, qui font d'u-

d 2 ne

xxviij r R E F A C E.

ne antiquité très -reculée, je viens aux quatre LIvtcs CJaffiques ou Canoniques du fécond ordre , appeliez Sje dm. Ce ne (ont, à proprement parler, que des explications &c des maximes fondées fur ces anciens mo- numens^- Ces Livres font de Confiicius , ou ont été re- cueillis par fes difciples des maximes & des entretiens de ce célèbre Philofbphe, que toute la Nation regarde comme fbn Maître. Je fais d'abord un abrégé de vie, après quoi ne m'attachant qu'à ce qu'il y a de plus eiïèn- tiel , je lîiis par ordre les Chapitres ou les Articles de chacun de fes Ouvrages, qui font. i°. hcTabio^ c'efl- à'dire, la grande Science, ou la Science des adultes. 2°. Le Tcbongyong^ c'efl-à-dire , le milieu immuable, ce jufte milieu qui fe trouve entre deux extrêmitez, & en quoi confifle la vertu. 3°. Le Lîin yu , c'efl-à-dire y Difoours moraux & fentencieux. 4°. Mcng tfe'é , ou Je Livre du Philofophe yJ/^/^aV/i", qui donne l'idée d'un parfait gouvernement.

A ces quatre Livres, j'enjoins deux autres fort efli- mez, & que les Chinois mettent au rang des Livres ClafTiques; le premier s'appelle Hiaoking^ c'eft-à-dire ^ du refpecl filial , & contient les réponfès que fit Confu- ans à fon difciple Tfeng: le fécond nomme &'/7^ Zv^^ qui fignifie la Science, ou l'Ecole des enfans.

Voilà proprement ce qu'on appelle la Science Chi- noife, qui renferme les principes fondamentaux de leur gouvernement, & qui maintient un bel ordre dans l'Empire. Il paroît en efîet que c'eft-là la Science la plus propre de l'homme , puifqu'elle regarde directe- ment fà conduite, & les moyens de le rendre parfait fé- lon fon état & condition.

Peut-être croiroit-on^ & il efl naturel de le penfer,

que

PREFACE. xxix

que le gouvernement de la Chine, appuyé d'abord fur ces principes, s'ert: peu- à > peu afFoibli pendant une fi longue fuite de fiécles, & (bus tant de difFérens ré- gnes. Mais les Chinois nous apprendront eux-mêmes qu'ils ne fe font jamais relâchez de la fageflè de ces maxi- mes. C'eft ce qu'on verra en parcourant la plupart des dynafties dans un Recueil fait par les ordres & fous les yeux de l'Empereur Cang hi^ dont le régne, qui a pré* cédé celui d'aujourd'hui, a été long & glorieux.

On trouve dans ce curieux Recueil les dilcours & les réflexions de ce qu'il y a eu de plus grand , de plus ha- bile, & de plus éclairé dans l'Etat. Ce font difFérens Empereurs qui parlent dans leurs Edits, dans leurs Dé- clarations, dans leurs Ordonnances, dans les Inflruc- lions qu'ils envoyent aux Rois , aux Princes tributaires , & aux Magiflrats ; ce font les difcours & les remontran- ces faites aux Empereurs par les premiers Minières de l'Etat, & par les meilleures têtes de l'Emipire. Tout ce qu'ils difent, roule principalement fur le bon ou le mauvais gouvernement, fur l'application à l'agriculture, fur les moyens de foulager les peuples, & de fournir à leurs befbins, flir l'art & la difficulté de régner, fijr la guerre, fur l'avancement des Lettres , &c. La plupart de ces pièces font terminées par de courtes réflexions de l'Empereur Cang hi ^ Prince fi habile en l'art de régner, qui les a écrites du pinceau rouge, c'efl-à-dire , de fa- propre main.

Les mêmes matières font traitées dans deux autres Li- vres dont je donne de plus courts extraits : le premier eft une compilation faite fous la dynaflie des Mïng\ le fécond eft intitulé, les Femmes illuflres; l'on voit pareillement que fous difFérens régnes, les Dames Chi-

d 3. noiies>

XXX

PREFACE.

noifès fe font conduites , & ont gouverné leurs familles félon ces maximes.

Par cette efpece de tradition , l'on jugera aifement que les principes fondamentaux du gouvernement s'étant toujours maintenus à la Chine par une obfèrvation con- ftante , on ne doit pas s'étonner qu'un fi vafte Etat ait ilibfiflé depuis tant de fiécles, & fiibfifle encore dans tout fbn éclat.

Après ces détails fur la forme du gouvernement Chi- nois 5 je pafîe à la Religion de ces peuples , à leur Mo- rale, à la connoiflànce qu'ils ont des autres Sciences, à leur goût pour l'Hifloire, pour la Poëfîe, & pour le Théâtre, & enfin à leur habileté en fait de Médecine. Ce font les matières que renferme le troifieme Volume.

Au regard des Religions approuvées ou tolérées à la Chine, j'expofe, félon l'ordre des tems, la doftrine des différentes Seéles de cet Empire, & je traite, lo. du Culte des anciens Chinois : tout ce que j'en dis efl: tiré de leurs Livres Claffiques; mais fans entrer dans l'ex- plication de ce qu'ils entendent par Tien ^% ou Chang /i**, qui eft l'objet de leur culte : j'en laifîè le jugement au Le6leur. 2o. De la Se6le des Tao JJeë^ dont je décris le fyftême. j"". De la Se6te de l'Idole Foë^ dont j'ex- plique ce que ces Idolâtres appellent do6lrine intérieure & extérieure. 4°. Enfin de la Se6le de certains Lettrez modernes, qui font fait une efpece de Philofbphie, au moyen de laquelle, en s'attachant moins au texte des anciens Livres qu'à la glofè & aux commentaires de quelques Auteurs récens, ils prétendent tout expliquer

par

"'^ Tien, Ciel, ou cfprit du Ciel.

'f'* Cbang tiy licre fouverain, fuprême Empereur.

PREFACE. xxxj

par les caiifès naturelles. Un Ouvrage en forme de dialogue, un de ces Philofbphes modernes expofe ion fyflême flir Torigine & fur l'état du monde , fera len- tir jufqu'où s'égarent ces demi-Sçavans. L'établifièment & le progrès de la Religion Chrétien- ne dans cet Empire 5 étoit un article trop intérefîant pour l'omettre : je me fîiis donc cru obligé d'en faire l'Hiftoire; mais comme je ne pouvois me difpenfer de parler des conteflations furvenuës dans les derniers tems entre les MifTionaires , & que ces conteflations n'entrent qu'incidemment dans un Ouvrage je fais profeiïion d'éviter toute difpute, je ne les touche que très-légère- ment, ne prenant ici que la qualité d'Hiîlorien, & rap- portant fimplement & en peu de mots ce qui a été dit de part & d'autre, foit par ceux qui ont attaqué avec tant de vivacité, fbit par ceux qu'on a mis dans la trifte né- ceiïité de défendre.

La Philofbphie morale fût de tout tems l'étude prin- cipale des Chinois, & c'eft particulièrement en s'y ren- dant habiles qu'ils peuvent obtenir les honneurs & les di- gnitez de l'Empire. Mais afin de bien connoître quelles

, ibnt leurs idées & leurs maximes pour le règlement des mœurs , il faut entendre parler quelques-uns de leurs Sa- ges: c'efl: pour cela que je donne l'extrait de deux Ou- vrages de Morale; l'un afîez moderne & fort eflimé de

. . la Nation ; l'autre plus ancien , qui contient des réflexions , des maximes , & des exemples en matière de mœurs.

Les Auteurs de ces deux Traitez ne font qu'expliquer les principes répandus dans ces Livres fi anciens & fi ref pedez, dont j'ai donné le précis. Quoiqu'on ne pui(- difconvenir qu'il ne s'y trouve des maximes faines , des réflexions utiles , & des exemples humainement loua- bles.

xxxij PREFACE.

bles, on n'en reprouve pas moins ce qu'il y a de vicieux ou de criminel dans les aftions qu'ils rapportent, & ce qu'il y a de faux ou d'outré dans les réflexions qu'ils font 5 & dans les maximes qu'ils débitent.

On efl bien plus éloigné de vouloir introduire en Eu- rope des Douleurs Chinois pour y donner des leçons de vertu. La lumière de l'Evangile y brille dans tout fbn éclat, & développe à nos yeux d'une manière fenfible, ce que toute la fàgefîè humaine n'a jamais pu qu'en- trevoir.

Dans ce que les Sages de la Chine, ainfî que les Philofbphes de l'antiquité, ont dit de louable, ils ont fuivi les lumières de la raifbn , & en les fuivant , ils ont eu quelques fèmences, & une légère participa- tion de la vérité; au lieu que les Chrétiens connoifîènt la vérité dans toute perfeftion , puifqu'ils connoifîènt ]. C. qui efl la vérité même, la raifbn fbuveraine, & la Sagefle fubfiflante de Dieu. Toute fagefTe humaine n'ed que folie, fi elle ne conduit pas à J. C. Il n'y a que nos Livres Saints, fàdodrine efl: renfermée, qui portent le cara6tère de la Divinité, & c'eft à cette doctrine cé- lefle que tout homme qui ne veut pas s'égarer dans de vains raifbnnemens , doit s'attacher inviolablement , com- me aux pures fburces de la vérité.

Les Sages de la Chine ont véritablement connu quel- ques véritez, mais ni eux, ni les anciens Philofophes fi vantez, ne les ont connu toutes; ce n'efl que dans la Loi Chrétienne que fe trouve une juftice confbmmée , & ce n'efl: qu'en fe nouriflànt de fes maximes & en les pratiquant, qu'on peut parvenir à la véritable fagelFe.

Si les Philofophes Chinois ont parlé quelquefois de l'humilité, dont le nom a été inconnu aux Sages du

Paga-

P R E F A C E^ xxxîij

Paganifme, il paroît qu'ils n'ont entendu par-là que cet- te déférence extérieure qu'on doit avoir les uns pour les autres 5 certains dehors d'un air compofe, certaines poftures que Ton peut prendre, comme mettre à genoux, de (e profterner par terre; certaines marques de fbûmiflion & d'obéïffince qu'on rend aux Parens, aux Magiftrats , & à tous ceux qui font revêtus de quel- que autorité: mais cette humilité intérieure, qui nous apprend à humilier nôtre cœur fous la puifîànte main de Dieu, à reconnoître nos fautes, à ne préfomer point de nous-mêmes, à n'attribuer rien à nos propres forces; elle ne nous eftenfeignée, comme le remarque S. Au- guftin, que par la doftrine & les aftions de J. C. lorl^ qu'il nous a dit: Apprenez de moi que je fuis doux 8? hum- ble de cœur y lorsqu'étant infiniment grand, *il s'eft fait petit pour venir jufqu'à nous; lorfque n'ayant point de péché à effacer ni à expier, il s'efl anéanti, il s'eft ren-^ du obéïflànt jufqu'à la mort, & à la mort de la croixi Lui foui étoit capable de nous apprendre, & de nous faire aimer une vertu fi foblime & fi peu connue^ qui efl néanmoins la bafe & le fondement de toutes les vertus.

Les autres Sciences n'ont pas été tout-à-fait négligées par les Chinois: mais y ont-ils fait de grands pro* grez? C'efl de quoi on fera en état déjuger par ce que j'en rapporte. On fçaura du moins ce qu'ont fait les MifTionaires Jéfoites pour les aider à perfectionner quel-i ques-unes de ces Sciences, & en particulier FAflrono- mie , dans laquelle ils étoient le plus verfoz, & pour leur apprendre les autres parties des Mathématiques qu'ils ignoroient.

Du refte, on ne peut nier qu'ils n'ayent du goût pour

c la

xxxiv PREFACE.

la Poëfie, & furtout pour PHiftoire, (bit pour écrire fi- dèlement & fans partialité PHiftoire de leur Nation , fbit pour compofer de petites Hiftoires aiîèz femblables à nos Romans, qui tiennent Tefprit en fufpens par la varié- té des incidens bien ménagez , mais dont Tunique but efl prefque toujours de porter à la fuite d'un vice, ou à la pratique d'une vertu, j'en rapporte quelques-unes qu'on lira, je crois, avec plaifir.

Je ne dis pas la même choje de leurs Tragédies , dont ils fe font formez des idées bien différentes des nôtres. On verra par celle que je donne de leur façon , & qui a été exa6lement traduite, quel eft en ce genre le génie de la Nation Chinoifè, & ce qu'elle a fçû tirer unique- ment de fbn propre fonds; car elle n'a jamais eu de com- munication avec aucune autre Nation polie & fçavante.

11 ne refloit plus qu'à parler de la Médecine, & de la manière dont elle a été traitée par les Chinois : c'efl ce que je fais en expofànt d'abord le fyftême général de leurs Médecins, & en faifant voir enfuite ce qu'ils ont de fmgulier, Içavoir; leur habileté à juger des maladies par les battemens du poûs, & à connoître l'utilité de leurs fimples pour compofer leurs remèdes. Trois de leurs Ouvrages feront juger quelle idée l'on doit fe former de leur fcience en cette m.atière. Le premier efl un Traité, intitulé /^ 6W^/ ^?/ Poûs^ dont l'Auteur vivoit quelques fiécles" avant l'Ere Chrétienne; le fécond efl inin court Extrait de l'Herbier Chinois; & le troifieme efl un Recueil de plufîeurs des recettes que ces Méde- cins employent pour guérir diverfès maladies.

J'y joins un autre Extrait d'un Ouvrage, dont l'Au- teur n'efl guères favorable aux Médecins de Nation. Il apprend à fes compatriotes le fècret de palîer du fè-

cours

PREFACE,

XXXV

cours des Médecins & de leurs médicamens : moyen- nant un régime qu'il expole, & dont il a éprouvé lui- même le iliccès, il prétend avoir trouvé un moyen aifé de prolonger fès jours dans une fanté parfaite, & de de- venir ion Médecin à foi-même. C'efl par-là que finiP fent les trois Volumes, il efl: parlé de la Chine, & je crois n'avoir rien omis de ce qui eft néceffaire pour donner une connoiflance parfaite de cette Nation.

Le quatrième & dernier Volume efl: confacré tout en- tier à la défcription de la Tartarie Chinoifè , de la Corée, & du Thibet. On n'a guères connu jufqu'ici que les noms de ces vafles pays, comme il efl aifë de s'en con- vaincre, en jettant les yeux lu r les Cartes de nos plus habiles Géographes: on en aura des connoiilànces par- ticulières, & parles obfèrvations géographiques & hif^ toriques que je donne de ces différens Etats, & par les huit voyages que le Père Gerbillon a fait dans la Tarta- rie, par ordre ou à la fuite de l'Empereur. Ce Père marque jour par jour, & dans le plus grand détail ce qui concerne ces vafles contrées, qui s'étendent depuis la Chine, jufqu'à la Tartarie dépendante .de la Mofcovie. Et je doute que les Lefteurs pûlTent mieux s'en inflruire, quand ils feroient eux-mêmes ces longs & pénibles voyages.

Je fais plus; car bien que félon mon projet je ne me fois point engagé à entrer dans cette partie delà Tartarie qui apartient aux Ruiîès, je ne laifîè pas de donner la Carte & la Relation des nouvelles découvertes que le Ca- pitaine Beerings a faites dans fbn voyage , depuis Tobolsk jufqu'à Kawitjchatka , il fût envoyé par le feu C2ar, pour examiner s'il y avoit un pafîage qui donniit entrée dans la partie fcptentrionale de l'Amérique.

c 2 Tout

xxxvj PREFACE.

Tout termine par le Catalogue d'une partie des lati- tudes obfêrvées, & des longitudes qui réfùltent des me- lùres géométriques, dont les Miiïionaires ie font fèrvis pour dreflèr le grand nombre de Cartes qu'on donne au Public. C'ell: fur le méridien de Peking que font comp- tées ces longitudes; & c'efl pour ne point s'expofèr à tomber dans quelque erreur, qu'on n'a pas voulu les ré- duire au méridien de Paris. Les latitudes ont été prifès & obfêrvées avec d'excellens Inflrumens , & faites avec Un grand foin. On n'a point mis dans ce Catalogue tou- tes celles qu'on a prifès, parce qu'on en a pris plufîeurs dans des lieux qui n'ont point de nom, ou dans des en- droits trop peu remarquables pour être placez dans les Cartes.

Comme ces Cartes font une partie confidérable & très-intérefîànte de cet Ouvrage , on s'attend fans doute que je rende compte des motifs qui portèrent l'Empe- reur Cang ht à faire lever la Carte de fbn Empire , & de Ja manière dont les Miffionaires s'y prirent, pour l'exé- cution du plus grand Ouvrage de Géographie, qui fe fbit encore fait lèlon les règles de l'Art.

Ce grand Prince ayant ordonné aux Miffionaires de drefler une Carte des environs de Peking^ j-^g^^ P^^" '^^- même combien les méthodes Européanes font exaftes, & c'efl ce qui lui fit naître la penfee de faire tirer de la même manière les Cartes de toutes les Provinces de fon Empire , «& de la Tartarie, qui lui eft maintenant foûmife. En chargeant les Miffionaires de ce travail , il s'expliqua svec eux de la manière la plus obligeante , proteflant pu- bliquement qu'il regardoit cette grande entreprifè com- me une affaire très-importante au bien de fbn Empire, & pour laquelle il ne vouloit rien épargner.

En

PREFACE. xxxvîj

En ejfîet , les jours fùivans il donna ordre aux grands Tribunaux de nommer des Mandarins pour préfider aux mefiirages qui fèroient nécefîàires , afin de donner exac- tement les noms des lieux importans qu'on devoit par- courir, & de faire exécuter fès ordres aux Magiftrats des villes, en prescrivant à chacun d'eux de venir fur les frontières de leur diftrift avec leurs gens , & les au- tres fècours dont on auroit befbin. C'elt ce qui fût exé- cuté avec une exaélitude fùrprenante ; preuve fenfible du grand ordre & de la police admirable qui régne dans un fi vafte Empire.

On commença l'ouvrage le 4. Juillet de l'année 170^. fuivant nôtre manière de compter: mais félon ie Calen- drier Chinois 5 c'étoit le 16. de la quatrième lune, de l'année 47. de Cang loi. Le Père Bouvet, le Père Ré- gis , & le Père Jartoux entreprirent cette année-là de déterminer exa6lement la fituation de la lameufè murail- le qui fëpare la Chine de la Tartarie , laquelle ayant un très-grand nombre de points remarquables , par les por- tes qui donnent entrée dans l'Empire , & par tant de vil- les de guerre dont elle eft comme flanquée, pourroit iervir à régler les longitudes des Provinces boréales , qu'elle borne du côté du Nord, & par confequent des autres qui leur font contiguës.

Le Père Bouvet étant tombé malade après deux mois de travail , les Pères Régis & Jartoux continuèrent l'ou- vrage, & ne revinrent à Peking que le 10. janvier de l'année 1709.

La Carte qu'ils y apportèrent, & qui avoit plus de quinze pieds, renfermoit non feulement tous les détours de cette muraille , bâtie tantôt fur les pentes & les pen- chans des montagnes, tantôt dans des vallées allez pro-

c 3 fon-

xxxviij PREFACE, -

fondes, félon que le comporte le terrain; mais encore toutes les gorges des montagnes, & toutes les portes grandes ou petites , au nombre d'environ trois-cens, tous les forts & toutes les places militaires , même celles qui étant conflruites à une certaine diftance de la muraille , ne femblent avoir été bâties que pour foutenir les autres <\\jl\ en font voifines. Elle comprenoit enfin la pofition de tous les lieux voifîns, tant en deçà qu'en delà, de même que de l'entrée & de la fbrtie des rivières tant fbit peu confidérables.

Cette Carte fut reçue fort agréablement de l'Empe- reur, qui ne doutant plus du fùccès de l'entreprifè , fèntit encore plus porté à ne rien épargner pour y réùffir.

Le S- May de l'année 1709. le Père Régis, le Père Jartoux, & le Père Fridelli, Allemand, que l'Empereur leur joignit, partirent de Peking pour aller au-delà de la grande muraille, commencer la Géographie de la Tarta- rie orientale: c'efl proprement le pays des Mantcheoux qui gouvernent aujourd'hui la Chine. Il y avoit de la difSculté, parce que ce pays ayant été comme abandon- né depuis tant d'années, il ne paroifîbit pas poffible d'y trouver les fecours nécefîaires d'hommes, de m.ontures 5 & de vivres, dont on ne pouvoit fe pafîèr dans un tra- vail qui devoit durer plufieurs mois. Comme rien n'é- chapoit à la prévoyance de l'Empereur, il donna de fi bons ordres aux Mandarins Mantcheoux , qui gouvernent les villes, dont ces pays abandonnez dépendent, & fès ordres furent exécutez fi ponftuellement, que l'ouvrage ne fût jamais rétardé.

En allant vers ces quartiers, on détermina les lieux principaux de la Province de Leao tong^ ou fh^an tong^

car

PREFACE. xxxix

car les Chinois lui donnent indifFëremnicnt ces deux noms-là : partie auflrale eil bornée par la grande mu- raille qu'on avoit mefurée Tannée précédente, & qui par-là fèrvoit à rejoindre les points anciens avec les nouveaux.

Ainfi la Carte de cette année devoit comprendre la Province àoLenotong^ l'ancien pays des Mantcheoux ^ les limites de la Corée du côté du Nord , qui en efl fe- parée parle fleuve Toumen oula^ les terres des Tartares ^ nommez Tupi tafc^ à caufe des peaux de poiflbns dont ils s'habillent; les habitations des Ke tchin tafe^ qui vont jufqu'à l'embouchure du plus grand fleuve de la Tarta- rie, nommé par les Tartares SaghaUcn oiila^ & par les Chinois Hc long kiang , & enfin tous les diftrièts des Princes Mongous ^ ainfi qu'ils nomment, & que les Chinois appellent Tfao ta Jè^ qui (ont depuis le qua- rante-cinquième degré de latitude feptentrionale , juf^ qu'au - defîùs du quarantième, par l'on devoit re- tourner.

Cet Ouvrage fût très-agréable à l'Empereur, & il ne pouvoit manquer de l'être aux Mantcheoux nez à Pc- king^ qui y reconnoifloient leur ancienne patrie , & qui en pouvoient plus apprendre dans un quart-d'heure, qu'ils n'en avoient oui dire à tous les voyageurs.

Ces trois Pères furent à peine arrivez à Pekùig-, qu'ils eurent ordre d'en partir pour la Province de Pétcbeliy qui efl: la Province de la Cour. Ils la commencèrent le 10. Décembre de la même année 1709. & ne la fini- rent que le 29. Juin de l'année fiiivante. La Province efl grande, & a un grand nombre de villes, dont la fi- tuation ne peut être négligée. Autrement l'on trouve- roit la diftancc des unes aux autres, ou plus grande ou

plus.

XL

PREFACE.

plus petite qu^il ne faudroit, ou les aires de veiit des lieux déjà place^z 5 ne s'accorderoient plus avec les ob- fèrvations.

La Carte de cette Province fût d'autant mieux reçue , qu'elle contenoit un pays connu. L'Empereur prit la peine de l'examiner lui-même, & voyant qu'elle mar« quoit éxa6lement les lieux par il avoit (buvent pafle^ & qu'il avoit fait mefurer par les Mantcheoux , dont l'of- fice eft de marquer les chemins lorfqu'il va en campa- gne; il fit dire aux Pères, qu'il répondoit de la juftede de cette Carte; & que fi les autres Cartes, qui étoient à faire, lui relîembloient, il fèroic content de leur tra- vail, & que leur Ouvrage fèroit hors d'atteinte de la critique.

Le 2 2. de Juillet de l'année 1710. l'Empereur ordon- na aux mêmes Pères d'aller vers le fleuve Saghalien oula. Il a fait bâtir fur le bord auftral de ce grand fleuve une ville, appellée Saghalien otila hotun^ pu font des Man- tcheoux fous un Lieutenant- Général , nommé en leur langue Maîreitchain^ afin de veiller fur les frontières, parce que Nïptchou , ville des Mofcovites efl fur la mê- me rivière , plus à l'Oûeft à la vérité, mais cependant fi voifine, qu'en peu de jours, en fiiivant le cours de l'eau ^ ils peuvent entrer dans les terres de l'Empire.

Pour fbutenir ce Lieutenant -Général, l'Empereur a encore fait bâtir deux autres villes en allant vers le Sud, plus avant dans fes terres ; elles ne font éloignées que de quelques journées les unes des autres, & joignent par une fuite de villages, font des chevaux de pofle. La plus voifine de Saghalien oula hotun , efl Merghen , il y a aufTi un Lieutenant-Général avec des trou- pes: la plus éloignée nomme Tfttcikar ^ qui eft le

fiége

PREFACE. xlj

fîége du Général & du Commandant de tout le pays.

C'e/l en revenant de Tfitcikar ^c\\\\ efl au quarante- fep- tieme degré , vingt-quatre minutes , trente fécondes , qu'on a eu occafion de melurer plufieurs dégrez de fui- te du Nord au Sud; car ce ne Ibnt que plaines à perte de vue 5 fans maifbns , fans arbres , & même fans ri- vières bien confidérables. Les Mongous de ce pays ne boivent ordinairement que de Feau des puits qu'ils ont creufèz en difFérens quartiers, ils tranfportent leurs tentes & leurs troupeaux, fitivant la fàifbn , & l'abondan- ce ou la difètte des pâturages.

Cette Carte fût achevée le 14, Décembre. Quoi- qu'elle fut alTez vuide, elle ne laifîà pas de plaire à l'Em- pereur, qui y voyoit.les nouveaux établiflemens qu'il avoit faits , & qu'il jugeoit fi néceflàires à la tranquillité publique.

L'année fuivante 1711. les Géographes furent parta- ges en deux bandes, afin d'avancer l'Ouvrage. Le Pè- re Régis & le Père Cardofb , Portugais , nouvellement arrivé , entreprirent la Carte de la Province de Chan îong^ contiguë à celle de tcbe H, Le Père jartoux, & le Père Fridelli , auxquels on joignit le Père Bonjour, Auguflin, déjà connu en Europe par ion érudition, & qui n'étoit arrivé que depuis trois mois à la Chine, allè- rent enfèmble au-delà de la grande muraille jufqu'à Ha- mi\ ville capitale d'un pays de même nom, & ils me- fiirerent prefque toutes les terres des Tartares nommez KaJkct ta fe. Ils revinrent enfijitc par le grand chemin? des Provinces de Chen fi Sz ào, Chan //, étant rentrez dans la Chine par la porte de la grande muraille nommée Haiyukoen^ du fort qui la défend , & qui n'efl éloigné

/ de

xlij PREFACE,

de Hami que d'environ quatre-vingt-dix lieues , de celles dont vingt font un degré. Ces Pères n'arrivèrent à Peking qu'au mois de Janvier de l'année 1712.

L'Empereur extrêmement fatisfait de cette Carre, & de celle de Chan tong , achevée un peu auparavant , fit demander aux Pères , s'ils ne pourroient point trouver dans les Provinces quelques-uns de leurs Compagnons, qui fufîènt capables de travailler à ce même Ouvrage :. on lui en propofa quatre qu'il agréa. Le Père Cardofb alla joindre le Père de Tartre, qui demeuroit dans la Province de Chan fi ^ avec ordre d'en faire la Carte, auffibien que de la Province voifine de Chen fi. Quand ils eurent fini ces deux Cartes , qui avoient chacune dix pieds en quarré, ils retournèrent à Peking.

Le Mandarin qui préfènta ces Cartes à l'Empereur, lui; dit, que fi Sa Majeftéfbuhaitoit quelques éclairciiîèmens, le Père de Tartre pourroit les lui donner, & qu'il atten- doit fès ordres. L'Empereur le fit entrer, & prenant en main une longue baguette, il lui en fit donner une pareille pour lui montrer divers endroits que Sa Majefté avoit remarqué elle même en vifitant ces Provinces. Ce Prince dit alors plufieurs fois T tien pou tfo: il ne trom- pe en rien.

Il arriva une chofè afîez particulière dans cette audien- ce. L'Empereur prétendoit que le cours d'une certai- ne rivière étoit mal placé dans une autre Carte qu'il éxa- minoit, & qui avoit du rapport aux Cartes des Provin- ces de Cbanfi & de Cbenji, Le Père de Tartre voyant que l'Empereur trompoit, fbutint le fèntiment de la vérité, avec la modeftie & le refpe6t qui eft à la Ma- jefié des Princes, & il le fit d'une manière fi claire, que l'Empereur fût obligé d'en convenir; Tfo kao ^ dit-il, je

me

PREFACE, xliij

me fuis trompé. Aveu bien remarquable dans un Empe- reur de la Chine.

Les Pères de Mailla & Henderer eurent ordre d'aller partager le travail avec le Père Régis dans la Province de Ho nan , après quoi ils firent enfemble les Cartes des YïoVmc^s à^ Kiangnan^ àeTche kiang Sz de Fo kien. Les Provinces de Àï^/z^y? 5 Aq Qtiang tong ^ &càeQtiang fi furent données à faire aux Pères de Tartre & Cardo- fb 5 & celles de Se tchuen^ & à^Ttm nan aux Pères Fridelli & Bonjour , qui mourut dans cette dernière Pro- vince (ùr les frontières du Royaume d'Ava & de Pe- gou 3 le vingt-cinq Décembre de Tannée mil-(ept-cens- quatorze.

Après la mort du Révérend Père Bonjour le 24. de Mars de Tannée 1715. le Père Régis fût envoyé dans la Province èiTim nan pour en achever la Carte; car le Père Fridelli y étoit tombé malade. Quand elle fût finie, il rejoignit au même Père , qui avoit répris fès forces , & ils drellèrent enfemble la Carte des Provinces de Koci tchcou 5 & de Hou qiiang.

Après leur retour à Peking^ qui fût le premier de Janvier de Tannée 1717. il ne refta plus qu'à réunir les Cartes des Provinces dans une Carte générale: ce tra- vail étoit déjà fort avancé (bus la direftion du Père Jar- toux, qui étant retenu à Peking par fès infirmitez, pré-» fidoit à tout TOuvrage , qu'on ofirit enfin à TEmpereur en l'année 1718.

Pour mieux comprendre avec quel détail & avec quel- le précifion ce grand Ouvrage a été conduit jufqu'à fin, il fliffit d'expofèr la méthode qu'on a fuivie pour s'en afiùrer le fuccès. Le Père Régis nous en a rendu compte au nom des MilTionaires , qui ont partagé avec

/2 lui

55

5 5 3

xll\r PREFACE.

lui un travail il long & fi difficile. Voici comme il s'en explique.

Je puis afTùrer , dit-il , qu'on n'a rien oublié pour faire un bon Ouvrage : on a parcouru foi-même tous les endroits tant fbit peu confidérables de toutes les Provinces ; on a éxam.iné les Cartes & les Hifloi- res que chaque ville garde dans fès Tribunaux; on a interrogé les Mandarins & leurs Officiers, auffibien que les Chefs des Peuples dont on a parcouru les ter- res; enfin on n'a jamais cefîe de fervir de la mefù- reaéluelle, afin d'avoir, à proportion qu'on avançoit, des meflires toutes prêtes pour fervir aux triangles des points qu'on jugeoit dignes d'être remarquez. Car. après avoir bien délibéré , on crut devoir s'attacher à la méthode des triangles : toutes l'es autres avoient paru trop longues, eu égard aux pays immenfes, dont l'Empereur vouloit avoir la Carte; & peu pratiquables par rapport aux villes qui font fort proche les unes des autres, puifqu'il eft certain que la moindre erreur de tems, ou mal marqué par une pendule, ou déter- miné peu exaftement par l'immerfion d'un des fàtelli- tes de Jupiter, feroit une erreur confidérable dans la longitude; de forte que fi elle efl d'une minute, elle donnera quinze minutes de faufTe longitude , & quatre ou cinq lieues de difiance erronée fiiivant la difîeren- ce des parallèles. Ainfi il pourroit faire abfblument que l'obfervation ne donnât point de diflance entre deux villes, qui en auroient une très -réelle, quoique petite.

Cet inconvénient de pratique n'efl point à craindre dans la méthode des triangles. Comment pourroit-on errer de quatre lieues , dont deux villes feroient éloi-

,, gnées

?5

?5-

P R E F A C E. xl

XiV

35 35 55 35 35 35 35 35 35 35 35

33 33 35 33 35 33 35 33 33 35 35 33 55 33 33 33 3) 33 3"3

gnées l'une de l'autre, lorfqu'avec une mcflire aduel- Je qui fuit toujours, & avec des demi-cercles bien di- vifez 5 on prend divers points qui font entre les deux termes , leiquels joignant les uns avec les autres , font comme une chaîne de triangles? Efl-il rien de fi difficile que de répondre d'une légère erreur de tems ? Les meilleures pendules le détraquent dans les voya- ges, & pour les mettre hors d'atteinte d'une erreur, par exemple, d'une minute, il faut réïtérer au moins quelques jours les obfèrvations; ce qui produiroit dans la pratique des longueurs infiipportables. 5, Les obfèrvations des fàtellites demandent non feule- ment plus de tems & d'exa61:itude, mais encore des lunettes égales, &:, pour ainfi dire, les mêmes yeux dans l'obfèrvateur & dans fbn correlpondant , lans quoi, pour peu qu'ils paroiflènt à l'un plutôt qu'à l'autre, ils donneront lieu à quelque erreur qui ne fe- ra pas tolérable dans la détermination des petites diflan- ces : car fi un fàtellite étant obfèrvé dans un même lieu par un même obfèrvateur, ne laifiè pas de don- ner une différence de tems qui fait conclure des lon- gitudes un peu différentes , & oblige à prendre un milieu entr'elles , ce qui fuppofè que la différence s'é- vanouit par la grandeur de la diflance: cette pratique devient beaucoup moins certaine à l'égard de plu- fieurs obfèrvateurs, dont ni les Inftrumens, ni les manières ne fçauroient être les mêmes, de forte que la différence qui fe trouveroît entre les obfèrvations, jet- teroit une incertitude fur la pofition des lieux voifms,- qu'on ne pourroit éclaircir que par des dimenfions fû- tes félon les règles de la Géométrie ; ainfi l'on fèroit

j,5 forcé de retomber dans la méthode des triangles.

/3 ?5 Cette:

xlvj PREFACE.

Cette méthode aauiïi cet avantage , quand elle eft continuée, qu'elle donne non feulement la longitude, mais encore la latitude des villes qu'on a à placer, qui étant enfiiite examinée par les hauteurs méridien- nes du fbleil ou des étoiles polaires , fèrt à corriger les opérations précédentes. C'eft ce qu'on a fait autant qu'il a été pofTible , & on n'a trouvé très-fbuvent aucune différence fenfible entre l'obfervation immé- diate de la latitude , & la détermination par les trian- gles. Si l'on a trouvé quelquefois des différences, on n'a pas cru pour cela devoir abandonner cette mé- thode, puifqu'on n'en trouve pas moins dans les ob- (èrvations aftronomiques des hauteurs du pôle faites par les meilleurs Aftronomes dans un même lieu. C'ed qu'en effet, quoique la fpéculation fur ce qu'on doit faire fbit infaillible, la pratique toutesfois dépend de tant de légères circonftances, toutes nécefîàires pour parvenir à une exactitude entière , qu'elle ne peut être conftamment jufle, & doit nécelîàirement varier entre le plus & le moins. Mais ces petits défauts dejuflefîe découvrent toujours, & peuvent corriger fouvent par la combinaifbn qu'on eft obli- gé de faire dans un grand Ouvrage , des points déjà fixez par la Trigonométrie, avec ceux dont on exa- mine la pofition.

55 Un autre moyen qu'on a cru devoir employer pour une plus grande exaditude, a été de revenir à un mê- me point déjà déterminé par différentes voyes , & d'y revenir d'afîèz loin en opérant fùivant les rè- gles. Car il efl indubitable, que fi par le dernier coup d'inflrument on trouve encore la même fitua- tion , on a une efpece de démonfîration fenfible de

,, l'exac-

PREFACE. xlvij

l'exaélitude des opérations précédentes. Lorfqu'en mefurant on n'a pu revenir au même point, on a cherché en paiîànt dans le voifinage des villes dé- 55 ja placées , ou des lieux commodes pour en re- 55 voir les tours qui les font remarquer, ou les mon- 5, tagnes qui les commandent; & de tems en tems 5, on a fait mefurer, pour fçavoir fi la diflance que 55 donnoit le réfultat des opérations 5 les corrections

néceflàires étant faites , convenoit avec la mefure

aétuelle.

5, Toutes ces précautions 5 & plufieurs autres 5^ dont le détail feroic ennuyeux 5 nous ont paru néceffaircs pour faire un Ouvrage qui ne fût pas indigne de 55 la confiance d\m Prince attentif & éclairé , lequel 55 nous en avoit chargé 5 comme d'une chofe , qui 55 lui paroifibit très- importante au bien de fon Etat. Perfuadez d'ailleurs du befoin continuel que nous 55 avions de fi protedion pour le maintien & le progrès 55 delà Religion dans fon Empire 5 l'efpérance de la 55 mériter 5 nous fbutenoit au milieu de tant de dangers 35 qu'il nous a falu courir, & parmi tant de traverfès iné- 55 vitables 5 quand on a affaire à tant de gens de fi diffe- 5, rent caraftère , & dans une longue fîaite d'un travail 55 tout-à-fait pénible.

55 Pour s'alfùrer encore plus de la bonté de l'Ouvra- 55 ge 5 on auroit voulu pouvoir retourner fur les frontie- 55 res orientales & occidentales, auffibien qu'à quelques villes du dédans du Royaume, fituées à des diflances 5, convenables, pour y examiner les longitudes par les 55 obfèrvations immédiates & répétées des éclypfes. Mais comme 5 l'Ouvrage étant achevé, l'Empereur en. y, parut content 5 on ne jugea pas à propos de s'enga-

^5 gc^"

xlviij PREFACE.

55 ger dans un nouveau travail, qui d'ailleurs n'ëtoit pas fort nccefîàire.

3, Nous nous fbmmes donc contentez des obfèrva- 55 tions, fbit de la lune, /bit des fàtellites de Jupiter, fai- 55 tes avant nous , par quelques-uns de nos Pères en diP 55 férentes villes. Nous en avons même abandonné 55 quelques-unes , parce qu'elles ne pouvoient s'accorder exa6tement avec nos meflires , qu'en fuppofànt quel- que légère erreur detems dans l'oblervation ; ce qui n'arrive que trop fbuvent aux plus habiles observa- teurs. Mais d'ailleurs nous avons obiervé quelques éclyples de lune arrivées dans les lieux nous nous trouvions , & la différence qu'elles ont donnée , n'a jamais excédé la quantité dont on fcait que la longitu- de d'un lieu déterminé , prife par différentes obferva- tions des fàtellites ou de la lune , a coutume de diffé- rer d'elle-même dans ces fortes de variations. Quand nous n'avons pas eu des raiibns pour nous attacher à un parti plutôt qu'à l'autre, nous avons pris un mi- lieu pour errer le moins qu'il étoit pofTible. 55 C'ed: ainfi 5 qu'ayant d'abord employé la méthode des triangles pour Jes diftances qui fe trouvent d'une ville à une autre , & l'ayant enfùite comparée avec la méthode des éclyples obfèrvées en des lieux fort éloignez de Peking^ nous nous flattons d'avoir fliivi la voye la plus fûre, & même l'unique qui fbit prati- ,5 quable dans le plus grand Ouvrage de Géographie, .55 qu'on ait jamais fait en fiiivant les règles de l'art 55 Ceux qui ont donné au Public des Cartes Géogra- phiques de nôtre Europe , ou de quelque Royaume particulier , n'ont prefque jamais pris la peine d'exa- miner la fuuation des lieux par eux-mêmes : ils fe font

con=

3? 5? 35 33

35 35 -33 33 33 33 33 33 33

33 33 33 33 33 •33

P K E F A C E, xVix

55 contentez de recouvrer difFérentes obfervations faites

35 5> 55 55 53 53 55 35 35

55 33 35 55 55 35 53

35 33 33 35 33 33 55

33 35 35 33

comme par hafard par des gens d'un génie & d'une habileté fort inégales ; de ramafîèr les mefïires des grandes routes, qui ne font prefque jamais les mêmes d'une Province à une autre; de fournir de Rela- tions des voyageurs , qui parlent prefque toujours des diftances fîir le bruit commun; & de ranger tout ce- la, partie fur quelques-unes de leurs obfervations, & partie fur des conjeélures tirées des remarques des autres.

5, AulTi ne doit-on pas s'étonner fi Ptolomée même , le reftaurateur de l'Aflronomie & de la Géographie, a fait des fautes confîdérables , non feulement en par- lant de la Chine, dont la Capitale , félon lui, doit être à trois dégrez de latitude auflrale ; mais encore par rapport à l'Afrique, connue à Alexandrie, & à nô- tre Europe , avec laquelle les Alexandrins avoient un commerce continuel,

Ce n'efl pas qu'il n'ait eu foin de ramafîèr les ob- fervations agronomiques de ceux qui l'avoient précé- dé, puifqu'il les cite, & qu'il les fuit jufqu'à fbute- nir, ce qui pafîbit alors pour un paradoxe, fiir l'au- torité de Pythéas célèbre Marfeillois , que dans l'Ifle de Thulé , oii il étoit arrivé en allant des Colomnes d'Hercule du Sud au Nord , le fbleil au fbiftice d'E- té fè levoit peu après qu'il s'étoit couché. ,5 Ce n'efl pas non plus que Ptolomée n'eût entre les mains les Itinéraires les plus eftimez , tel que celui qu'on attribue à l'Empereur Antonin, fous le régne duquel il vivoit , & qu'on prétend n'être qu'un abré- gé des diftances mefurées par ordre du Sénat dans

g 55 tout

5) 55 55 55 55 5) 55

I P n E F A C E,

tout l'Empire Romain, dont la défcription générale fous le nom du monde entier, achevée fur les Mé- moires d'Agrippa , fût enfin placée à Rome du tems d'Augufte, dans un portique magnifique & ouvert à tout le monde. De plus, on ne doute guères qu^il n'eût connoifiince des défcriptions qu'Alexandre fit faire de fès conquêtes.

55 Mais après tout, il eft très-vrai que ces fècours ne lui fuffifbient pas pour faire une Géographie médio- crement exafte du Globe entier de la terre, ni même d'une partie confidérable de l'Europe ou de l'Afie. Comment démêler dans cet amas d'anciennes obfèrva- tions, celles qui font exaftes d'avec les infidèles? Ce qui efl cependant néceiîàire pour la bonté d'une Car- te; car une erreur, qui dans l'hypothefè qu'embrafîè un Afironome , s'évanouit par l'éloignement immen-

55 3) 55 55 55 55 55 55

5, fe des cieux , devient d'abord (ènfible dans la Carte ,, d'un Géographe par le rapport qu'elle a avec les lieux

55 55 35 33 55 35 35 55 3>

33

voifins, & connus de tous les voyageurs. Quel moyen avoit Ptolomée de fçavoir au jufte la propor^ tion des mefures priiès depuis plufieurs fiécles fous des gouv.ernemens tout- à- fait difterens, parmi des Nations, tantôt polies, tantôt barbares; & enfin dé- terminées en partie par une fimple efliroe fur des vaif^ féaux, qui, quoique donnez à d'habiles gens, com- me à Polybe , envoyé par Scipion fur les côtes d'A- frique & d'Efpagne , comme à Néarque & à Onéfi- crite, deftinez par Alexandre à la recherche du Gol- phe Perfique,ne fcauroient diminuer que de peu l'in- certitude des difîances ainfi obfèrvées? 5, Quand même il plairoit à quelqu'un de fuppofèr que

ces

T R E F A C E, rj

ces dimenfions ont été faites fans erreur notable, & prifes toutes fur une mefùre connue, il refleroit en- core une difficulté comme inflirmontable , à détermi- ner précifément, combien il faut retrancher de ces routes ainfi mefurées, pour fixer au jufte la diftance en ligne droite d'une ville à une autre. Que Ptolo- mée, par exemple, ait fçû dans un détail encore plus ,5 grand, qu'on ne le trouve dans le Livre fixieme de Pline, les mefures que prirent Diogenete & Béton, employez par Alexandre depuis la Mer Cafpienne jufqu'à rOcean des Indes : s'il n'eft point forti d'A- lexandrie , & s'il n'efl pas venu fur les lieux remarquer les détours des chemins, & les divers rhumbs de vent que la fîtuation des terres oblige de faire , il ne lui a pas été pofTible de marquer exa6tement, ni la pofî- tion des villes, ni le pafîage des rivières, encore moins d'en déterminer le cours entier par fès fêuls points , & de conclure la grandeur d'un pays par une ou deux lignes Géographiques fans avoir les points mitoyens, qui font abfblument nécefîàires pour réunir l'une à l'autre.

Mais comme toutes ces connoifîànces ne dépen- dent point de la force du génie, & que ce qu'il au- roit falu faire pour les acquérir , furpafle de beaucoup les forces d'un particulier, Ptolamée n'a point eu d'autre moyen que de s'en rapporter aux Mémoires des voyageurs, de combiner leur rapport avec les obfèrvations ramaffées, & de recourir aux conje du- res en une infinité d'endroits; & cela n'a pas empê- ché qu'il n'ait fait un Ouvrage utile au Public , la déf^ cription qu'il donna du monde étant très-ample, & di- vifce pour la première fois en dégrez de longitude &

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g 2 de

îîj PREFACE.

55 de latitude , il ed toujours vrai que la plus grande par- 55 tie de fbn Ouvrage n'efl point appuyée fur des obfer- vations faites à delîèin de rectifier la Géographie, mais 35 feulement fur les Relations des voyageurs d'un génie fort différent , & fur les narrations de quelques Hiflo- riens, qui n'ont parlé que par occafîon des diflances , & toujours fur Feflime populaire.

Il n'en efl pas de même dans l'Ouvrage qu'on don- 55 ne au Public ; tout vafle qu'il efl 5 on n'a pas cru de- voir s'en tenir , ni aux Cartes des Gouverneurs Chi- nois, ni aux dimenfions faites prefque par-tout, prin- 55 cipalement dans la Tartarie , par des Mantcheoux éga- ement laborieux & exacls 5 ni à divers Mémoires im- 55 primez. Mais on s'efl déterminé à recommencer tout de nouveau , n'ufànt de ces connoifîànces que pour 55 fe régler dans les routes qu'on avoit à prendre , & dans le choix des lieux dignes de remarque , & rap- portant tout ce qu'on faifbit, non feulement k un mê- me defîèin, mais encore à une même mefure em- ployée (ans interruption»

Cette mefiire avoit été déterminée par l'Empereur quelques années auparavant: c'eft le pied Chinois dont on fe fèrt pour les bàtimens & les ouvrages du Palais, qui efl différent des autres pieds Chinois, & de celui même dont il paroît qu'on s'eft fèrvi autrefois dans le Tribunal des Mathématiques. C'efl fur ce pied que 5, la grandeur d'un degré, mefùré par le Père Thomas, 5, avoit déjà été trouvée contenir 200. lys ou flades Chi- 55 nois, dont chacun comprend au jufte 180. toifès Chi- 5, noifes , de dix pieds. Comme donc la vingtième par- 5, tie d'un degré, (Iiivant les mefures de l'Académie, 55 contient 28^3. toifès, de fix pieds du Chàtelet; elles

5. ega-

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9)

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PREFACE. iiij

égalent précifement i8oo. toifès Chinoifes , ou dix Jys Chinois; & confequemment un degré de 2o.de nos grandes lieues, qu'on appelle auffi lieues marines, comprend 200. lys ou flades Chinois du pied, dont nous nous fbmmes fèrvis dans toute la Géographie de cet Empire.

Cette proportion fournit un moyen très-aife de ré- duire nos Cartes Chinoifes aux mefures des Cartes de France, puifqu'en prenant 10. lys ou flades Chinois 5, pour une de nos grandes lieues de France, la même partie de degré donne dans les unes & dans les autres 5, le même nombre de lieues, tant dans les méridiens, 5, que dans les parallèles ; car quoique ceux-ci fbient di- minuez fuivant la méthode ordinaire, ils le font tou- tesfois fùivant la mefure des grands cercles, qu'on a fuppofé être tous égaux, pour ne pas s'écarter de la doftrine commune des Géographes & des Géo- 5, mètres.

5, On ne peut cependant s'empêcher de remarquer ici que cette dodrine n'eft pas tout- à- fait certaine: puifque l'an 1710. dans le retour de Tfitcikar ^ l'on 5, mefura fix dégrez du Nord au Sud par ces plaines, dont nous avons parlé, qui font entre le 47. & le 41. dégrez , les Pères Régis & Jartoux trouvèrent toù- jours delà différence d'un degré à l'autre; quelque foin 5, qu'ils priifent de faire mefurer jufle , bien qu'ils éxa- minaffent plufieurs fois les cordes divifees en pieds , 5, & qu'ils rec1:ifiafîènt l'inflrument dont ils fervoient 5, pour prendre hauteur, ils trouvèrent une erreur moin- dre que 30. fécondes. Il eft vrai que cet inflrument 5, n'étoit que de deux pieds de rayon, & quoiqu'il fût 5, divifé exactement, il paroît avoir donné un nombre

g 3 5-, moitî-

5) 33 33 33

IIv PREFACE.

55 moindre que celui qu'on auroit peut-être trouvé par 5, un inftrument plus grand de neuf à dix pieds , tel 55 qu'étoit celui dont M. Picard fervit pour la dimen- 55 lion d'un degré. Il eft vrai auffi que les cordes , dont 55 dix faifoient un Ly Chinois 5 fe reiîerrent & s'élar- ,5 giflent fuivant les divers changemens de Pair. Mais 55 faifànt réflexion que l'inflrument étant toujours le me- 5, me 5 ne devoit donner qu'une même quantité d'erreur; 55 que le tems étoit alors fée & fans variation confidéra.- 55 ble; qu'on avoit foin de meftirer fbuvent la corde fur 55 une toife faite exprès; & qu'enfin l'eftime de ces dé- 55 fauts infenfibles ne pouvoit donner la différence de 55 258- pieds Chinois qu'on trouvoit en comparant le 47. 55 degré avec les fijivans jufqu'au 41. ces deux Pères fu- 55 rent prelque perfiiadez qu'il y avoit quelque inégalité 55 dans les degrés 5 quoiqu'elle n'ait pas été remarquée 55 par nos Géomètres, mais feulement conje6lurée par 55 quelques-uns 5 qui ont fùppofe la terre femblable à un 55 fphéroïde.

55 Mais c'efl cette difficulté même de changer la figure 55 de la terre fans des obfervations indubitables 5 & con-

55 55 55

55

tinuées fous divers parallèles, qui nous a déterminez à confèrver la même mefure de dégrez dans tous les grands cercles 5 & dans toutes les parties des méri- diens 5 nous en tenant à la fiippofition généralement reçue de la rondeur delà terre fènfiblement circulaire, & renvoyant la réfblution exa6le de ce nouveau pro- blême, à ceux qui auront la commodité & le loifir 55 que nous n'avons pas.

Dans ces dimenfions on n'a pas oublié d'obfèrver 55 les déclinaifbns de l'aiguille aimantée, fbit dans la Tar- 55 tarie , fbit dans la Chine. Mais puifque les déclinai-

55 fbns

F F>. E F A C E. Iv

fbns changent en un même lieu dans un certain nom- bre d'années , nous n'avons pas cru devoir les inférer dans cette Géographie. Il fùffit qu'elles nous ayent 55 ièrvi à déterminer au jufte les rhumbs de vents des routes que nous faifions, & à nous faire connoître, par les obfèrvations faites fous le même méridien en des lieux, tantôt voifins entr'eux, & tantôt éloignez, que la Géographie n'en peut tirer aucun avantage pour les longitudes, ainfî que l'ont efpéré plufieurs Auteurs de réputation , qui ramafîànt avec foin dans leur Géographie les déclinaifbns de bouflble dont les pi- lotes & les voyageurs ont fait mention , n'ont pas pris garde qu'elles pouvoient avoir déjà varié dans le tems qu'ils employoient à former leur fyflême des méri- diens magnétiques , dont l'un doit pafîèr par Canton : car nous avons trouvé fbit en deçà, fbit en delà les déclinaifbns fi différentes, qu'elles ne peuvent être 3, réduites à aucune des hypothefes , qui ont paru juf^ qu'ici, encore moins à une règle confiante, puifque les déclinaifbns que nous avons obfèrvées dans ces en- droits là, ne feront plus apparemment les mêmes après une période d'années , à moins qu'on ne veuille 5, fuppofèr que la loi des variations de l'aiguille dans un même lieu , n'efl pas faite pour la Tartarie ni pour 5, la Chine „.

Par ce détail on peut juger quelle doit être lajuflefîe & la précifion de cet Ouvrage, & combien il en a coûter d'application & de fatigues aux MifTionaires , pour lever avec tant d'exaftitude les Cartes de toutes les Pro- vinces de la Chine & de la Tartarie Chinoifè , que l'Em- pereur fbuhaitoit avec empreflement , & dont l'exécution lui tenoit fi fort au cœur.

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55 55 55 55 55 55 55 55 55 55 55 35 55

55 55 55 55

Ivj PREFACE.

Au regard du Thibet, s'il n'a pas été levé de la mê- me manière par les Jéfuites , du moins il a été drefle fiir divers routiers fort détaillez, & fur les mefures que pri- rent, dans le Thibet même, des Tartares envoyez ex- près par l'Empereur , qui avoient connoiflànce des Ma- thématiques, & qui avoient reçu des Miffionaires l'in- flruftion & la direction néceflàires pour y réûffir.

La Carte particulière de la Corée a été prifè d'après celle qui s'eft trouvée dans le Palais même du Roi de ce pays, &, comme on l'explique dans les obfèrvations Géographiques fur cette Carte, elle a été examinée fiir les frontières par les Miffionaires employez à faire la Car- te de la Tartarie.

Toutes ces Cartes, tant de la Chine & de la Tarta- rie, que de la Corée & du Thibet, ont été mifès non feulement au même point, mais même fous une projec- tion générale , comme fi toutes les pièces n'en dévoient compofèr qu'une feule, & effeélivement on pourra les raflèmbler toutes, & n'en faire qu'un feul morceau. El- les ont été préfèntées au lloi telles que les Miffionaires les ont dreffées eux-mêmes , & me les ont envoyées de la Chine. Sa Majeflé qui en connoifîbit le mérite, les a agréées , & les confèrve en dépôt dans Bibliothèque particulière à Verfàilles.

Pour rédiger ces Cartes, & les mettre en état de paf^ fer entre les mains des Graveurs , j'ai jette les yeux fur M. d'Anville, Géographe ordinaire du Roi: c'efl ce qu'il a fait avec cette netteté & cette exafte juflefTe qu'on lui connoît. Après quoi , des Cartes particulières , il a dreffé les Cartes générales , & leur a donné une étendue propre à faire connoître , indépendamment même des Cartes particulières, jufqu'où les Miffionaires ont porté

le

PREFACE. Ivij

le détail & la précifion dans ce grand Ouvrage de Géo- graphie. Il n'a entrepris la Carte générale de la Tarta- rie, qu'après avoir pris communication des Mémoires particuliers du Père Gerbillon , & les avoir combinez avec les Cartes ; & même pour remplir le carré de cet- te Carte , il y a fait entrer le Japon tout entier , & quel- ques terres plus fèptentrionales qu'il y fait paroître avec des circonftances particulières. Pour ce qui eft de la Carte du Thibet, il l'a conformé dans la partie qui confi- ne à rindoftan, aux connoifîànces pofitives qu'on peut prendre par ce côté-là.

Enfin dans la Carte qui efl: à la tête de l'Ouvrage, & qui comprend toutes les autres en général , outre h vafte étendue de pays dont on vient de parler , on porte jufques fur la Mer Cafpienne. Les MifTionaires en ont eu quelques connoifîànces qu'ils n'ont pas été en état de perfeftionner : ils ont fouhaité néanmoins qu'on en fît ufàge, après les avoir comparées & jointes aux connoiP fànces qu'on pourroit rafîembler d'ailleurs. C'eft auflî ce que M. d'Anville a exécuté avec un grand foin , com- me on le verra expliqué en détail dans les Obfèrvations Géographiques & Hiftoriques fur le Thibet.

Je ne dis rien de TimprefTion de cet Ouvrage, ni des foins qu'on s'efl: donné pour l'enrichir de tous les orne- mens dont il étoit fufceptible. On verra afîèz que rien n'a été épargné pour la beauté du papier, des caractè- res, & des gravures; les vignettes, les cartouches des Cartes , & les planches en taille-douce , ont été gravées furies defîeins & par la direction de M. Humblot, qui efl parfaitement entré dans le goût des peintures faites par les Chinois mêmes , que je lui ai mifes entre les mains , & dont une partie m'avoit été communiquée par du

h Ve-

Iviij F R E F A C E.

Velaer, qui a demeuré plufieurs années à Canton en qualité de Dire6leur de la Compagnie des Indes. Je lui fiais également redevable des connoifîànces très-fûres qu'il m'a données de Tlfle de Hai nan , il a fait quel- que /ejour 5 & je me fais un plaifir & un devoir de lui en marquer ici ma reconnoiflance.

Quelque attention que j'aye eue à écrire les mots Chinois de la manière qu'il faut les prononcer, il efl af» fèz difficile qu'il ne foit. glifle quelques fautes dans le cours dq l'impreffion: il fera aile de les reétifier en con- fultant ces mêmes mots dans l'explication que j'en don- ne félon l'ordre alphabétique , à la fin du troifieme & du quatrième Volume, ils font écrits correftement. En cela j'ai eu auffi en vûë la commodité des Lecteurs, qui, lorfqueces mots reviennent fbuvent, peuvent avoir ou- blié l'explication que j'en ai donnée , iorfque je les ai employer: pour la première fois. Ils n'auront qu'à con- fùlter le Catalogue de ces mots, & ils trouveront en un inftant ce qu'ils fîgnifient.

Je n'ai plus qu'un mot à dire pour finir cette Préface^ qui n'eft déjà que trop longue; c'efl qu'il ne faut pas s'i- maginer que les noms Chinois , tout étrangers qu'ils pa- roifîènt d'abord , fbient auffi difficiles à prononcer en nô- tre langue , que quelques-uns fe le font figure2 : leur ex- périence leur apprendra qu'on fe familiarife bien plutôt & plus aifément avec les noms Chinois , qu'avec les noms de plufieurs Nations d'Europe , & que pour peu qu'on y fbit fait , on les prononce avec moins de peine.

Ce qui a beaucoup contribué à la difficulté qu'on a eu de prononcer les mots Chinois, c'efl la façon dont les Portugais les écrivent, & qui a été fuivie pendant un tems de plufieurs de nos Miffionaires François, quoi- qu'elle

P R E F A C E: Wx

qu'elle !(bit tout-à-6it différente de la manière dont nous devons les écrire, pour nous conformer à la prononcia- tion des Chinois. La lettre x chez les Portugais, efl ce . que nous écrivons par les lettres ch :par exemple , la ville de la Chine que nous écrivons Cban tong^ ainfique pro- noncent les Chinois, ils l'écrivent Xan tum\ de même la lettre m eft chez eux, ce que font chez nous les lettres ng'^ pour écrire Peking^ qui efl la prononciation Chi- noife, ils écrivent Pekim.

On trouvera dans les Cartes les noms de quelques vil- les, quoiqu'en petit nombre, qui font terminez parune;;^ à la manière Portugaifè. Il faut fe refîbu venir qu'ils doivent prononcer comme s'ils étoient terminez par ;2^,fans ap- puyer fiir le^ , qui ne s'ajoute que pour mettre de la dif- férence entre ces mots-là, & ceux qui finifîent par une^ feule, lefquels doivent prononcer, comme fi ïn étoit prefque fùivie d'un e muet. Les premiers prononcent comme nous prononçons fang^ rang^ Szc. & les féconds comme nous prononçons en Latin non^ & en François, profane.

Afin que le Public fbit inftruit des fources oùj'aipui- fe les connoifîànces que je donne, je joins ici la lifledes Miffionaires , dont les Mémoires imprimez ou manuf crits m'ont fervi pour la compofition de cet Ouvrage.

NOMS DES MISSIONAIRES

Doni les Mémoires mamifcrits 8? imprimez ont fervi a la compofition de cet Ouvrage.

Le Père MARTIN MARTINI.

Le Père FERDINAND VERBIEST.

h 2 Le

Ix PREFACE.

Le Père PHILIPPE COUPLET.

Le Père GABRIEL MAGALHAENS.

Le Père JEAN DE FONTANEY.

Le Père JOACHIM BOUVET.

Le Père JE AN-FRANCOlS GERBILLON.

Le Père FRANÇOIS NOËL.

Le Père LOUIS LE COMTE.

Le Père CLAUDE VISDELOU, maintenant E-

vêque de Claudiopolis. Le Père JEAN-BAPTISTE REGIS. Le Père JOSEPH-HENRY DE PREMARE. Le Père FRANÇOIS -XAVIER DENTRE-

COLLES. Le Père JULIEN-PLACIDE HERVIEU. Le Père CYR CONTANCIN. Le Père PIERRE DE GOVILLE. Le Père JEAN-ARMAND NYEL. Le Père DOMINIQUE PARRENIN. Le Père PIERRE JARTOUX. Le Père VINCENT DE TARTRE. Le Père JOSEPH- ANNE -MARIE DE MAILLA. Le Père JEAN-ALEXIS GOLLET. Le Père CLAUDE JACQUEMIN. Le Père LOUIS PORQUET. Le Père EMERIC DE CHAVAGNAC. Le Père ANTOINE GAUBIL Le Père JE AN- BAPTISTE JACQUES.

TABLE

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TABLE

DES ARTICLES

CONTENUS DANS CE PREMIER VOLUME.

"IDEE générale de r Empire de la Chine y Page i

De la grande Muraille qiiifépare la Chine de la Tartafie, 4$

Des Peuples nommez Si fan , ou Tou fan , 4P

Des Tartares de Coconor , 6%

De la Nation des Lo los , C$

De la Nation des Miao fle , , 66

Route que tinrent les Pères Bouvet ^ Fonîaney, le Comte ^ ^ Fifdelou, depuis le Port de Ning po , jufquà Peking , avec une dèfcription très-exadte ^ cir' conjianciée de tous les lieux par où. ils pajferent dans les Provinces de Tche kiang, de Kiang nan, de Chan tong, £s? de?Q tche li, 73

Route que tint le Père Fontaney depuis Peking jufquà Kiang tcheou , ^ depuis Kiang tcheou , jufquà Nan king dans la Province de Kiang nan , 5^7

Route que tint le Père Bouvet depuis Peking jufqiià Canton , lorf qu'il fût eth- myé par ï Empereur Cang hi en Europe y en l'année 1693 , nj.

Dèfcription Géographique des Provinces de h Chine.-

De la Province de tche H,- 153

De la Province de Kiang nan y 1-48

De la Province de Kiang fi, i'<!>2

De la Province de Fo kien , 17^

TABLE DES ARTICLES.

De la Province de Tche kîang^ 190

De la Province de Hou quang , ^ ipp

De la Province de Ho nan, 207

De la Province de Chan tong y 211

De la Province de Chan fi ^ zi$

De la Province de Cbenfi, iï5>

De la Province de Se tchiien , 224

De la Province de Quang tong , 229

De la Province de Quang fi , 24*

De la Province d'Tun nan , 247

De la Province de Kod tcheou , 2f 4

Fajles de la Monarchie Cbinoife^ oti Hijîoire abrégée félon P ordre Chronologique de ce qui s^ejl pajjé de plus remar^ quahle fous chaque Empereur,

^vertijjement t p. 21*9

Des Empereurs qui ont gouverné la Chine jufqu'au tems de la première Dy- nafiie , 266

Première Dynaflie, nommée Hia, 281

Seconde D y naftie, nommée C/;^!;!^-, 293

Troifieme Dynaflie, nommée Tcheou. 309

Quatrième Dynaflie, nommée Ty?;2, 338

Cinquième Dynaflie , nommée Han , 345

Sixième Dynaflie , nommée Heouhan, c'efl-à-dire, Famille des Han^oC- térieure, 3^9

Septième Dynaflie, nommée Tfin, 372

Huitième Dynaflie, nommée Song , 378

Neuvième Dynaflie , nommée Tfi, 38^

Dixième Dynaflie , nommée Lf^w^ , - 384

Ofl.

TABLE DES ARTICLES.

Onzième Dynaflie , nommée Mm, 287

Douzième Dynaflie, nommée Souy^ 289

Treizième Dynaflie, nommée Tang, 2Pï

Quatorzième Dynaflie, nommée Heou leangy ^n

Quinzième Dynaflie , nommée i/é-oM ^72^ , ^u

Seizième Dynaflie, nommée Heou tfin. ^14

Dix-feptieme Dynaflie , momméQ Heou han , ^15

Dix-huitieme Dynaflie , nommée /f^ûM rc/jfo« 5 41-7

Dix-neuvieme Dynaflie, nommée Song^ 41 p

Vingtième Dynaflie, nommée Tz/e», 43-7

Vingt-unième Dynaflie , nommée Ming , 445

Vingt-deuxième Dynaflie, nommée Tfing, 467

Fin de la Table des Articles de ce premier t^ohme.

APPROBATION.

CETTE Défcription Géographique^ Hiftorique , Chronologique, Politique, âf Phyfique de f Empire de la Chine ^ de la Tartarie Cbinoife , que j'ai lûë par l'ordre de Monfeigneur le Garde des Sceaux, efl û ample, qu'on peut afTûrer que prefque aucun Pays , même de l'Europe , ne fera défor- mais mieux connu que la Chine, la Tartarie qui lui efl foûmife ou alliée, & que quelques autres Etats confidérables qui les touchent immédiate- ment. C'efl avec une confiance bien fondée , que dans cet Ouvrage on s'inflruit, non feulement de la véritable étendue d'une Ci vafle portion de l'Univers, mais auffi de tout le détail qui regarde les plus importans ob- jets qu'elle renferme. On y prend auffi une idée jufle de la Nation Chi- noife & de fes Souverains: On y développe fon cara6lère, les richefîes qu'elle fournit à l'Europe , & celles qu'elle en tire. La principale de ces dernières, efl fans doute fheureufe connoifTance de la véritable Religion; du culte fmcere que tous les hommes doivent à Dieu, & que la feule E- glife Catholique, Apoflolique , & Romaine enfeigne par toute la terre.

Des Miniflres zélez , fortis de plufieurs Nations fidèles , & de divers Ordres religieux, ont depuis la découverte des Indes orientales, porté à

la Chine la lumière de l'Evangile , en marchant fur les traces du grand Xavier. 11 efl vrai que ce Thaumaturge fût borné par la divine Providen- ce à en montrer le chemin; mais fes frères le fuivirent bientôt, & y remplirent fes vues Apoflohques.

Parmi eux, les Jéfuites François fe font extrêmement diflinguez. Leurs talens naturels , & leurs lumières acquifes , employez par l'efprit de Reli- gion au progrès de l'Evangile , avoient fait naître en leur faveur un mer- veilleux concours de proteftion , entre les deux plus grands Princes du fiécle, le Roi Louis XIV. & l'Empereur Cang hi. Durant la vie de ces deux Monarques , une nombreufe & floriflante Chrétienté s'efl: heureufe- ment foutenuë à la Chine ; mais cette Chrétienté ell à préfent en danger d'être abfolument anéantie.

Le R. P. DU Halde a déjà commencé de rendre compte de cette triH te révolution dans le vingt- unième Recueil de fes Lettres Edifiantes ^ Cu- lïeufes. C'ell à ce fçavant & laborieux Ecrivain qu'on efl maintenant re- devable de cette magnifique Défcription de l'Empire Chinois; Ouvrage très- complet , dont je fuis perfuadé que le Public lui f^aura beaucoup de gré. Fait à Paris ce 30. juillet 1734.

Signé ,

[l'Abbé R A G U E T.

APPROBATION.

JE foufTigné Provincial de la Compagnie de JESUS en la Province de France, permets au Père Jean-Baptiste du Halde de la même Compagnie, de faire imprimer un Livre qu'il a compofé , inti- tulé: Défcription Géographique ^ Hifiorique , Chronologique, Politique, ^ Phyjî- que de f Empire de la Chine âf de la Tartarie Chinoife , ^c. & qui a été revu par trois Théologiens de nôtre Compagnie. A Paris, le premier d'A- yrii 1733-

P. FROGERAIS,

DESCRIP^

AVERTISSEMENT

SUR CETTE EDITION,

peine cette Description de la Chine

eut-elle été donnée au Public, h peine même y fut - elle annoncée , que des Perfonnes qui n'en connoilToient pas tout le prix , en portèrent un jugement peu favorable, Qiielques - uns accuferent l'Auteur de ne dire , & de ne pouvoir dire , que ce qui avoit déjà été dit longtems avant lui; quelques autres, qui crurent , fur de frivoles prétextes , pouvoir méprifer entièrement cet Ouvrage, peu contens d'en marquer leur mépris depuis la pu- blication qui s'en eft faite à Paris ^ le pouffèrent rhême jufques fur l'Edition que nous publions : c'efl ainfî que fouvent on loue ou l'on blâme les chofes avant que de les bien connoître.

Ces jugemens précipitez ont rendu néceifaire l'Avertiffement que nous donnons à cette heure. Nous efpérons d'y faire voir, que le Père du Halde a travaillé fur une matière toute nou- velle 5 & fur un plan tout nouveau : nous indiquerons enfuite l'on peut trouver l'AnaJyfe de fon Ouvrage , &nous ferons connoître, enfin 5 les améliorations qu'on a procurées à l'Edition de Hollande ; ce qui établira la préférence qu'elle mérite fur celle de France.

Pour diifiper les préjugez font quelques Perfonnes, que le Père du Halde ne dit & ne peut dire rien de nouveau dans fa Description de la Chine, nous croyons qu'il fuffit d'expofer les titres de divers Ouvrages qui ont été publiez au fujet de ce vafte Empire : on pourra même regarder ce Catalogue comme un Ejfai de Bibliothèque Cbinoife^ ainfi nous le mettrons à la fin de cet AvertifFement. En comparant les titres de tous ces Ouvrages avec celui du Père du Halde, qui n'eft rien moins que trop faftueux, on reconnoîtra facilement que la Des- cription de la Chine et de la Tartarie Chi- noise, publiée par ce fçavant Jéfuite, mérite l'attention des Cu- rieux , & l'approbation des Gens de bon goût.

Qiiant k l'Analyfe de ce même Ouvrage, que nous avons

Tom. L z promis

Ixvj AVERTISSEMENT.

promis d'indiquer , il nous fuffit de renvoyer les Curieux au Journal des Sçavans de Tannée pafTée & de Tannée préfen- te (^). On y verra un Extrait exadt , détaillé, 6c impartial des quatre Tomes. Nous nous contenterons feulement d'ob- ferver, qu'à la fin de TExtrait du quatrième, le fçavant Journa- lise femble avoir voulu prévenir tout le monde contre notre Edition, par un Raifonnement qu'il exprime de la manière fui- vante: Ou TEdition de Hollande^ dit-il, fera fans Cartes; & dès elle fera privée de ce qui fait le principal mérite de 3, celle de Paris, ou, fi Ton y trouve des Cartes, continue-t-il , 3, la forme d'in 4.0. qu'elle doit avoir ne permettant pas de leur 5, donner ni la netteté ni Tétenduë convenables , elles ne fervi- ront qu'à jetter dans Terreur ceux qui les confulteront ". Les Gens fenfez n'auront pas de peine, 11 je ne me trompe, à voir la foiblefle de cette objedion. Si Ton avoit retranché les Cartes de la Description de la Chink, on auroit réellement retran- ché , par cela même , une partie confidérable de Tagrément & de Tutilité de cet important Ouvrage: Aulîi les avons -nous toutes confervées , comme elles font dans TEdition de Paris, & qui plus en:,Tious leur avons donné la même forme. Ainli l'argument du Joumnlifte porte à faux. Une différence notable néanmoins, qu'il n'a pas prévue , confiite daiîs l'arrangement. Pour n'être pas obligez de plier les Cartes afin de les placer dans le Corps de l'Ouvrage, nous les avons mifes féparemcnt en forme d'Atlas, en y ajoutant un titre, a l'imitation de V Atlas Sinenfis du Fere Martini, Nous donnerons bientôt un compte détaillé des au- tres avantages que nos Cartes ont fur celles de Faris ; mais en attendant nous croyons pouvoir dire ici, fans exaggerer, que cel- les de notre Edition l'emportent autant fur les Cartes gravées en France-, que ces dernières l'emportent fur toutes celles de ces Pays éloignez qui ont paru jufqu'a préfent, fans en excepter r Atlas du Fere Martini ^ lui-même.

Avant que d'en venir là, nous devons indiquer ce que nous a- vons Elit pour donner à notre Edition un degré de perfection qui manquoit à la précédente. Cen'eftpasjà notre avis, une

amé-

Ca) Nous citons ici les Editions de France & de Hollande du jQwnal des- SçaViWS l.n pvémi'Tc fait me:y,on de hi Desc r ipi : o df. la Chine dès Taunéc 1735 ; l'autre n'a commencé à en parler qu'en 173(5.

AVERTISSEMENT, Ixvij

amélioration médiocre, que les Rubriques margmales que nous avons mifes par tout. On y voit d'un coup d'œil de quoi il s^agit dans chaque page ; ce qui foulage extrêmement Pattention des Lecteurs , & fèrt k trouver plus aifement les endroits que Ton cherche. L'Edition de Paris efl parfemée de parenthejes^ fouvent d'une longueur exceffive : nous les avons toutes mifes en forme d'explications au bas des pages (^). Il nous paroît inutile de nous juftifler fur ce changement. Pour peu que Ton connoiffe la délicatelFe des Lecteurs inteUigens, on fçait que les parenthejes font un effet très-dé fagréable dans le difcours : ainfî nous ii^ivons point hézité à les déplacer. Nous ne doutons pas même que le Père du Halde ne nous en eût épargné la pei- ne, fi des occupations indifpenfables lui euffent permis de veiller à TEdition de Ion Livre. Si nous voulions flûre Pénumération de toutes les autres améliorations femblables que nous avons faites, nous excéderions les bornes d'unfimple AvertifTem.ent. On nous per- mettra néanmoins défaire remarquer, que nous avons fondu en une les quatre Tables des Matières qu'on trouve dans TEdition de Paris, Ton a donné à chaque Volume fa Table particulière ; On ne nous conteftera pas le mérite de ce changement ; Tagré- ment & Futilité s'y rencontrent , & nous fommes comme afiûrez qu'il aura l'approbation générale. Que l^'on jette le*s yeux fur l'ar- ticle de Cang-îii, on y verra comm.e un abrégé du Règne de ce grand Empereur de la Chine: ce qu'on ne peut voir dans l'E- dition de Paris qu'en conf.iltant, l'un après l'autre, quatre Volu- mes énormes ; il en eft ainfl du refte. Nous avons fait la même chofe pour les Tables des Mots Chinois £5? Tartares^ que nous avons réduites en une, & que nous avons augmentées de plus de la moitié en parcourant l'Ouvrage.

Nous venonis maintenant à ce qui regarde fpécialement les Cartes , qui ont été un des principaux objets de nos foin?.

Il en eît des Cartes de P Edition de Paris comme de la plupart des entreprifes, l'envie de produire quelque chofe de nouveau partage & diftrait celui qui travaille, & l'exécution dépendant de plu- fieurs perfonnes, qui ne prennent pas la chofe également à cœur, il s^y ^\Kq fouvent bien de chofes qui ne répondent pas exade-

ment

(a) On peut confulter entr'autres les pages 114. ii(5. 117. 118. du Tome II. Les Notes de ces pages fe trouvent dans-le Texte de l'Edition de Paris.

i 2

\

ixviîî AVERTISSEMENT.

ment k Pintention de PAuteur. Quoiqu'on ne doute point que tout ce que le Père du Halde a reçu des MilTionaires de la Chine ne foit de la dernière exaditude , & que ce Père n''ait donné tous les foins poilibles k PEdition qui s'elt faite k Paris', il paroît néanmoins que les Perfonnes ilir lefquelles il a néceiîai- rement fc repofer pour le foin d'exécuter bien de chofes, n^y ont pas apporté une attention égale k la lienne. Par bonheur pour fon Ouvrage, M. d'Anyille, Géographe ordinaire du Roi, qui s'eft déjà fait une belle réputation par fon fçavoir, ainlî que par la propreté & la juftefle de fes ouvrages , a bien voulu fe charger des Quatre grandes Cartes générales. Ces Carres , Pon recon- Eoît d'abord la main d'un Maître, ont été drefféesfur les mêmes Mémoires qui ont fervi aux Cartes particulières, & ferles origi- naux de celles-ci, qui (ont venus de la Chine. Qiielle différence cependant des unes aux autres ! Mais , ikns nous arrêter k faire voir la préférence que les premières , c'eft-k-dire les Cartes de M. D'A n- V I lle , méritent k tous égards fur les particulières, qui ont été gravées k Paris par diverfes mains moins habiles; nous paiTons à ce que nous avons promis de dire touchant notre Edition.

Les Curieux qui voudront fe donner la peine de confronter les deux Editions , appercevront d'abord dans nos Cartes particuliè- res des Provinces de la Chine, qu'on y a fuppléé un grand nombre de Noms qui ont été oubliez dans celles de Paris -^ quoi- que les lieux mêmes y foient marquez dans leur jufte pofition ; ils verront quantité de lieux ajoutez, les uns avec leurs noms, & d'au- tres fans noms, qui ne fe trouvent point abfolument dans les G7r- tes de Paris t furtout le long des routes qu'on y a tracées, quoi- que fupprimées ou oubliées dans V Edition de France: additions qu'on a cru néceiliiires, pour rendre les Cartes plus exadement con- formes k l'Ouvrage même , particulièrement aux Journaux des Foyages , & k la Table des Longitudes ^P des Latitudes qui fe trou- ve dans le dernier Volume, il en eft de même des Cartes parti- culières de la Tartarie, dans lefquelles nous avons de plus diftingué, autant qu'il a étéponrible,non feulement les limites gé- nérales de ce vafte Pays, principalement aux endroits il confi- ne avec les Tartares fournis k la Ruflie; mais aulTi celles quifépa- rent les quatre Nations principales qui reconnoiffent la domination de l'Empereur de la Chine, les Mantcbeoux^ les Mongols ou Mongousp les Kalkas <Sc les Elutbs ou Calmoucs, Nous avons aulfi

ajouta

AVERTISSEMENT. Ixix

ajouté les noms particuliers des Peuples qui habitent ces divers Etats, & marqué par de petits Etendarts le nombre des Banieres qu'ils compofent : le tout conformément à POuvrage <Sc aux Car- tes générales de M. d'Anyi lle. Les améliorations faites dans les Cartes particulières du Thibet, confiftent en partie dans l'addition de plufieurs noms oubliez , & en partie dans des éclair- ciflemens tirez, foit de la Carte générale, foit de POuvrage mê- me. Les routes y étoient à quelques petits changemens près. Cette raifon jointe à ce qu'elles fe trouvoient toutes tracées dans les Cartes générales, excepté celle de la Chine, n'a pas peu contribué à nous faire prendre le parti, de marquer toutes celles' qu'on voit dans les autres Cartes , pour les rendre en cela unifor- mes ; outre que c'eft conduire le Leéteur comme par la main dans la leàure des Journaux des voyages. On verra dans la fuite les additions très confidérables que nous avons faites à la Carte du Royaume de C o r e' e. Nous ne difons rien d'une infinité de noms corrompus ou mal gravez que nous avons redifiez, principalement dans les Cartes particulières de la Chine. Le Père du Halde, parlant dans fa Préface de celles de VEdition de Paris ^ y reconnoît lui-même ce défaut qu'il rejette fur la diverllté de la prononciation Chinoife & Portugaife. Cet aveu nous a porté à y remédier par tout nous avons cru pouvoir le faire avec fureté. Pour les Cartes géné^'ales ^ nous y avons peu touché, & celle du Voyage du Capitaine Beerings paroît fans le moindre changement.

Voilà en peu de mots la différence des Cartes de l'une & de l'autre Edition. Il nous refte de juflifier nos améliorations, & d'indiquer, en détail ,les fources nous avons puifé , pour rendre nos Cartes plus exades & plus conformes à POuvrage, que ne le font celles de France.

Nous commençons par la Corl'e. Ce Royaume qui occupe une grande feuille, dans laquelle on doit naturellement s'attendre à quelque chofe déplus particulier, que ce que l'on trouve dans la Carte générale de la Ta rt a rie, paroît au contraire privé d'un avantage que M. d'An ville a jugé effentiel, puifqu'il le lui a donné dans la Carte générale. C'eft de la divifion de ce Royaume en Provinces que nous prétendons parler. Pour remé- dier à ce défaut, nous avons fuivi la Carte générale, & nous nous fommes conformez à ce qui efl dit de la Core'e fur la fin du quatrième Volume de POuvrage. Ne craignant point de nous

i 3 éga-

Ixx AVERTISSEMENT.

égarer en fuivant ces guides, nous avons marqué les limites de chaque Province , en y ajoutant leurs noms. De plus , dans la Province dei^/V^^-zz^^/^îVersTembouchure du fleuve l'a-loukiangy nous avons fuppléé les noms de pluiieurs Villes , qui fe trouvent omis dans la Carte Françoife, quoique la fîtuation y en foit mar- quée. Nous les avons tirez de la première Feuille particulière de la T A R T A lu E Chinoise. Elle nous a aulTi fourni tous les noms des rivières qui fe jettent dans le fleuve dont nous venons de parler , ainfi que quantité d'autres qui fe vo^^ent vers le bord oc- cidental & feptentrional de notre Carte de la Coke' e^, & qu'ion chercheroit en vain dans V Edition de Paris. Ce que nous avons ajouté dans la Province de Hien-kïng-^ & le long defes frontières du Qo^tà^V ancien Pays des Alantcheoux ^ qH pris do h Jeconde Feuil- le particulière de la T a r t a r i e. C'eft ainfi que nous avons aug- menté la [Gr/r/^ delà CoRe'e de plus de cent -cinquante noms.

En parcourant ainfl toutes les Cartes, Tune après Pautre, on fe- roit furpris du grand nombre de changemens que nous y avons faits, pour les rendre meilleures: mais il fuffira d'en tirer de cha- cune un exemple pour en donner une idée.

Commençons par la Chine. La Carte de la Province de Cban-tong eft la première que le hasard nous fait tomber fous la main. On y verra d'abord deux routes différentes. L'une offre une partie de celle que tinrent les Pères Bouvet :, Fontaney^ Ger- Inllon^ le Comte & Vijdelou^ lorfqu'ils allèrent de Ning-po à Pe- king; & l'autre préfènte le chemin que fit dans cette Province le Père Bouvet , lorfqu'il fit le voyage de Pcking à Canton, En les traçant nous avons fuivi les Journaux qu'on trouve dans le premier Volume pag. 73. & 113. A la première de ces deux routes nous avons ajouté le Village & le nom de Hong-bia-pou , fur la frontière de Kiang-nan^ & un peu plus haut, la Bourgade & le nom de Li-kia-cbuang. Qiiatre lieues au-delà d''T-tcbeoUy nous avons marqué, par un fimple zéro, un gîte couchèrent les Miffionaires , & dont le nom ne fe trouve point dans le Journal. Par la même raifon le zéro que nous avons placé à quelque diftance de Sin-taibien ^ eft demeuré fans nom ; mais un peu plus loin, à la fortie des montagnes, on voit le Bourg de Tan- kou-tien^ dont la pofition & le nom ont été fuppléez. Qiiant à l'autre route , qui defcend de Te-tcbeou vers la Province de Kiang-nan:, les fituations & les noms de Tong-kieouell près de

PO'

AVERTISSEMENT. Ixxi

Po-pin-hieny de Sia-kia-y. à quatre lieiiës en deçà de la Ville de Ten-îcheou fou :, à^t Kiai-ho-y trois lieues & demie avant que d'ar^ river à Teng-hîen^ & de Lin-Ubing-y ^rcs du grand Canal fur la frontière de Kiang-nan\ ces endroits, dis-je, qui font autant de ftations de poite, ont été entièrement omis dans les Cartes de Paris. Outre ces additions , il y en a deux autres. Ce font les noms des Villages ou Bourgs de Tai-tchuang-tfi ^ à Pendroit le grand Canal entre dans la Province de Kiang-nan^ & de Tfing-ba-oei -i fur un cap qui avance dans la Mer d'Orient, au 36. degré de Latitude. Nous les avons fuppléez fur la foi de la Table des Longitudes «Se des Latitudes, qui eft vers la fin du quatrième Volume. On avoit négligé de marquer les confins & le nom de la Province de Ho-nan\ nous y avons remédié , afin de prévenir la fauife idée que les Provinces de Pe-îche-U & d^Klang- nan feroient feules limitrophes de celle de Cban-tong. Parmi les changemens faits dans cette Carte, les deux plus confidérables font, celui du nom de Tongyang^ au lieu duquel nous avons mis celui de Tong-baiy qui fignifie Mer d'Orient, & celui du zéro qui marquoit la Ville de Finyuen-b'ien -, en la place duquel nous avons donné la marque d'une petite Ville. Le premier efl con- forme à la Carte générale de la Chine qui écrit Tong-bai^ & à la fignification du mot de Hûi-y celui de lang voulant dire toute autre chofe que Mer, fuivant Pexplication des mots Chi- nois ainûtée à POuvnige. La qualité de Ville, indiquée par le mot H/en') & confirmée à la page 90. du premier Tome, juf- tifie le fécond.

On ne pourra de même confronter les deux Editions de la Cinquième Feuille particulière de la Tartarie Chinoise, fans y remarquer une différence notable. Les Pays ou Diftriéls qu'elle reprcfente ne font léparez dans celle de Paris par au- cune marque de limites, & fe trouvent par conséquent confon- dus. Nous avons au.ûté cette diftinftion , d'autant plus nécef- faire, que ces Pays ont été moins connus jufqu'a préfent. La Carte générale de la Tartarie nous a fèrvi de guide à cet égard. A la page 72. du Tome IV. le PiRK du HALDE,fai- fant le dénoml^rement des Banieres que compolènr les Tarta- re? A'iongous ^ parle entre autres des Pays de Cortcbin^ de Tour^ heJ.é ^ de Tcbakiy & pag. 73. de ceux d'Jrou-Cortehin & d'Où- tcbou-moutcbin. Ces noms, ainfi que les Baaieres qui manquent

dans

îxxij AVERTISSEMEN-i.

dans V Edition de Paris , fe trouvent dans la notre , conformé- ment à Pendroit cité , & à la Carte générale. Mais quoique cette dernière ne marque point les Bannières des Tartares Kal- kas 5 nous n'avons pas hézité à indiquer celles qui doivent entrer dans cette feuille. Elles font au nombre de fept, &c leur poli- tion ainli que celle du Lac ou Etang Tuené Omo a été déter- minée fur ce que PAuteur en rapporte à la page 5*0 5". du IV. Tome. Un fupplement plus confidérable encore , c'eft la route que tirent les CommifTaires de PEmpereur en 1698. pour aller tenir les Etats des Kalkas. La defcription de ce long & pénible voyage commence k la page 48 3. du dernier Tome; mais on ne trouve dans cette Carte que ce que le Père Geî^hillon en dit , depuis la page 497. jurqu''à la ^07^ HoroJwn-pirûi-porO'hojo ^ Hahirhan^ Parollchi - tou - nor , Angbirta -fira - pour itou - nor , Iptartai- nor , Queigben-elefou y HoeitoU'tafibao-nor , Tcbaptou-nor ^ Pouir-y-oulan- erguiy Kerlonni-altroi-ejiiou , endroits les CommifTaires paf- ferent , font exprimez dans la Carte générale & dans le Jour- nal du Père Gerbillon , mais il n'en paroît pas la moindre trace dans la Carte de VEdiîion de Paris. L'endroit fe tint la pre- mière Aflemblée des Etats Kalkas fur la rivière d'OurJon^ ainfi que les rivières de Ilara-oujfou 5 & de Houdou étant pareillement omis fur cette route , nous y avons remédié en diitinguant le premier par une tente, avec une explication hiftorique à côté, &: en fuivant, pour les deux dernières, le Journal pag. 497. & 498. du 1V^ Tome. Le petit bout de route qu'on voit au bas du titre de cette Feuille , fait partie de celle que ïirent les Pè- res Gerbillon & Perejra en 1689. ^ f^^ P^ut voir Ih-defTus la page 205". du même Tome. C'eft à la page 19. de ce même Tome encore, que nous avons pris la remarque ajoutée aux rivières à^Arom dans le Pays de Solon., de Nemer dans celui de Tagouriy de Song & de Cor fin qui fe jettent dans le fleuve Sagbalien-oula^ que l'on y pèche des perles : addition qui ne paroîtra pas fu- perfluc , vu fa fmgularité. Outre le nom du Gouvernement de Kirin-oula , nous avons aulTi ajouté le nom & la pofition de Noucbon cajauy fur le fleuve Songari-oula y fuivant le Catalogue des Longitudes & des Latitudes Tome iV. pag. 605*. Les rou- tes enfin qui paflent par le Gouvernement de Kirin-oula y par le Pays des Mongous & celui de Tagouri ont été tracées fur. la Carte générale.

Pag.

AVERTISSEMENT. Ixxii?

Paflbns au T H I B E T. La Quatrième Feuille particulière de ce Pays repréfente des contrées aflez défertes. Il paroît plus im- pardonnable d'omettre quoi que ce foit dans ces fortes de Car- tes qu'en d'autres qui font fort remplies de noms & de lieux. Ceft cependant ce que le Graveur de Paris a fait. Les noms des rivières E/lhiné-pira -y Tai-tong-ho ^ Conten-fira-cheri ^ Tolun- pira^ Sira-torO'Cheri^ Courin-antjai ^ Paha-tom-kol; ceux des lacs ou étangs Paha-omOj Conkéy Tcharing-omo; ceux des monta- gnes Coulan-tahahan y CojoIai-tabaÏMny Kontachian-tabahan^ Ko- teri-tahahan , Tchaha-hata , Couifun-touJoiihai , dont les deux dernières font fur-tout remarquables, étant fituées dans le grand lac de Hohonor^ qui communique fon nom à toute une Nation de Tartares; ceux, enfin, du fort Ping-siao-y & du pagode Tomker , l'un & l'autre fur la rivière Poro-tchonkec-pira: tous ces noms , dis-je , que M. d'An ville marque expreffement dans fa Carte générale , & qui, par conféquent , fe trouvent dans l'original , manquent dans la Carte particulière de VEdi- tion de France^ & ont été fuppléez dans la notre. Les routes, étant marquées, dans les autres Cartes particulières du Thibet, par un double rang de petites lignes brifées, 6c y en ayant mê- me dans -celle-ci une de cette façon; afin de rendre tout uni- forme, nous avons, doublé celle qui fe voit à gauche vers le bord feptentrional de la Carte. C'eft par manière d'éclaircil^ fement que nous avons mis le nom de la Province de Chen-si à deux endroits qui avancent li fort dans ce Pays , qu'on pour- roit les prendre pour des terres qui apartiennent aux Tartares Hohonor, La rivière Tchaiteng qui coule vers TOucll:, périt in- fenfiblement dans les fables du vafte défert Cobi ; particularité que nous avons ajoutée d'après la Carte générale, ainU que le nom même de ce défert. Une rivière peu confidérable à la vé- rité & fans nom, mais Tepréfentée dans l.i Carte générale, & om.ife dans la feuille particulière , a été rétablie dans notre Edi- tion fur le bord occidental du Lac Tcharing \ vers l'Ell: duquel on voit encore un petit bout de route , ajouté conformément à la même Carte générale. C'efl: encore fur elle que nous avons marqué les limites qu'on voit depuis un bout de muraille, qui s'étend du bord méridional du fleuve Hoang-ho^ jufques furies frontières de Chen-fi. Eniin, nous avons reétifié plulieurs Chiffres le long de l'échelle qui borde la Carte j fans autre autorité que

Tom, L k ' celle

Ixxiv A V ERTISSEMENT.

celle du jugement , qui fuffit pour corriger en ceci la pure inad- vertence du Graveur.

Quoique nous nous bornions a ces quatre Cartes , elles ne font pas les feules auxquelles nous avons fait des améliorations importantes ; nous ne les avons pas même choifies parce que notre exactitude y paroît avec plus d''avantage. Toutes les au- tres différent plus ou moins de VEâition de Paris. Mais com- me cet cfTai peut fuffire pour donner aine idée de la manière dont nous nous fommes conduits dans la notre ; on épargne aux Leéleurs un plus ample détail. Il ne leur feroit pas moins ennuyeux qu'inutile, & pour peu d'attention qu'ils donnent à la leélure de cet Ouvrage 5 tel que nous le publions, nous fom- mes perfuadez , qu'il n'y en aura pas un feul qui ne nous ren- de jullice.

Il ne nous rèfte qu'à donner le Catalogue des Livres que nous avons promis dès l'entrée de cet Avertilfement. Le voici :

D. Schemeringii Novazembla , five defcriptio trium navigatio- num à Belgis in C h i n a m & Indiam Orientalem iter affeélan- tibus, fulceptarum. FliiTingse I5'3i. 4\

Pliftoria délia China, da Giovanni Gonzalez di Mendoza. Ro- ma. 1586. 4°- Ce Livre a été imprimé en Latin , Francfort 1589. ^-/z Efpagnol , envers 15*96.

îîiftoria del gran Regno délia China. Venezia IJ87. 8°- Ce Livre a paru en François à Rouen 1614.

Defcriptio omnium Infularum, Regionum & Provinciarum totius Indise Orientalis, ex variis Autoribus in unum corpus redaéla. Francofurti 1 5*98. fol. cum iig.

M. Henningii de Regno Chin^ Hifloriarum libri. Francofurti. 15:99. 8°.

Hiftoria de las MiJTiones que han hecho los Religiofos de la Com- pania de Jefus, para predicar el Santo Evangelio en la India Oriental, y en losReynos de la China, y Jappon, por Luis de Guzman. Alcala 1601. fol.

Recentiffima de Regno Chin^ & morte Taicofama , Japonîo- rum Monarcha , écc. relatio, per MilTionarios Jefuitas.Mogun- tise 1601. 8°.

Hiftoria de la entrada de la Chriftianidad en el Japon , y C h t n A , &c. traduzida dal Latin del R Horacio Turfelino , por el P. Pe- dro de Guzman. Valladolid 1603 . 40, Re,

AVERTISSEMENT. Ixxi^

Rela^ione della grande Monarchia délia China, del P. Alvaro.

Roma 1613. 4,^. Nicolai Trigaiitii de expeditione Chriiliana apud S in A s fufcepta

a Societate Jefu Libri qiiinque, ex commentariis M.Ricci. Au-

gullse Vindelicorum 161$, 4°. Ce Livre a été imprimé en

Efpagnol à Seville 1621. Regni Chine n sis defcriptio ex variis Auétoribus. Leidce

1639. 16"^. Imperiode la China, y cultura Evangelica en el por los Reli-

giofos de la Compania dejefus, porel^R Alv. Semmedo. Ma- drid 164.2. 40. Dello flato temporale del Empero delà China por el P. AI7.

Semmedo. Madrid. 1642. 4°. Ce Livre parut en François

à Paris 1645*. Martini Martinii Hiftoria belli Tartarici. 12°. Ce Livre a été

imprimé en François à Paris 1 6 5'4. ^en Hollandois a Delft 1 65*4. Miranda naturse in Sina & Éuropa. 16 5* 5*. 4°. Imprimé en

Allemand à Francfort \6$6. ^ en Hollandois à Utrecbt 1682. No vus Atlas Sinensis à Martino Martinio defcriptus , cum ta-

bulis Geographicis. Amftelodami lôSS- forma Atlantica. //

fait un Volume de P Atlas de Blaeu. Nicolai Longobardi Epillola de ftatu Regni Sinensis. Mart. Martinii Hiftoria Sinica vêtus ab origine gentis ad Chrift

tum natum. Amllelodami 1659. 8°- Theoph. Spizelius de re litteraria Sinensiu^i. Lugduni Bata-

vorum. 1661. 12°. L'AmbalTade de la Compagnie Orientale des Provinces Unies vers

l'Empereur de la Chine; illullrée d'une defcription générale

ôcexaéle des Villes, Bourgs, Villages, Ports demer,&c.&

autres lieux plus confidérables de toute la Chine, par Jean

Nieuhof. Lcide 166). fol. avec figures. Cet Ouvrage parut en

Hollandois aAmjlcrdam 166^^. ^/î" Allemand peu de )ms après y

^ en Latin à Amflerdam 1668. Divers Voyages dAIexandre de Rhodes en la C h i n e & autres

Royaumes de POrient. Paris 1666. 4*^. Athan. Kircheri China monumentis illuflrata. Amftelodami 1 667.

fol. cum figuris seneis. // a paru en Hollandois a Amflerdam

1668. 8? en François Amflerdam 1670. Relation du Voyage d'Evert Isbrand envoyé du Czar versPEmpe-

k 2 reur

ïxHvi AVERTISSEMENT.

reur de la Chine. Amfterdam 1669. S^- ^^ Livre a paru en Anglois à Londres 1706. 4.°. avec une defcription delà Chine par un Auteur Chinois , d'après rêdiîion qui s'en ejl faite en Hollandois dans le même format à Amflerdam l'^o^. fous la di- reâion du fameux Bourgemaître Witlen. An hiHorical EfTay endeavorin^ a probability that thelanguageof the Empire oFChina is the primitive language , by John Webb. London 1669. S'^. Dappers Gezantfchappen naar China. Amfterdam 1670. fol

met plaaten. Hiftoire de la Conquête de la Chine par les Tartares , traduite

de PEfpagnol de M. de Palafox. Paris 16/0. 12°. Marci Failli, Veneti, de Regionibus Orientaiibus libri très. Be-

rolini 1671. 4°. La Science des Chinois par Intorcetta. "] Ces p?t'ts ouvrages (^ La Vie de Confucms. «-'j- -'-t.,™

Viaggio del P. Grueber da C h 1 N a m Luropa. jr f^io âf imprimez, à Gruberi Tartarica & SiNicA. J Pa^s 1672.

Relacaodo efladopolitico e fpiritual do Tmperio da China , por P. Francefco Rogemont. Lisboa 1672. 4.°. Imprimé en Latin àLouvain 1673. 8°.' Verwaarlooll Formofa. Amfterdam 167$'. 4*^. met plaatcn; JTratados hiftoricos 5 politicos , etiiico^ y reiigiofos de h Ma- narchia de China, con deicripcion brève de aquel împerio ^ y exemplos raros de Emperadores y Magiitrados en el, por Domingo Fernandez Navarrete. Madrid 1676. fol. Andr. Cleyeri Medicina Chinensium ex pulfibus (Se lingua:.

Augute Vindel. 1681. 4°. cum fig. Lettre écrite de la Chine, Ton voit Pétat préfent du Chrif-

danifme dans cet Empire &c. Paris 1682. Andr. Cleyeri Spécimen Medicinse S i n ic .iî, ad mentem Sinen-

fiiim. Francofurti. 1082. 4:. cmnfig. Curieufe Aanmerkingen der byzonderlle Ooft en WeH-Indifclie verwonderens-waardige Dingen , nevens die van China, enz. door S. de Vries. Utrecht 1 684. 4^ met plaaten. lilTArf-at-inn rrifînnp . r.ii l'on târhp: rîfi faire voir nar aneloiip

Teftament, par Phil. Maflbn.

Dif.

AVERTISSEMENT.. Ix

xvij

Diiîertation critique fur la Langue Chinoise «Sec, adrefTée a M. Reland, Profefleur en Langues Orientales à Utrecht.

Diflertation fur la littérature Chinoise, par M. Fourmont.

.Catalogus Patrum Societatis Jefu, qui poft obitum S. Fr. Xaverii ab anno 1 58 1 . in Imperio S i n a r u m Jefu Chrifti fidem pro- pagarunt ; ubifinguloruin nomina5ingrefrus5 prsedicatio, mors, fepultura 5 libri Sinice editi 5 Eecenfentur : èSiNico latine redditus a Pâtre Phil. Couplet. Parifiis 1686. S\

Confucius , S i N A R u M Plîilofophus ; five fcientia S i n e N s i s latine expoiita, ftudio Se opéra Patrum Societ. Jefu, <Sc juflu Ludovici Magniiadjedaert tabula Chronologica Sinic^îù Mo- narchioe. Parifiis 1687. fol.

Relation nouvelle delà Chine, contenant la defcription des par- ticularitez les plus confiderables de ce grand Empire , traduite du Portugais du P. Gabr. de Magalhaensparle Sr. B^* (P^b^ Bernou). Paris 1688. 4.^ Ce Livre ejl aujji imprimé en Latin.

La Morale de Confucius, Piiilofo^^he de la, Chine. Amflerdami

1688. 12\

Hiftoire d'une Dame Chrétienne de la Chine, par occafion font expliquez les ufages de ce Peuple , rétablifTement de la Religion , les manières des Miifionaires , <Sc les exercices des nou- veaux Chrétiens. Paris 1688. I2\

Andr. Mulleri de Sinënsium rébus Epillola. Jense i68p. 12V

Hilloire de Dom Jean de Palafox , & des différends qu'il a eus avec les Jéfuites au fujet des affaires de la Chine. i<59o. 12"^

Hiftoire des deux Conquérans Tartares qui ont fubjugué la C h i N £, pur le P. d'Orléans. Paris 1690.

Obfervations piiyfiques & mathématiques envoyées des Indes & de la Chine à PAcadémie Royale des Sciences par les PP. Jéfuites, avec les réflexions de Mrs. de TAcadémie & les no- tes du P. Gouye. Paris 1692. 4.°.

Hiftoire des différends entre Jes Milfionaires Jéfuites d'une part, & ceux des Ordres de S. Dominique 6c de S. Françoi;^' de l'autre, touchant le Cuite que les Chinois rendent à leur Maître Con- fucius, à leurs Ancêtres & à l'Idole Cbin-hoang. 1692 12°.

Voyages en divers Etats d'Europe & d'Afie pour découvrir un nou- veau chemin à la Chine, &c; avec une defcription de la Gran- de Tartarie 6c des Peuples qui l'habitent. Paris 1693. 8^

Hiftoria Nerdiludii 3 hoc eft dicere trunculorwm, cum quibusdam

k 3 aliia

Ixxviij AVERTISSEMENT.

aliis Arabum 5 Perfarum, Indorum, Chinensium, & alla- rum Gentium liidis 5 aiiélore Th. Hyde. Oxonii 1694.. 8\

Andr. Mulleri opufciila nonnuUa Orientalia une volumine compre- henfa 5 fcilicet : Hiftoria Sinensis ; Monumentum Sini- cum; Hebdomas obfervationum de rébus S in i ci s ; Com- mentatio alphabetica de Sinarum Magnseque Tartari^e rébus; Nomenclator Imperii Sinensis geographicus ; Bafi- licon S1NENSE5 primos homines, Rcges & Imperatores Si- ne NSiu m exhibens ; &c. Francofurti idp^ 4.'.

Chronologie der Chinesischen Kayfer aus der Chinesi- SCHEN Sprache ins Teutfche ùberfetzet durch Chriil. Mentze- lius. Berlin i6ç6. 4.°.

Demagno Sinarum Imperioj Diflertatio, autre Erico Roland. Holmise 1697. 8'.

Portrait HiRorique de PEmpereur delà Chine préfenté au Roy par le P. Bouvet. Paris 1697. 8'.

Nouveaux Mémoires fur Pétat préfent de la Chine par le P. Louis le Comte. Paris 1696. 12°. avec % Imprmé en Uol- landois à la Haye 1698. 4^

L'Empereur de la Chine avec toute fa Cour en Habits ordinaire Se de cérémonie. Paris fol. Ouvrage qui ne confijle qu'en figures en taille douce ^ avec une explication hijloriquejur chaque planche.

Hiftoire de PEdit de l'Empereur de la Chine, en faveur de la Religion Chrétienne 5 par Ch. le Gobien. Paris 1698. 8°.

Land-enWater-ReizenuitMuskoviennaar China, doorBrand.

Tiel 1699. I2^

Apologie des Dominicains Miffionaires de la Chine; ou Ré- ponfe au livre du P. le Tellier , intitulé : Déf enfe des nouveaux Chrétiens, & à rEclairciffement du P. le Gobien furies hon- neurs que les Chinois rendent à Confucius & aux morts, par le P. Alexandre. Cologne 1699. 12".

Hilloire de l'Empire de la Chine, par le P. Bouvet. La Haye

1699. 12^

Profperi Intorcettse teftimonium de Cultu Sinensi. Parilîis

1700. 8^

Hiftoria Cultus Sinensium; feu varia fcripta de Cultlbus Si- narum, ad)und:a appendice Scriptorum Patrum Soc. Jefu de eadem controverlia, ejufdemque Hilloriae continuatione. Co- lonise 1700. 8\ '

Con-

AVERTISSEMENT. Ixxix

Conformité des Cérémonies Chinoises avec Pldolâtrie Grecque 6c Romaine , pour fervir de confirmation à TApologiedes MïÇ- fionaires Dominicains , par un Religieux , Dodeur , &c. Cologne.

J. Dom. Gobiani Diflertatio apologetica de Sinensium ritibus politicis. Leodii 1700. 8°.

Lettre de Louis Cicé aux Jéfuites fur les Idolâtries de la Chine. Cologne 1700. 8°. avec tig.

Fr. Xaverii aéia de Sinensium ritibus politicis. Parifiis 1700. 8^'

Franc. Furtado informatio. antiquilTima de praxi MiiTionariorum Sinensium Soc. Jefu , circa ritus S i n e n s e s. Parifus 1 700. 8\

Apologia pro Decreto Alexandri V 1 1. & praxi Jefuitarum circa ceremonias 5 quibus Sin.î: Confucium & Progenitores mor- tuos colunt. Lovanii 1700. 8°.

Lettre à Monfgr. le Duc du Maine fur les Cérémonies de la Chine. 1700. 12°.

Nouveaux Mémoires fur TEtat préfent de la Chine par le P. Louis le Comte. Paris 1701. 8^ avecfig.

Lettres d'un Doéleurde l'Ordre de S. Dominique fur les Cérémo- nies de la. ChÎne au P. le Comte , Jéfuite. Cologne 1701 8^

Lettre de Meilleurs des MiiTions étrangères au Pape fur les Ido- lâtries &; Superftitions C h i n o i s e s. 8°.

Six Lettres d'un Doéleur : ou Relation des Aïïemblées de la Fa- culté de Théologie de Paris, tenues en Sorbonne fur les opi- nions des Jéfuites 5 touchant la Religion, les Cultes, & la Morale des Chinois, avec la cenfure de cette Faculté. Co- logne 170Î. 8^

Lettre de M.Maigrot à M. Charmot au fujet de la Religion des Chinois. 1701.

Imperii S inarum & rerum in eo notabilium Synopfis, à Phil. Couplet exhibita.

Tabula Chronologica Monarchiix SiNic^, àPhii. Couplet con- cinnata. Viennse Auftr. 1703. 12^

Defcription de Plfle de Formofe en Afie. Amfterdam 1705*. S'*.' avec fig.

Confiderazioni fulla Scrittura intitulata, RifleiTioni fopra la catifa délia CiNA. Roma 1709.4.'.

Difeik dei giudizio fjrmato délia S. Sede Apoftolica nel di 20. JNov. 170^. intorno ai Riti e Cérémonie Cinesi. Tormo 170p. i^. Me-

ixxx AVERTISSEMENT.

Mémoires pour Rome fur l'état de la Religion Chrétienne dans

la Chine. 170p. 4°. Suite de ces Mémoires. 1710. 8°. Joli. Franci Veronica tliéezans ; id ell^ collatio Veronicce Euro-

ipxx cum Thé C h i n i c o. Lipfise 1 2\ Rifpofta dei Signori délie MilTioni llranieri- alla protefta ed aile

rifleflioni dei Padri Giefuiti intorno il facrificio Cinese. Roma

1710. 4,°.

Réflexions fur le Culte de la Chine par Faquinelli , avec la

Réponfe. 4°. Apologia délie rifpofle date dei Procuratore dei Cardinale di

Tournon, alli cinque Memoriali dei Padre Provana intorno

il facrificio Cinese, contro le olTervazioni fatte fopra di eflej

da un Autore anonimo. Roma. 1710. 4\ Mauritius Afgoden - dienft der Jefuiten in China. Amfterdam

171 1. 8°.

Examen des faunete:z fur les Cultes Chinois avancées par le

Père Jouvenci 5 traduit d'un Ecrit Latin , compofé par le P. Mi-

norelli. Cologne 1714. 8°. Relation de la nouvelle perfécution delà Chine, jufqu'à la mort

du Cardinal de Tournon. 1714. 12°. 'Anciennes relations des Indes & de la Chine avec des remar"

ques. Paris 1718. 12°. Spécimen dodrinse veterum Sinarum moralis Se politicse, ex-

cerptum èlibellis Sinicte gentis claflTicis opéra G. B. Bulffin»

geri. Francofurti 1724. 8°. Journal de la rélldence du Sieur Lange à la Cour de la Chine.'

Leide 1726. 12°. Clirift. Wolffii oratio de Sinarum Philofophia praâica , notis

uberioribus illuftrata, Francofurti 1726. 4°. G. J. Unverzagt Reife-Befchreibung der Gefandfchaft von Pe-

tersburg nach China. Lubeck 1727. 8°. mit Kupfcrn. Efame e diffefa dei Decreto dal Cardinale di Tournon fopra le

cofe deir Imperio délia China. Roma 1728. 4°. Obfervations mathématiques , agronomiques 5 phyfîques Sec. ti- rées des anciens Livres Chinois 5 & rédigées par le P. Sou-

4Ciet. Paris 1 72p. 4°. avec fig.

DESCRIP-

fJ/.V ■d.SPyk/i.ctir

DESCRIPTION

DE LA CHINE

E T

DE LA TARTARIE CHINOISE.

Idée générale de l'Bnpire de la Chine.

E Royaume de la Chine efl nommé par les Mongols Oc- cidentaux Catay -, par les Tartares Mantcheoux , Nican cour ou 5 6c par les Chinois T'chong koué^ fans qu'on puifTe di- re au vrai ce qui a donné lieu au nom que nous lui don- nons en Europe > fi ce n'eft peut-être que la jpremiere Famille Royale , qui a porté vers l'Occident les armes viftorieufes, fe faifoit appeller "Tfiri ou l^ai tftn. L'iVrmée Navale de l'Empereur 'Tftn chi hoang^c^n al- la à Bengale, à ce que rapporte l'Hiftoire Chinoife, doit avoir fait connoî- tre aux Peuples Indiens le nom de Tfm^ dont la puifîance fe faifoit fentir fi loinj 6c ce nom pafTant des Indes en Perfe 2c en Egypte, eft apparemment 'Tom I. A par-

* Kiani Signifie Fleuve.

Etendue de la Chi- ne.

Jurifdic- tion ou Goiiver- nemeni.

Tchl S^iU-verner.

z DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE,

parvenu jufqu' à nous, vers l'an avant Jefus-Chrift 230 5 c'eft ce qui paroît le plus vrai-{emblable.

Quoiqu'il en Ibit du nom , il ell: certain que la Chine eft le plus grand & le plus beau Royaume connu : car je ne voudrois pas répondre qu'il n'y eût quelque autre Nation polie dans les Terres Auftrales , ou dans quelques au- tres Contrées inconnues. Lorfqu'après avoir quitté l'Europe, on aborde aux Terres les plus voifines de l'Aifrique , ne femble-t-il pas qu'on foit tombé dans un autre monde? Les Peuples-mêmes des Indes, quoiqu'un peu moins grolliers , ont tant d'impolitefîè , lorfqu'on les compare à nos Na- tions civilifées, qu'ils peuvent pajGTer pour demi-Barbares. Qui auroit cru qu'au bout de tant de barbarie le trouveroit un Peuple puifTant , policé , ha- bile dans les Arts, & appliqué aux Sciences?

Qiiand dans le XIII-'. Siècle Marc-Paul Vénitien publia fa première Re- lation , combien de gens la prirent-ils pour un tiflu de Fables, oii le vrai- iemblable n'étoit pas même gardé ! Aufïi vit-on alors des Critiques, qui , par des conjeétures femblables à celles de quelques-uns des Ecrivains de nô- tre tems, s'efforcèrent d'en prouver la fuppofîtion. Il ell cependant cer- tain que ce Voyageiu- , qui fuivoit les Tartai'es Occidentaux,, lorfqu'ils a- chevoient la conquête de la Chine, n'a rien avancé que de vrai. On peut aifément le reconnoître dans ce q;u'il rapporte de certaines Villes, qui Tub-- lillent encore telles qu'il les a décrites , ôc qui confervent le même nom qu'il leur a donné. Car qui ne voit que ce qu'il, appelle Cingiang fitué aU' bord du Kiang * , ell la Ville de fchin kiang près de ce grand Fleuve ? Ce qu'on trouve de différence, ne peut-il pas s'attribuer, partie à la diverfîté du langage Tai'tare, partie à la corruption des mots Chinois prononcez par des Efangers , qui n'ont pas eu encore le tems de fe faire l'oreille à une- Langue Il différente de toutes les autres?

La Chine eft du Nord au Sud plus longue que la Tartarie, dont nous donnons la Géographie , & moins large qu'elle , fi on la prend de l'Eft à rOùeft. Mais, de quelque fens qu'on la prenne ,. elle n'a pas moins en li- gne droite de 360. de nos grandes lieues à 20. le degré. Elle eft divifée en quinze Provinces. Celles de Chenjîj de Cbanft^^de Petcheli , s'étendent le long de la flimeufe Muraille qui la divife au Nord de la Tartarie : celles de Chan tong^. àt Kiang nan^ de Tche kiang ^ de Fo kien font fur la Mer Orien- tale. Celles de ^mng tong^ de ^angfi^ dTun narty de Se tchuen^ font les bornes du Midi ôc de l'Occident. Le milieu eft occupé par celles de Ho nan^ de Hou quang^ de Koei tcheou^ 6c de Kiang fi.

Chaque Province eft fubdiviiee en certain nombre de Jurifdiâ:ions , qu'on nomme Fou en Chinois, d'où dépendent d'auti'es beaucoup moins étendues,, nommées T'cheou 6c Hien : de la même manière que nos Bailliages ôc les Jufticesfubal ternes font fubordonnées aux Préftdiaux : les Préfidens de cel- les-là font appelles T'cbi fou y èc les Adminiftrateurs de celles-ci fe nom- ment tcbi uheou, 6c T^cbi bien. De-là vient qu'on trouve toujours dans l'en- ceinte d'une feule ville appellée Fou^ un Mandarin nommé l'cbi fou^ & au moins un autre qui eft 'icbi bien : car dans les plus grandes Villes , outre le Xcbi fou ^ iont encore deux Mandarins inférieurs avec le titre de tcbi bien 5

ET DE LA TARTARIE CHINOISE. |

parce que le Territoire étant trop étendu , on l'a partagé en deux diftri£ts , r*« Vil- dont chacun reflbitit en première inftance au Tribunal de fon 'Tchi bien. '^ du pre- L'un & l'autre Tribunal a même toujours un nom particulier, ôc relevé "^^^ ^^] immédiatement de celui du Tchi fou hcâMCow^ plus nombreux, plus puif- ' fant, & le plus fouvent nommé différemment. Par exemple , outre les fix grandes Cours Souveraines qui font à Peking^W. y a encore le Tribunal pro- pre de cette Ville , qui eft la Capitale de l'Empire , & qui eft nommée Chun tien. Sous ce Tribunal il y a encore deux Tribunaux l'ubalternes de deux Bien ou Villes du troifîéme Ordre , dont l'une s'appelle Tai hing^ ÔC l'autre Venpng.

Au refte, quand on parle de Hien ou Ville du troifiéme Ordre, il ne faut pas s'imaginer que ce foit un diftriét de peu d'étendue : il y a tel Hien qui a 60. 70. & même 80. lieues de circuit , ôc qui paye à l'Empereur plu- fîeurs millions de tribut.

Ce que nous avons dit ci-deflus des villes Tai hing & Ven ping^ s'entend aufîi de plulîeurs autres Villes , à proportion de l'étendue des Terres que les Habitans pofTedent j de forte que c'eft beaucoup augmenter le nombre des Villes de ce Royaume, que de les compter par les Catalogues qu'on trouve prefque partout imprimez des Fou^àts Hien ^hns faire de dillindion entre ceux qui lont renfermez dans une même enceinte, 6c ceux qui font réparez.

Il fe trouve dans les Provinces quelques Villes , qui ont des Tribunaux qu'on nomme Om, dont les Mandarins ont le titre de Ouei cheou pei^ Se ce font des Officiers de guerre. Leurjurifdiélion ne s'étend pas d'ordinaire hors des murs : il y en a d'autres qui font dans des Villages , & ceux-là com- munément ne connoiiïent que des matières qui concernent une certaine forte de perfonnes obligées par leur condition Se par leur naifîance auxChai"- ges de l'Etat.

Ces Tribunaux diftinguez auffi par leur nom, font quelquefois, de même que les Tribunaux du Tchi fou & des deux Tchi hien , renfermez dans la même enceinte. Et fi on s'en tient aux Liiles des Mandarins, ou aux Hiftoires des Provinces, fans rien approfondir davantage, on pourra comp- ter trois Villes pour une. C'eft ainli par exemple, que la Ville, qui dans l'Hiftoire de la Province de Koei tcheou eft nommée Li ping fou^ eft la mê- me réellement, qui, dans la Province de Hou quang eft àppellée Ou cal ouei y parce qu'étant fur les limites des deux Provinces, elle eft le Siège d'un Tchi fou fournis à la Province de Koei tcheou , & d'un Ouei cheou peiy qui relevé de la Province de Hou quang^ comme Officier de guerre.

Sans entrer dans un plus grand détail, cet exemple fuffit pour faire com- prendre que le nombre des Villes, quoiqu'en effist fort grand, l'cft cepen- dant beaucoup moins qu'on ne le fait dans prefque toutes les Relations im- primées j Se que pour parler fûrcment de la Géographie d'un grand Pays, * il faut l'avoir parcouru, non-feulement avec de'ilcin de s'eninftruire, mais encore avec certains fecours néceflaires pour y réiiftir.

Tous ces Tribunaux ào. Tchi fou ^ Tchi tcheou^ Tchi hien^ Ouei cheou pei^ dépendent du Viceroy ôc des quatre autres Officiers Généraux qui font fes

A z Aflef-

4 DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE,

AflcfTeurs, fuivant la nature des affaires. S'il s'agit de Finances & de matières civiles, l'affaire efl; portée au Tréforier Général, ou Pou tchingfeJ Si c'eft une caufe criminelle, elle eft renvoyée au Lieutenant Criminel, Ngan tcha fe. S'il s'agit d'affaires qui regardent les Polies, le Sel, 6cc. on a recours à VTen îao. Enfin s'il s'agit des Vivres qu'on levé comme tri- but y on s'adreffe au Leang tao : mais outre ces affaires , qui font effentiel- lement attachées à leur Tribunal , le Peuple peut encore s'adreffer à eux pour différentes affaires, parce que tous les Tribunaux fubalternes de la Province dépendent d'eux, 6c qu'ils font par leur emploi les Confeillers nez du Viceroy. C'eft fous cette qualité qu'ils font obligez plufieurs fois cha- que mois de fe rendre au Tribunal de ce grand Mandarin, pour déHbérer éc dire leur fentiment fur ce qui fe paffe de plus important dans la Pro- vince.

Comme les Officiers des Troupes dépendent aulli en quelques forte du Viceroy, 6c qu'ils font obligez fous de grandes peines, de l'informer des moindres mouvemens du Peuple, qui furviennent dans l'étendue de leurs Départemensi il arrive que prefque toutes les affaires, foit civiles, foit crimi- nelles, foit Militaires du Gouvernement, reviennent enfin à fon Tribunal; ce il eft d'autant plus refpeélable , que les Cours Souveraines de Peking ne décident ordinairement que fur fes informations , 6c qu'elles ratifient pref-

2ue toujours la Sentence qu'il a portée contre les Mandarins, qu'il a droit e caffer, en leur ôtant- même le Sceau par avance.

Il eft vrai que le Tréforier Général 6c le Lieutenant Criminel peuvent accufer le Gouverneur de la Province i mais comme ils craignent d'avoir le deffous , 6c qu'ils fe perdent mutuellement par cette diffenfion , que les Loix condamnent comme nuifibleau bien du Peuple j ils ne s'accordent que trop bien, 6c ferment les yeux fur la conduite l'un de l'autre. S'ils en viennent à un éclat , il faut que la chofe foit fi criante, qu'elle ne puilTe manquer d'être portée en Cour, ou qu'elle intéreffe extrêmement leur hon- neur particulier, ou leur propre repos.

Ceux-mêmes que l'Empereur envoyé dans les Provinces, pour les affaire? êc le bien du Peuple, reviennent fouvent gagnez par les honnêtetez 6c par les préfens.des grands Mandarins, 6c n'ont garde de fiiire un rapport trop défavantageux à leurs bien-faiéleurs, lors même qu'ils croyent ne pouvoir éviter d'en fliire des plaintes à Sa Majcfté. Ainfi c'eft à la pénétration du Prince à découvrir ce qu'ils enveloppent, ^ à les fuivre dans leurs détours, pour être inftruit de la vérité. C'eft à quoi feu l'Empereur Cang hi réiiftif- ibit admirablement bien, comme on pourroit le prouver par divers exem- ples^ fi c'étoit ici le lieu de parler de fa haute fageffe, connue d'ailleurs 6c depuis long-temps dans les Royaumes les plus éloignez.

On'peut dire cependant que malgré fa vigilance 6c fa pénétration, il y a eu fous fon Régne bien des dcfordres en ce genre: mais fon quatrième fils,, qui lui a fuc cède, y a apporté des remèdes efficaces, en fourniffant libéra- lement aux frais que fes Envoyez font obligez de faire , 6c en puniflant rigoureufement ceux qui ont reçu 6c ceux qui ont donné.

Les Cenfeurs publics de l'Empire nommez Catao yu fe quiréfident à Pe-

king^.

ET DE LA TARTARIE CHINOISE. ;'

king^ 6c qui ont infpe6lion non-feulement fur tout TEmpire, mais encore chacun d'eux fur une Province y font les plus redoutez de tous les grands Mandarins. Comme ces Cenfeurs font très-vigilans, 6c ont leurs efpions , ils ne peuvent guéres ignorer ce qui s'y pafTe, 6c ileil de leur intérêt que le bon ordre y règne. Si quelque Mandarin manque d fon devoir, dans quel- que chofe d'important pour le repos du.Peuple, 6c que le Viceroy n'en aver- tifTe pas au plutôt, ils font obligez d'en informer les Cours Souveraines ^ l'Empereur par une accufation publique, quand môme ils n'auroient que des demi-preuves de ce qu'ils avancent : 6c s'ils font les premiers par qui l'Empereur apprenne le défordre, cela leur fait beaucoup d'honneur. S'ils y manquent, ils s'expofent à une réprimande de l'Empereur, 6c même à- perdre leur Charge. On n'exige d'eux aucune preuve bien certaine j il- iuffit que leur dénonciation ait une apparence de vérité, qui puilfe donner lieu aux informations qu'enfuite on a coutume de faire.

La crainte qu'on a de ces Cenfeurs publics, ell: peut-être ce qui contri- bué le plus à maintenir l'ordre ^ les Coutumes anciennes, 6c à prévenir les troubles 6c les mouvemens caufez d'ordinaire par l'amour de la nouveauté, dont le Peuple n'ell que trop fufceptible. Ce qui d'ailleurs leur donne de l'autorité, c'eft que s'il leur arrive d'être maltraitez, ou par les intrigues des Grands qu'ils accufent, ou par les Empereurs qui s'offenfent des avis que leur Charge les oblige de leur donner 3 toute la Nation les regarde com- me les Pères de la Patrie, 6c, s'il eft permis d'employer ce terme, comme les martyrs du bien public. On trouve fouvent dans quelques-uns de ces Cenfeurs une intrépidité , qui fait voir que cette Nation a beaucoup de gran- deur d'ame.

Au relie , quoique le Gouverneur de la Province ait fous lui les quatre Grands Officiers, dont nous venons déparier, 6c que les Mandarins des Juftices fubalternes ayent toujoui's un bc quelquefois deux AfTeflcurs j les affaires toutes fois ne font point ordinairement jugées à la pluralité des voix : cha- que Magiffrat, grand ou petit, a fon Tribunal ou Tamen-, 6c dès qu'il s'efl

Tilt" 1 n 1 T 1"1 1 1 1";^ T^'ll- lr>C MoTl-t/^C Ol-IT/^C /"111 O I <-! 11 /»C ^•\rr\f^pAlir'f^O /»!■% 1-\<=>*-««- »■> .1-% «-V-. 1^ 1.Q

ties , il fait encore donner la bailonnade à celui qui a perdu fon Procès ,. pour l'avoir intenté mal-à-propos , ou foutenu contre toute apparence de bon droit.

La baftonnade eft une peine ordinaire , dont on châtie le Peuple. Elle chàtî- ne peut être impofée à un Mandarin, quelque peu confidérable qu'il foit , mensord»-:- s'il n'elt auparavant deftitué de fon Emploi ; ce qui n'empêche pas néan- n.\ires. moins le cours de la juftice du Viceroy de la Province , puilqu'il a le pou- voir de le caffer dans certaines occafions, fans attendre la réponfe des Cours Soiiveraines, aufqiielles il ell feulement obligé de rendre compte des raifons qu'il a eues d'en ufer de la forte.

Pour l'ordinaire les Cours Souveraines fe conforment à fon rapport , 6c fouvent même ordonnent qu'on fliflc le Procès du coupable j m^is il peut fe rendre à Peking pour y jufliiicrft conduite, en préfcntaut la Requête

A 3 à:

6 DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE,

à une Cour Souveraine, ou même en faifant porter fa plainte à l'Enipereuf. Ce qui fert de frein au Viceroy pour ne pas agir trop légèrement , 6c pour ne pas abufcr de fon autorité.

Le plus grand châtiment après la baftonnade, eft une efpéce de Carcan fait de deux pièces de bois , d'une largeur 6c d'une épailTeur différentes fé- lon la nature du crime , échancrées au milieu entre lefquelles on infère le col du coupable, en les rejoignant exactement, & les fcellant du Sceau du Tribunal mis fur une bande de papier, eft marqué le tems que doit du- rer la peine, ôc la qualité du crime qui l'a mérité.

Il n'y a que ces deux fortes de châtimens, avec la prifon, que les Loix Chinoifes permettent aux Mandarins des Provinces d'impofer aux crimi- nels i ils peuvent aufli condamner à l'éxil, mais il faut que leur Jugement foit examiné par les Cours Souveraines. Le châtiment dont ils punifîent les coupables, ne doit jamais aller jufqu'à la mort. Cependant nonobflant cette Loy, s'il arrive qu'en certaines circonflances la nature du crime de- mande une prompte juftice 5 comme quand il s'agit de fédition, ou de ré- volte , l'Empereur accorde ^uTfong tou, & même au Viceroy, l'autorité de punir fur le champ de mort les coupables.

Il eft vrai que la Loy, qui ordonne de renvoyer à la Cour toutes les cau-

fes criminelles qui méritent la mort , paroîtroit en Europe être fujette à

bien des inconveniens j mais il n'en eft pas ainfi à la Chine j 6c il faut qu'il

y ait encore plus d'inconvénient à rendre les Mandarins arbitres de la vie des

Peuples, puifque les Légillateurs , qui connoiffoient le génie de la Nation,

ont cru devoir leur ôter le pouvoir de faire mourir qui que ce foit de leurs

fujets.

Supplices Les trois genres de fupplices qui vont à la mort, font d'étrangler, de

^^ . , trancher la tête, èc de couper en morceaux : on ne punit de ce dernier que

criminels. ^^^ rebelles, les criminels de lézc-Majefté, les aflafïïns de leurs Maîtres, les

voleurs barbares 6c cruels.

Le fupplice le plus commun que la Cour détermine pour les crimes ordi- naires qui méritent la mort, c'ell d'étrangler le criminel. Le fécond gen- re de fupplice eft de trancher la tête. Celui qui y eft condamné, n'eft point expofé le jour de l'exécution fur un échaffaut, il eft à genoux dans une Place publique, les mains attachées par-derriere. Un Boureau le tient de telle forte qu'il ne puiHè remuer ; tandis que l'autre le prenant aufîî par-derriere , lui enlevé la tête d'un feul coup , 6c le renverfe dans le moment avec tant d'adrefîè , qu'il ne tombe pas une goûte de fang fur fes habits, qui font fouvent ce jour-là plus propres qu'à l'ordinaire: i^cs parens 6c fcs amis auroiait honte de le méconnoître dans ce tems de calamité : ils lui cnvoyent fouvent des habits neufs , 6c font même préparer des viandes fur fon pafîlige, ou lui préfentent à boire.

Ce font ordinairement des foldats qui font employez à ces fortes d'éxecu- tions, cc cet emploi n'a rien d'odieux. Il leur eft même honorable de le faire adroitement. A Peking l'Exécuteur de Juftice accompagne le crimi- nel ceint d'un tablier de foye jaune, 6c ayant fon coutelas enveloppé de foye de même couleur, qui eft la couleur Impériale, pour faire voir qu'il

eft

V ET DE LA TARTARIE CHINOISE. 7

cft revêtu de Tautorité de rEmpercur , & par-là infpirer du rcfpeft aux Peuples.

A la vérité on trouve dans les Livres Chinois plufieurs autres efpéces de fupplices , quelques-uns même allez extraordinaires j mais on y fîiit obfer- ver en même-tems , qu'ils n'ont jamais été employez que par des Princes barbares, ôc regardez par toute la Nation comme des tyrans. Il faut, di- fent-ils, être Julie lans être cruel.

Si le pouvoir du Magiftrat dans les alïliires criminelles ell ainfi reftraint par les Loix , il eft comme abiolu dans des matières civiles j puilque toutes les affaires qui regardent purement les biens des particuliers , font jugées par les Grands Officiers des Provinces , fans appel aux Cours Souveraines de Peking^ aufquelles cependant les particuliers dans les grandes affaires peu- vent porter leurs plaintes.

Ce qui donne le plus d'occupation aux Mandarins inférieurs, foit Tchi ^^^^^. Uheouy foit 'Tchi bien ^ foit Oiiei cheon'pci^ c'eft la levée des Tailles, dont les. ils font chargez perfonnellement. Qiioique toutes les Terres foient mefu- rées, & que ce qu'on doit donner par chaque arpent , foit déterminé dans chaque Province, à proportion de la bonté du Terroir i cependant, foit pau- vreté, foit avarice, il elt afléz ordinaire que le Peuple attende pour payer, le tems il eft harcelé par les gens du Tribunal. Il amve même que pourfc faire payer il en faut venir aux coups. Et quand on reproche à cesefpecesde Sergens la dureté avec laquelle ils prelTent le payement, ils difent pour s'ex- cufer, que quand on les envoyé dans un Village, avec ordre de fe faire pa- yer} s'ils ne rapportent pas la Taille, leurs Maîtres les foupçonnent ou de n'avoir pas fait leur devoir, ou d'avoir reçu des préfens> que fur ce fimple foupçon , fans autre examen , on leur fait donner la baftonnade. Les- Mandarins d'autre part prétendent juftifîer leur conduite, parla nécefîlté indif- penfable oi^i ils font d'en agir de la forte. Ils répètent fans cefTe, que n'a- yant pu tirer les droits du Peuple dans le tems marqué -, ils le font vus plus d'une fois obligez de fatisfaire l'Empereur de leurs propres deniers, de crain- te d'être caffez de leurs Emplois , ce qui eft vrai 6c connu de tous ceux qui fçavent les affaires 3 que d'ailleurs pluiieurs Provinces font fort obérées , ce qu'elles doivent au Tréfor Royal de gros arrérages , dont apparemment elles ne s'acquitteront jamais. Mais pour obvier à cet inconvénient, l'Em- pereur régnant a réglé que déformais les propriétaires des Terres feront te- nus de payer la Taille, & non pas ceux qui les cultivent.

Outre les grands Mandarins de chaque Province que j'ai nommez, il yen a encore un plus confidérable , appelle Tfong ton. Sa Jurifdiétion s'étend fur deux Provinces} ou fi nous voulons comparer les Vicerois à nos Inten- dans, quoiqu'il y ait beaucoup de différence pour l'autorité 6c pour l'éten- due du diftriét , elle s'étend au moins fur deux Généralitez : car dans les Provinces les plus vaftes, telles que font le Hou quang^ le Chenfi^ &c. Le Tfong îou n'a foin que d'une Province, mais la Province cft partagée en deux Gouvernemens , 6c chaque Gouvernement a fon Viceroi. Il doit garder des ménagemcns avec eux , & le détail en eft fixé par les Loix §c par la Coutume 5 car il n'eft leur iupériewr qu'en certaines cho-

fc? 5.

s DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE;

fcs, quoiqu'il puifle toujours décider en cas qu'on appelle à lui du Tribu-'

nal de chaque Gmiverneur de fes Provinces.

N')ms Après avoir donné cette idée générale des Magiftrats êc des Jurifdidions,'

dcsPro-' il cil bon de foire connoître en détail les noms de chaque Province, ave&

^'"^V lies ^^^ Villes qui en dépendent. Cela ell d'autant plus nécefTaire, qu'ontrouve

qui en beaucoup d'erreurs dans les Relations imprimées 5 apparemment parce que

dé^^cndcnt, les Auteurs ont lliivi les anciens Catalogues, fans faire diftinétion de leur

tems & du nôtre; ou qu'ils s'en font rapportez à leurs amis Chinois, qui,

quoique Bacheliers & Doéteurs, font fouvent auiîi peu habiles dans la con-

noiiTance de leur Pays, que le font quelquefois en Europe de vieux Jurif-

confultes, qui ne fe font jamais mis en peine de connoître les Terres qui

font hors de leur diflrift.

La Chine compte cent foixante-treize Tribunaux ou Jurifdicbions immé- diatement foumiies aux Officiers Généraux 6c Gouverneurs de chaque Pro- vince, nommez en Chinois Fom- Il y a mil quati^e cent huit Tribunaux inférieurs, ou Jurifdiétions fubalternes , qui dépendent immédiatement des 'tchi foii^ dont onze cent foixante-treize ont le titre de Hien^ & deux cens trente-cinq ont celui de Œ'cheou. Ceux-ci cependant différent un peu en- tr'eux. La plupart n'ont nulle autorité fur les Hiew, & quelques-uns ont une Jurifdiétion fur un, deux, & quelquefois fur quatre ///V;^, prefqu' égale à celle des T'chi fou. Il y en a même plufîeurs qui ne dépendent point du ^chi fou^ èc qui relèvent immédiatement du Viceroy. Nous en donnerons ici la liile,qui offre d'abord toutes les fubdivifions de chaque Province. Si elle paroît ennuyeufe , on n'a qu'à la pafler, & ne la confulter que quand on en aura befoin , pour mieux entendre ce que nous avons à dire.

PREMIERE PROVINCE

PE TCHE LI, ou TCHE LI, ou LI PA FOU,

fuhdrjifée en neuf Fou , ou Villes du premier Ordre.

r. Chun tien fou. Capitale du Ro- C'eft dans cette Ville que réfîde la yaume. Cour , c'eil pourquoi on l'apelle

Pcking , c'eft-à-dire, CourduNord. Elle gouverne 6. Tcheou, ou Vil- les du fécond Ordre, ôc 2.0. Hien, ou Villes du troilléme Ordre.

2. Pao ting iou, Capitale de la Pro-

viiiicc de Pc tche li . . . . . oi^i efb le Gouverneur du Tcheli. Ce

Fou gouverne 3 . Tcheou 6c 1 7. Hien.

3. Ho ki en fou : 2. Tcheou6c if .Hien.

4. Tchiii ting fou . , . . . •. f. Tcheou 6c 2.7. Hien.

f. Chun

ET DE LA TARTARIE CHINOISE.

f . Chun te fou .

6. Quang ping fou

7. Tai ming fou . S. Yung ping fou p. Suen hoa tou .

p. Hien. p. Hien. I. TcheouScio.Hicn.

1 . Tchcou Se f . Hien.

2. Tchcou 6c 8. Hien.

IP. PROVINCE.

K I A N G N A N,

partagée en deux Parties^ Orientale 13 Occidentale. Chacune efi fiibdivifée

en fept Fou.

PARTIE ORIENTALE.

I . Nan King , autrement Kiang ning fou. La Métropole de toute la Province.

2. Sou tcheou fou , Capitale de la Partie Orientale.

9. Song Kiang fou . 4. Tchang tcheou fou f . Tchin Kiang fou

6. Hoai ngan fou

7. Yang tcheou fou

réfide le Tfong tou * de Kiang nan Se de Kiang fi. Ce Fou gou- verne 8. Hien.

oii demeure le Gouverneur de la Par- tie OWentale , T tong. Ce Fou gouverne un Tcheou & 7. Hien, gouverne 4. Hien. f . Hien. . .3. Hi'cn.

2. Tcheou Se p. Hien. . . 6. Hien.

* Grand Officier dont la Ju- nïdiélion s'étend fur deux Pro- vinces.

PARTIE OCCIDENTALE.

2.

3-

4-

r-

6.

Ngan king fou , Capitale de la

Partie Occidentale réfide le Gouverneur de la Partie

Occidentale, 7^ ft. Ce Fou a 6.

Hoe tcheou fou Ning Koue fou Tchi tcheou fou Tai ping fou . Fong yang fou

fonte J.

Hien.

gouverne 6

. . . 6

. . . 6

,. . . 3,

. . . 3

B

Hien. Hien. Hien, Hien. Tchcou Se 13, Hien.

II K

ôo DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE,

IIP. PROVINCE.

K I A N G SI,

fuhdrvifée en treize Fou.

ï . Naii tchang fou Métropole de la

Province ........ réfîde le Gouverneur de la Pro- vince. Ce Fou gouverne ua Tcheou 6c 7. Hien.

2. lao tcheou fou gouverne 7. Hien.

3. Quang fin fou 7. Hien.

4. Nan Rang fou . . .. ' 4. Hien.

f. Kieou Kiang fou y. Hien.

6. Kien tchang fou ........... f. Hien.

7. Fou, (?^ Vou tcheou fou . . .... ,6. Hien.

8. Ling Kiang fou 4. Hien.

p. Kin gan fou p. Hien.

10. Choui tcheou fou 3. Hien.-

11. Yuen tcheou fou . 4. Hien.

12. K an tcheou fou .12. Hien.

13. Nannganfou . . 4. Hien.

I V^ PROVINCE.

F O KIEN.

fiibdhifée en neuf Fou,

Fou tcheou fou 5 Métropole de la

Province fide le Tfong tou des deux Pro- vinces Fo Kien (5c Tche Kiang, 6c réfide aufîi le Gouverneur de FoKien. Ce Fou gouverne p. Hien.

Tiùen tcheou fou . . . ^ . gouverne 7. Hien.

Kien ning fou Yen ping fou . Ting tcheou fou Hing hoa fou .

Hien.

7. Hien.

8. Hien. 2. Hien.

7. Chao

ET DE LA TARTARIE CHINOISE. ti

7. Ghao ou fou gouverne 4. Hien.

8. Tchang tchcou fou 10. Hien.

p. * Tai van fou 2. Hien. Dan»

l'Ifle de

«uan,

V^ P R O V I N C E.

TCHE KIANG.

fuhdi'vifée en onze Fou.

1. Hang tcheou fou. Métropole de

la Province réfide le Gouverneur. Ce Fou

gouverne p. Hien.

2. Kia hing fou ,..,.. gouverne 7. Hien.

3. Hou tcheou fou i. Tcheou ôc (S. Hien.

4. Ning po fou 6. Hien.

f. Chao hing fou 8. Hien,

6. Tai tcheou fou 6. Hien.

7. Kin hoa fou 8. Hien.

8. Kiu Tcheou fou f . Hien.

p. Nien, ou Yen tcheou fou . . . . . . 6. Hien.

10. Ouen tcheou fou f . Hien.

11. Tchu Tcheou fou ........ 10. Hien.

V P. PROVINCE..

HOU Q^U A N G,

partagée en deux Parties^ Septentrionale 13 Méridionale.

PARTIE SEPTENTRIONALE SUBDIVISE'E EN HUIT FOU.

I . Vou tchang fou. La Métropole de toute la Province, 5c la Capi- tale de la Paitie Boréale nommée ^ Hou pe réfîde le Tfong tou des deux Par- ties , 6c le Gouverneur du Hou pe. Ce Fou gouverne uîî Tcheou 6c p. Hien. B z 2. Han

îi DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE

2. Han yang fou ....... gouverne z. Hien.

3. Nganloufou. . . 2,. Tcheou 6c f . Hien.

4. Siang yang fou ......... . i . Tcheou 6c 6. Hien.

f. Yuen yang fou 6. Hien.

6. Te ngan fou i. Tcheou 6c f. Hien.

7. Hing tcheou fou 2, Tcheou 6c 1 1 .Hien.

8. Hoang tcheou fou . . , i. Tcheou 6c 8. Hien.

PARTIE MERIDIONALE SUBDIVISE'E EN SEPT FOU,

1 . Tchang tcha fou , Capitale de la Partie Méridionale, nommée ii/i?^/

nan . . oii réfide le Gouverneur du Hou nan.

Ce Fou gouverne un Tcheou Se II. Hien.

2. Yo tcheou fou gouverne i. Tcheou 6c 7. Hien.

3. Pao hing fou . . i.., Tcheou 6c 4. Hien.

4. Hing tcheou fou i . Tcheou 6c p. Hien.

f. Tchang te fou .4. Hien.

6. Tching tcheou fou . . i. Tcheou 6c 6. Hien.

7. Yung tcheou fou . . ./ . . . . . i. Tcheou 6c 7. Hien.

VIP. PROVINCE.

HO NAN, fubdhifée en huit Fou. .

1 . Cai fong fou , Métropole de la

Province réfide le Gouverneur. Ce Foh'

gouverne 4. Tcheou 6c 30. Hien.

2. Koue te fou gouverùe i. Tcheou 6c 8. Hien.

3. Tchang te fou i. Tcheou 6c 6. Hien.

4. Oue Kiun fou . . . .... . . 6. Hien.

f. Hoai king fou 6. Hien.

6. Ho nan fou i. Tcheou 6c 13. Hien.

7. Nan yang fou . 2. Tcheou 6c 10. Hien.

8. lu nhing fou . , 2. Tcheou 6c 12. Hien*

VIÏÎ^

ET DE LA TARTARIE CHINOISE.

15

V I I P. P R O V I N C E.

C H A N T O N G,

[uhàhifée en Jix Fou.

I. Tfi n;in fou, Métropole de la

Province réfîde le Gouverneur. Ce Foy

gouverne 4. Tcheou ôc 2.6. Hien.

2. Yen tcheou fou

3. Tong tchang fou

4. Tiîng tcheou fou ^f. Teng tcheou fou

6. Lai tcheou fou

gouver

ne 4. Tcheou & 23. Hien. 3. Tcheou & ly. Hien. I. Tcheou & 13. Hien.

1 . Tcheou 6c 7. Hien.

2. Tcheou 6c f. Hien.

ï X^ PROVINCE.

e H A N SI,

fuhdivifée en cinq Fou.

I-. Tai )aien fou, Métropole de la

Province réfide le Gouverneur, Ce Fou

gouverne f. Tcheou 6c 20. Hien.

2. Ping yang fou gouverne 6. Tcheou & 2S. Hien.

3. Lou yang fou 8. Hien.

4. Fen tcheou fou i. Tcheou 6c 7. Hien.

f.. Tai tong fou .......... 4. Tcheou 6c 7. Hien.

X^ PROVINCE.

CH E N SI,

partagée en deux Parties^ Orientale ^ Occidentale^ chacune eft fuhdivifée en

quatre Fou.

PARTIE ORIENTALE. T tong.

X . Si ngan fou , Métropole de toute la Province , 6c Capitale de la

Partie Orientale Ttong .... réfide Je Tfong tou des deux t ^ l Parties

H

I.

2.

4-

DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE,

Parties du Chen fi, Se de la Pro- vince de Se tchuen. réfide auffi le Gouverneur de la Partie Orientale. Ce Fou gouverne 6. Tcheouôc^ï. Hien.

Yen n^^an fou . gouverne 5. Tcheouôci6. Hien.

Fong Hîang fou i Tcheou & 7. Hien.

Hantchangfou 2. Tcheou ôc 14. Hien.

PARTIE OCCIDENTALE r/.

Ping leang fou gouverne 5 . Tcheou ^ 7. Hien.

Kong tchangfou ....... . 9. Tcheou & 10. Hien.

Lingtaofou 2. Tcheou 6c 3. Hien.

Lan tcheou eft un des Tcheou . réfide le Gouverneur de la Partie

Occidentale.

Hing yang fou

XV. PROVINCE.

SE TCHUEN,

fuhdhifée en dix Fou.

I. Tching toufou, Métropole de Se tchuen , .

2.

3-

4-

r-

6.

7- 8.

9-

Pao ning fou . Chun king fou . Su -tcheou fou . Tchong king fou Ouei tcheou fou Ma hou fou . . Long ngang fou Tfun y fou

10. Tong tchuen fou

réfide le Viceroy. Ce Fou gou- verne 6. Tcheou & 19. Hien. gouverne 2. Tcheou ôc 8. Hien. 2. Tcheou 6c 7. Hien. 10. Hien.

Tcheou 6c II. Hien.

Tcheou 6c p. Hien.

Hien.

Hien.

Tcheou 6c 4. Hien.

XIK

ET DE LA TARTARIE CHINOISE. 15^

X I i^ P R O V I N C E.

Q^U A N G T o N G,

fubdhifée en dix Fou.

î. Qiiang tcheou fou,, Métropole

de la Province réfide le Gouverneur. Ce Fou

gouverne un Tcheou & 16. Hien. z. Chao tcheou fou ..... gouverne 6. Hien.

3. Nan hiung fou 2. Hien.

4. Hoei tcheou fou i. Tcheou 6c 10. Hien.

f . Tchao tcheou fou 11. Hien.

6. Tchao King fou . . , . . demeure le Tfong tou de Quang

tong & de Qiiang h , gouverne un Tcheou 6c 1 1 . Hien.

7. Cao tcheou fou gouverne i . Tcheou 6c f. Hien.

8. Lien tcheou fou ....... . i. Tcheou 6c z. Hien.

p. Loui tcheou fou ^. Hien.

10. Kiun tcheou fou, dans l'Ifle de

Hainau 3. Tcheou 6c 10. Hien.

X I I P. PROVINCE.

QJJ A N G SI.

fubdhifée en douze Fou.

I. Qiiei ling fou, Métropole de la

Province réfide le Gouverneur. Ce Fou

gouverne z. Tcheou 6c 7. Hien. z. Leou tcheou fou gouverne z. Tcheou 6c ro. Hien.

3. King yuen fou 1. Tcheou 6c y. Hien.

4. Sengucnfou i. Tcheou 6c 2. Hien.

f. Ping lo fou I. Tcheou ^ 7. Hien.

6. Ou tcheou fou .... i. Tcheou 6c p. Hien.

7. Tfin tcheou fou 3. Hien.

8. Nan ning fou 4. Tcheou 6c 3. Hien.

p. Tai ping fou li. Tcheou 6c z. Hieia. .

10. Se

i6 DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE.

10. Se ming fou gouverne 4. Tcheou.

1 1 . Tchin ngan fou i . Tcheou.

12. Setchingfou 2,. Tcheou.

mmi

^i^é'^'é^^m

im^jnw^^Mm

Mn

X I V^ PROVINCE.

Y U N N A N, fubdivifée en dix-neuf Fou.

,1 . Yun naii fou , Métropole de la Province ........

z. Tali fou . . .

3. Ling ngan fou . * ou Tfu , 4. Tchou * hiung fou ou Tfou. J-. Tchin kiang fou

6. King teng tou .

7. Qi-iang nan fou .

8. Qiiang fi fou . . p. Chun ning fou .

10. Ku tcheou fou .

1 1 . Yao ngan fou . 1 1. Ko king foii .

13. Ou ting fou . .

14. Li Kiang fou If. Yuen Kiang fou

1 6. Mong hoa fou .

17. Yung tchang fou

18. Yung pe fou ip. Cai hoa fou .

4'éfide le Tfong tou de Tun nan & de Koei tcheou^ & réfide aufîi le Gouverneur de la Province. Ce Fou gouverne 4. Tcheou & 7. Hien. gouverne 4. Tcheou & 3. Tcheou 6c f. Tcheou. Tcheou 6c 2. Tcheou, ni Hien. Tcheou, ni Hien. Hien. Tcheou. Tcheou 6c 2. Tcheou 6c i . Tcheou.

Tcheou ^ I . Hien. nul Tcheou , nul Hien. de même, de même.

I. Tcheou 6c 2. Hien. fans Tcheou, fans Hien. de même.

4- 4.

2.

2.

ni

ni

1.

I.

S- I.

I.

2.

Hien.

Hien.

Hien.

Hien. Hien.

X V^ PROVINCE.

KOEI TCHEOU,

fubdivifée en onze Fou.

ï. Koei yang fou, Métropole delà

Province . réfide le Gouverneur. Ce Fou

gouverne 3. Tcheou 6c 4. Hien.

2. Se

3-

4-

r-

6.

9- lo. II.

ET DE LA TARTARIE CHINOISE,

Se tclieou fou . ' wTcheou, »i Hien.

Se nan fou gouverne 3. Hien.

Tchin yuen fou . . , z. Hien.

Che tfin fou . : i. Hien.

Tong gin fou , . . . i . Hien.

Li ping fou .......... i . Hien.

Nganchanfou 3. Tcheou 8c f. Hien.

Tou yun fou . , 2. Tcheou 6c z. Hien.

Ping yue fou . . . . ..... . . i Tcheou 6c 4. Hien.

Ouei ning fou 3. Tcheou 6c 3. Hien.

»7

A voir ccttse lifte, on pourroit penfer que les Provinces les plus grandes Nature dM & les meilleures, font celles qui ont le plus de ces Villes dans leur dépen- Terroir dance. Cela feroit vrai, fi la nécefîité de contenir des Peuples à demi- de ces fauvages, ou qui portent impatiemment le joug de l'autorité^ tels qu'il Pi^vuiçc^ y en a dans certaines Contrées , n'avoit pas obligé les Empereurs à multi- plier les Mandarins conlidé râbles. D'où il eft aiTivé que les Contrées les moins fertiles, comme font celles de Koeitcbeûu, en ont à proportion un plus grand nombre, que les plus belles Provinces.

Il eft vrai, qu'à parler en général, les Terres de toutes les Provinces, & même celles deKoei tcheou ^ font affez abondantes, quelles rapportent même deux fois l'an dans certains Pays, ôc qu'en d'autres le travail infatigable des laboureurs leur donne une fécondité, qu'on ne devroit pas efperer de la nature du Terroir. C'eft, par exemple, un effet de leurs foins, que le bled croifîe dans des lieux bas 6c aquatiques.

Mais comme les terres propres à être enfemencées, ne font pas en aflez grand nombre dans plufieurs Provinces remplies de Montagnes , la plupart incapables de culture 5 cela fait qu'il y a une très-grande différence entre elles i 6c il aiTive que tout ce qui fe recueille dans l'Empire, ne fufîit qu'à peine pour l'entretien de tant d'habitans.

Ce ne font pas les feules Provinces de Tun nan^ de Koei tcheou^ de Se tchuen , de Fo kien , qui font fi montueufes , qu'elles ne fçauroient être fuflifamment cultivées. La Province de Tche kiang^ féconde dans fa par- tie Orientale, a des Montagnes affreufes à l'Occident. Les tenues des Pro- vinces de ^ang tong 6c de ^angft^ fi belles 6c fi fertiles le long de la mer, deviennent affreufes 6c preique ftériles dans plufleui-s endroits à mcfure qu'on s'en éloigne. La Province de Kiang nan a tout le grand diftri£î: de Hoei tcheou fou , plein de Montagnes très-hautes 6c prefqiie inhabitables. On en voit encore plus dans les Provinces de Chen ft 6c de Chan Jï-, ce qu'il y a de Plaines mifes enfemble, ne va pas à la quatrième partie des ces Provinces.

Qiiand on vient de la Province de §uang tong^ qu'on a navigé entre les Montagnes efcarpées, qui en bordent la ÎR^iviere, 6c qu'on a paffé enfuite, après une journée de chemin pai' le Mei Un^ dans la Rivière de la Province de Kiang ft -y on commence alors à découvrir le plus beau Pays de la Chine, partie fur le plus grand Fleuve, font les belles Villes de Ngan kingfouy

^nme L C Kiang

ï8 DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE,

Kiang mngfoii^ ou Nan King^ 8c Tchin kiangfou^ partie fur le grand Canal, yuîeang ho^ bordé des Villes les plus rich-^s & les plus peuplées de la Pro- vince de Kiciïig nan-y comme Hoai ngan fou ^ Yangtcheou foii ^ l'changtcbeou fvu^ Sou tchcou foUj & partie iur les bords de la Mer de la Province de T'che kiang, oh lont les Terres àQHa.igfcheou fou Métropole ; de Hou tcbeo^ fou-, de Kia h'mgfou, qui feules fournifTent plus de foye à la Chine que toutes les terres des autres Provinces.

On ne peut en effet rien voir de plus beau que ces campagnes , toutes unies & mifes, ce femble, au niveau. Elles font iemées de Villes ôcde gros Villages, & coupées d'une infinité de canaux tous navi 'gables, llins qu'oii y coure le moindre danger : Teau en ell belle 6c excellente à boire. Ces canaux fe communiquent les uns aux autres, & font couverts"d'un nombre incroyable de Barques magnifiques. Ces campagnes ibnt cultivées avec un foin 6c un ti'avail, dont il n'y a que le Peuple Chinois qui foit capable > elles font du reite fi fertiles, qu'en plufieurs endroits elles produifent du ris deux fois l'année. Il arrive même ilîez fouvent qu'entre les deux récoltes 5. elles donnent encore de petits grains 8c du froment.

Mais qui jugeroit du gros de la Chine pai" cette Contrée, s'en feroit cer- tainement une faufle idée. La connoifTance d'un certain nombre de Villes fort étendues, ne fuffit pas pour en porter un jugement éxaétj 6c, fans l'occafion qu'ont eu les Millionnaires de parcourir l'Empire pour en drefTer la Carte Géographique, nous ignorerions encore que dans la plupart des grands Gouvernemens, on trouve des Contrées de plus de vingt lieues très- peu peuplées, prefque incultes 5 ôc afTez fouvent ii fauvages, qu'elles font tout-à-fait inhabitables.

Comme ces Contrées font éloignées des grandes routes, qu'on fuit dan& les voyages ordinaires, elles ont aifément échappé à la connoifTance des autres Mifîionaires , ÔC des Auteurs des Relations imprimées. Si quelques- uns d'eux loiient beaucoup la Province de Chen fi ôc de Setchum^ c'eft qu'ils ont vu le diftriét de Si nganfou partagé en trente-fept Villes, la plu- part affez riches & bien peuplées. Il en eft de même des éloges qu'ils font des Terres de l'ching tou fou, qui eft coupé par des canaux faits à la main, fur le modèle de ceux des Provinces de Kiang nan 6c de 'Tche kiang. Ils n'ont pas cru, fans doute, que les Contrées qu'ils n'avoient pas eu occa- fion de voir, pufTent être aufîi différentes qu'elles le font en effet, du Pays qu'ils avoient parcouru.

Les Provinces de Ho nan & de Hou quang, font généralement eftimées par ces Ecrivains, ÔC elles méritent de l'être : car après celle de Kiang nan elles font les plus peuplées 6c les plus fertiles. Ce n'ell pas que le i/^? nanri'-àit dii côté de rOiielt une allez grande étendue de Pays dépeuplée & inculte, & que le Hau quang n'ait aulîi des déferts encore plus vaftes. Mais c'eftque, vu la quantité des Terres naturellement fertiles , l'abondance efl: dans ces deux Provinces, prefque toujours affez grande, pour fournir du ris 8c d'au- tres grains aux Provinces voifines , 8c fur-tout à celle de la Cour : car quoique la Province de Pe-tcheU,ne foit qu'une vafle 8c large Plaine, bornée à rOiieil Se au Nord par des Montagnes , 8c à TEfl par l'Océan^ le terroir

en

ET DE LA TARTARIE CHINOISE. ip

en eft toutes-fois fec & fi peu arrofé de ruiffcaux, qu'il ne produit prefque point de ris, dont les Chinois ont peine à Te piilîer. 11 ne produit que du Froment, avec quantité de petits grains. C'elt ce qui fait que cette Pro- vince, & (uY-tout PekÏKgj qui ell l'abord de tout l'Empire, ne peut fub- fifter fans le fecours des denrées , qui s'apportent de ces Provinces , 6c de prefque toutes les autres Provinces de l'Empire.

A parler en général , tout ce qui ell en-deça du Nord du Fleuvç Hoang-ho n'elt guéres plus fertile en ris que le Pe-tcheli , & ne compte que lur la récolte du froment, des petits grains, & des légumes. Cepen- dant fi les Chinois prenoient autant de foin à cultiver les arbres fruitiers , fjj[jiejs qu'on en prend en Europe pour avoir de beaux vergers , ils auroient prefque '

toutes les fortes de fruits qu'on y trouve. Les Noyers, les Châtaigniers, les Pruniers , les Poiriers , les Pommiers , les Pêchers , les Abricotiers , les Cerillers, y viennent bien prefque par-tout. Les Vignes, les Figuiers, les Grena- diers, multiplient extrêmement en certains Cantons de ces Provinces boréa- les. La différence qui fe trouve, eft qu'ils ont moins d'efpèces de chaque fruit. Ils n'ont que trois ou quatre fortes de pommes, lept à huit fortes de poires , autant de pêches , & nulle bonne efpece de ceriie.

Mais les Chinois en font bien dédommagés par d'autres fruits éxcellens qui nous manquent : ils en ont un qui n'eft nulle part en Europe > ils l'ap- pellent 27^ /^/^, & les Portugais deMacao lui donnent le nom de figues, parce j^^ ^^ que ce fruit étant féché devient farineux , & eft aufli fucré que les figues. ,y^_ ' Les arbres qui le portent, quand ils font entez, font très-beaux. On en voit un grand nombre fur-tout dans le Nord de la Province de Ho-nan, Ils font du moins auffi hauts & aulTi touffus que nos Noyers de médiocre grandeur. Les feiiilles font larges , d'un beau verd , mais fur l'arriere-faifon elles deviennent d'un rouge agréable. Les fruits font auffi gros que nos belles pommes 5 à melure qu'ils meuriffent, ils prennent une couleur aurore.

Quoiqu'ils foient de différente efpèce, que les fruits des uns ayent la peau plus délicate, plus tranfparente , 6c plus rougeâtre j ôc que ceux ce quelques autres , pour être mangez avec agrément , doivent meurir fur la paille, il eft toujours certain qu'ils font tous agréables à la vûë, & d'un bon ufage. On en trouve auffi dans les Provinces qui font en- deçâ du Hoang-ho-, 6c ce n'eft pas un petit avantage, que cette efpèce d'ar- bre puiffe croître dans des terroirs fi différens.

Dans ct.s Provinces Méridionales la terre produit d'autres fruits , qui font encore plus eftimez des Chinois : car , outre les orange^ de plufieurs for- tes, les limons, les citrons, qu'on a en Europe depuis bien des années, on trouve dans les Provinces de Fo-Kien^ de ^lang tong^ de ^mngjï^ deux Du zj- elpèces de fruits que nous n'avons pas. Celui qu'ils nomment Li-zJ:;/, (s'il tchi. eft de la bonne efpèce , car il y en a de plufieurs ) eft de la groffeur d'une datte} fon noyau eft également long 8c dur: il eft couvert d'une chair molle, pleine d'eau, & d'un goût exquis: il ne confcrve ce goût qu'en par- tie, lorfqu'il fe feche, 6c il devient noir 6c ridé comme nos prunes ordi- naires: la chair eft renfermée dans une écorce, qui au-dehors reffcmbleà

C 2 du

io DESCRrPTION DE L'EMPIRE DELA CHINE,

du chac^rin, mais qui eft unie au-dedans, & d'une figure prefqu'ovale.

L'autre efpcce, dont on fait à la Chine un grand débit , s'appelle en

^^ Chinais Long-yen ^ c'ell-à-dire, œil de Dragon. Sa figure en eit ronde,

Ung-yen. y^çq^^^q jaunâtre, la chair blanche, aqueuie, 6c fouvent aigrelette. On

prétend que fi elle n'eft pas fi agréable que celle dnLi-Ubi^ elle efl; plus

iaine & qu'elle ne lait jamais de mal. Qiioiqu'il en foit , ces deux ibrtes

de fruits font cxcellens.

Mais les fruits qu'on appelle dans les Indes PamfJimoufe^ & à la Chine

Teou-tfe^ aufii-bien que ceux qu'on nomme ici 'Tç'm-lan ^ ou ^ang-lan^

n'ont rien pour le goût, qui doive les faire iouhaiter.

Durw«- Les premiers font ordinairement plus gros que nos citrons 5 la chair en

^/e. eft fouvent rougeâtre , d'autrefois blanche , ôc a un goût d'aigre-doux.

L'arbre eft plus épineux que les citroniers.

Les féconds font d'une figure 6c d'une coulem* qui approche de celle de

nos groifes olives 5 c'eft une des dix efpèces dont il eft parlé dans les livres

Da qui traitent des olives, & tout ce qu'ils expliquent de leur nature, de leur

g«<»i- couleur, du terroir elles croiflént, leur convient très-bien, 6c il y 3

^'^H' lieu de croire que li l'on les préparoit comme on les prépare en Europe,

elles y auroient le même goût. L'arbre eft grand, 6c la feuille eft fem-

blable à celle de nos oliviers.

Quand ils veulent cueillir les olives av^ant qu'elles foient dans leur par- faite maturité, 6c telles qu'on les cueille pour être mangées, au lieu de les abbatre à grands coups de gaule, ce qui caflc les branches, hc nuit à l'arbre, il font un trou au tronc de l'arbre dans lequel ils mettent du fel, & après l'avoir bouché, on voit au bout de quelques jours le fruit fe déta- cher 6c tomber de lui-même. Autres Parmi les autres arbres il ne faut pas en omettre deux 5 qui j outre ce qu'ils efpèces ont de fingulier, font d'ufage dans les repas. ^

d'arbres. L'un produit une efpèce de poivre nommé Hoa îftao. C'eft l'écorce d'un

•HûA tfiao. grain aufli gros qu'un pois , qui renferme un petit noyau d'un goût trop fort 6c trop âpre pour être employé. La couleur en eft grife, mêlée de quelques filets rouges. La plante qui le produit , croît en quelques quar- tiers en buifibns épais, 6c ailleurs en abre afTez haut. Son goût eft moins piquant, 6c beaucoup moins agréable que celui de notre poivre, 6c nefert gueres que dans les ragoûts des gens du Peuple.

L'autre arbre produit des pois> fa figure, fa couleur, fa goufie, 6c le goût quoiqu'un peu fauvage, font voir qu'ils font de l'efpèce des pois ordi- naires. L'arbre eft afiez commun dans plufieurs Provinces 5 il s'élève très- haut} il étend fes branches fort au large, 6c ne eede prefqu'à aucun autre en grofleur.

Mais parmi les arbres dignes de l'attention du Public , 6c capables d'ex- citer l'envie des Européans, il n'y en a pas qui la mérite mieux que les quatre, dont je vais parler. Arbre du Le premier eft Tarbre du vernis 7/? cbu. Il n'eft ni haut, ni touifu, ni ternis. étendu ifonrécorce eft blancheâtre: fa feiiîHe ne reflemble pas mal à celle des cerifiers fauvagcs. La gomme qu'il diftiUe goutte à goutte, reflemble

ET DE LA TARTARIE CHINOISE. n

aflez aux larmes de térébinthc. Il rend beaucoup plus de liqueur, on lui fait une incilionj mais il périt aulTi plutôt.

On dit ordinairement que cette liqueur tirée à froid, a je ne fçai qu'elles qualitez vénéneules, dont on n'évite les mauvais effets qu'en tâchant de n'en pas recevoir la vapeur, quand on la change de vafe, ou qu'on l'agite, C'eft aufîî une précaution qu'il faut prendre, quand on la cuit.

Qtioiqu'il en ibit, il eil certain que ce vernis n'en ell pas moins eftimé, 6c qu'il ell continuellement mis en œuvre par une infinité d'Ouvriers. Il prend toutes les couleurs qu'on veut y mêler 5 & s'il eit bien fait, il ne perd rien de fon lullre & de Ton éclata ni par les changemens de l'air, ni par la vieillcfle du bois on l'a appliqué.

Mais pour le bien faire, il faut du tems & du foin j car une ou deux cou- ches ne fuffifent pas, il y faut revenir plufieurs fois, attendre que la couche qui a été mile égale ôc mince, foit iéchc fans être durcie > prendre garde il celle qu'on met ell plus forte, ou d'une couleur plus foncée, èc tâcher de venir peu-à-peu à un certain tempéramment , qui feul rend l'ouvraf^e fohde, uni, 6c éclatant: c'eft ce que l'expérience kule apprend aux halS- les Ouvriers.

Comme il faut mettre quelquefois l'ouvrage dans des lieux humides j quelquefois même le tremper dans l'eau > 6c enfin le tourner 6c en difpofer à fon gré : on en fait rarement de gros ouvrages , comme feroient les colom- nes arrêtées fur des bafes de pierre , dont les bâtimens Chinois font foutenus, celles de la grande falle de l'Empire, qu'on décrira dans la fuite, ôc celles de l'appartement de l'Empereurj toutes ces colomnes ne font point en- duites d'un vrai vernis, mais d'une autre liqueur qu'on nomme "Tot^g-yeou. Tûn^yesu:

Le fécond arbre ell le l'ong-chu^ duquel on tire cette liqueur, qui appro- Arbre che du vernis: quand on le voit d'un peu loin, on le prend pour un vrai f^ont on noyer. Les Mandarins Tartares , qui étoient venus de Peking avec les y^^-^^^ Miflîonnaircs,- 6c qui n'enavoient jamais vu, y furent trompez j tant il ell ^""^* femblable au noyer, foit par la forme ôc la couleur de l'écorce, foit par la largeur 6c le contour des feuilles , foit par la figure 6c la difpofition des noix. Ces noix ne font pleines que d'une huile un peu épaifiè, mêlée avec une poulpe huileufe, qu'on prelTure enfuite, pourne pas perdre la plus grande quantité de la liqueur.

On rapporte que quelques Domefliques, qu-i prépai-oient leur louper ^ s'étant fervi d'un chaudron, oii on avoit fait cuire cette huile quelques jours auparavant, en furent très-incommodez : ce qui fait bien voir qu'elle tient de la malignité du vernis. Pour la mettre en œuvre, on la fait cuire avec de la Litharge; 6c on y mêle, fi on veut, de la couleur: fouvent on l'ap^ plique fans mélange fur le bois, qu'il défend de la pluye: on l'applique aufh fans mélange fur les carreaux qui forment le plancher d'une chambre 5 fis deviennent luifms ; 6c pourvu qu'on ait foin de les laver de tems en tems , ils confervcnt leur lullre. C'ell ainfi que font faits les pavez des appartemens de l'Empereur 6c des Grands de l'Empire.

Mais fi on veut faire un ouvrage achevé, s'il s'agit, par exemple, d'orner une falle, une chambre, un cafiinet, on couvre les colomnes 6c la boiferif

G 5 de

zz DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE,

de filafle, de chaux, ou d'autres matières femblables préparées en pâte. On laiiîe fécher le tout jufqu'à un certain degré : enfuite ayant mêlé dans Thuile telle couleur qu'on veut , 6c après l'avoir fait cuire à l'ordinaire, on l'applique avec des brofles , luivant le deffein qu'on s'ell formé. On dore quelquefois les moulures, les ouvrages de fculpture, 6c tout ce qui eft relevé en bofTc} mais fans le fecours de la dorure, l'éclat 6c le luftre de ces ouvrages ne cèdent gueres à celui du vernis , que les Chinois nom- ment 7/z.

Comme le vernis fe vend aflez cher, 6c qu'au contraire cette huile eft à bon marché 5 les Marchands ont accoutumé de mêler au vernis une afîez grande quantité d'huile de l'ong-yeoti^ fous prétexte qu'il en faut mettre un peu , pour que le vernis fe délaye 6c s'étende plus aifément. C'eft encore du Tong-yeou qu'on fait des habits propres à fe défendre de la pluye , tels que font ceux qui fe font en Europe de toile cirée. Mais ils ne peuvent fei"vir que dans les parties Septentrionales.

Enfin on peut dire que l'arbre T'ong-chu eft un des plus utiles qui foit à la Chine, 6c qu'on auroit le plus de raifon de fouhaiter en Europe. Arbre qui ^^ troifieme arbre eft celui qui porte le fuif. Il eft de la hauteur d'un porte le grand cerifier. Le fmit eft renfermé dans une écorce qu'on appelle yen- fuif. Kiou^ 6c qui s'ouvre par le milieu quand il eft mûr, comme celle de la

châtaigne. Il confifte en des grains blancs de la grofTeur d'une noifette, dont la chair a les qualitez du fuifj aufti en fait-on des chandelles, après l'avoir fait fondre, en y mêlant fouvent un peu d'huile ordinaire, 6c trem- pant les chandelles dans la cire qui vient fur l'arbre dont je vais parler : il s'en forme autour du fuif une efpéce de croûte qui l'empêche ae couler. J'en dirai davantage dans la fuite. Ton orend ^^ quatrième eft le plus rare: il fe nomme pe-U- chu ^ c'eft-à-dire, l'arbre la cire. ^^ ^^ ^i^^ blanche. Il eft moins haut que l'arbre du fuif, dont il diffère auflî par la couleur de l'écorce, qui eft blancheâtre, 6c par la figure des feiiilles plus longues que larges. De petits vers s'attachent à cts feiiilles 5 6c s'y étant enveloppez pendant quelque tems , y laiflént des rayons de cire bien plus petits, que les rayons de miel faits par les Abeilles. Cette cire eft très-dure, 6c ^très-luifante , 6c coûte beaucoup plus cher que la cire des Abeilles. Ces vers une fois accoutumez aux arbres d'un Canton , ne s'en écartent qu'en certaines circonftances j 6c quand ils ont une fois difparu , on ne les voit plus revenir, 6c il en faut chercher d'autres. Il y a des Mar- chands qui font ce commerce.

Nous joindrons aux arbres utiles, les Cannes, que les Chinois appellent Du Tchou-tfe^ 6c nos Européans Bamboux. Le jet en eft aufîi haut que le tronc Bambêiix. de la plupart des arbres j 6c quoiqu'il foit creux en-dedans, 6c qu'il ne foit plein que dans les noeuds, il ne laifle pas d'être très-dur, capable de foutenir de grands firdeaux, 6c, en certains endroits, des maifons de bois afléz vaftes. On peut le couper en fils déliez, 6c alors on en fait des nattes, dts boëtes, 6c différens ouvrages aflez propres.

Lorfqu'on le brifc par morceaux, 6c qu'on le laifle pourrir 6c bouillir dans l'eau, jufqu'à ce qu'il foit réduit en une efpèce de pâte j on en fait

pluflcurs

ET DE hA TARTARIE CHINOISE. i^

pluneurs fortes de papier fin ou groffier qui a cours dans le commerce. Le Bamboux eft encore d'ufagedans les conduits d'eau, dans les canaux, ôc dansplufieurs autres occaiîons, dont le détail ieroit trop long. Au relie on en v^oit de tant de fortes dans les diverfes Provinces , foit pour la grofleur , foit pour la couleur, 6c les autres qualitez, qu'il feroit ennuyeux d'en faire la defcription.

Parmi les arbres qu'on employé en Europe aux ouvrages de charpente & de menuiferie, il y en a peu qu'on ne trouve à la Chine. Dans les Pro- vinces feptentrionales on employé le lapin à bâtir. Dans les Méridionales au-delà du grand Fleuve, on le fert ordinairement de Cbamou.

Le pius efiimé de tous ces bois, ell celui qui s'appelle en Chinois Nan Nan-nwsè mou. Les colomnes des appartemens & les falles anciennes du Palais Im- ^o'.s très- périal, en Ibnt toutes conitruites, de même que les fenêtres, les portes, & f^ Chin^ les poutres. Les Relations en parlent comme du cèdre Chinois j peut- '

être parce qu'il palTe dans l'elprit de la Nation pour un bois incorruptible, & qui, par cette raifon, doit être préféré à tous les autres. Quand on veut faire un bâtiment, difent les Chinois, qui puifle durer toujours, il faut employer le feul bois de Nan mou.

Cependant les feuilles de Nan mou^ au moins celles qui ont été vues des Millionnaires, ne font point femblables à celles des cèdres, telles qu'elles font décrites par les Auteurs qui ont vu les cèdres du Mont Liban. Cet arbre ell un des plus élevez qui foit. Le tronc en ell fort droit. Il poulTe fes branches fuivant fa longueur: elles ne commencent néanmoins qu'à une certaine hauteur, & elles le terminent en bouquet vers la pointe.

Le Nan-mou {\ ellimé par les Chinois , n'a pourtant rien qui approche -jr^ ^^^ de la beauté du bois nommé Tfe tan , qu'on appelle à la Cour Bois de Rofe. ou bois Il ell d'un noir tirant fur le rouge, raie, 6c femé de veines très-fines, de rôle, qu'on diroit être peintes. Il ell d'ailleurs propre aux ouvrages les plus délicats de menuiferie. Les meubles qu'on fait de ce bois , font fort elli- mez dans tout 'Empire, & dans les Provinces boréales : ils fe vendent plus cher que ceux aufquels on a appliqué le vernis.

Si on a égard à la force & à la dureté , il n'y a peut être nulle part aucun ^^'^ ^ bois, qui foit comparable à celui que les Portugais, pour s'accommoder à l'exprelîion Chinoife, tiéîymou^ 2.Tppe\\ent Pao de ferro^ c'ell-à-dire. Bois de fer. L'arbre ell auffi haut que nos grands chênes > mais il en ell différent par la grolîèur du tronc, par la figure de la feiiille, par la couleur du bois, qui ell plus obfcure, 6c fur-tout par le poids.

Les ancres des Vaiflcaux de guerre lont faits de ce bois j 6c les Officiers de l'Empereur, qui accompagne ient les Milîionaires lorfqu'ils allèrent dans rille formofe^ ou T'ay ouan^ prétcndoient qu'elles étoient meilleures que les ancres de fer des Vaiileaux Marchands Chinois} c'ell de quoi nous ne con- viendrions pas. Car les pattes ne Içauroient être alTez aiguës, ni allez for- tes, pour rendre l'ancrage bien sûr } 6c en donnant, comme ils font, àb verge, plus du double de la longeur des anaxs de fer, ils en diminuent la force , quelque grande qu'ils la veiiillent fuppofcr dans cette efpècc de bois.

Si

t4 DESCRIPTION DE L'EMPIRE DE LA CHINE,

Arbrif- Si des aibrcs on pafle aux arbrifleaux^ ceux qui portent le Thé, doivent

féaux. être placez au premier rang, parce qu'ils lont à la Chine d'un plus grand

Thé. Ses ^ ^ij^j^ meilleur ulage.^ Le nom de 27:?/ nous clt venu du patois, qui le

c;'pèces7^^ parle à Tjuen ttbeou , 5c à Tchang tcheou fou de la Province de Fo kien. Dans

lerefte de l'Empire on le fert du mot l^cha^ comme on le nomme auflî dans

les Relations Potugaiibs. Mais ce mot comprend bien des elpèccs de Thé,

fi l'on diitingue toutes celles qui dans les Provinces ont quelques différences

par rapport au nom. A en juger cependant par les propriétez , on peut en

quelque manière les réduire toutes à quatre : l'çavoir au Song lo tcha^ 3.11 Fou

y tcha^ au Pou cul tcha^ & au Lo ngan tcha.

Le premier eil ainfi appelle d'une Montagne de Kiang nan dans le rclTort àe Hoei tcheou fou ^ dont la latitude eft de 2p. degrés f 8. minutes 30. fécon- des, qui s'appelle Song lo chan.^ Elle n'elt ni haute , ni fort étendue : elle eft toute couverte de ces aibrifléaux, qu'on y cultive fur fon penchant, de même qu'au bas des Montagnes voifmes.

On plante ces abriifeaux du Thé Song lo^ que nous appelions Thé verd, à peu près comme les vignes, ôc on les empêche de croître > fans quoi ils iroient jufqu'à fix & fept pieds de hauteur: il faut même les renouveller après quatre ou cinq ans j autrement la feuille devient grofliére , dure & âpre. La fleui" en eft blanche , & a la forme d'une rofe compofée de cinq feiiilles. Quand la fleur fe pafle dans l'arriére faifon, on trouve fur la plante une Baye, qui a la figure d'une noix charnue , peu humide, &fans mauvais goût.

Ce que je dis de la hauteur de ces arbrifleaux, regarde ceux qui croiflent dans la Province de Kiang nan^ car ailleurs on laifîb croître ces arbrifleaux à leur hauteur naturelle, qui va jufqu'à dix ou douze pieds. C'eft pour- quoi quand l'arbre eft jeune, on fait pancher les branches pour en ciieillir phis aifément les fiieilles. Le Song lo tcha^ confervé pendant plufieurs an- nées, eft un excellent remède contre plufieurs maladies.

Le Vou y tcha naît dans la Province de Fo kien^ 6c tire aulTi fon nom de la fameufe Montagne Vou y chan^ fituée dans le diftriét de Klen ningfou^ 6c éloignée de deux lieues de la petite Ville de l'fong gan hien au vj^. degré de latitude Nord 47. minutes 38. fécondes, fuivant des obfervations faites furie lieu. Cette Montagne eft la plus célèbre de la Province : on y voit quantité de Temples, de Maifons, d'Hermitages de Bonzes de la feèle de T'ao kia^ qui y attirent un grand concours de peuples.

Dans le defléin de fiire paffer cette Montagne pour le féjour des immor- tels, ils ont fait placer des barques, des chariots, ôc d'autres chofes de cette nature , dans les trous des rochers les plus efcarpez , le long d'un ruilîcau qui en fait le partage: de forte que ces ornemens, tout bizares qu'ils font, paroilfent au Peuple groffier, tenir du prodige, Ôc n'avoir été mis daps ces endroits II impraticables , que par une force plus qu'humaine. La terre de la Montagne qui produit cette plante, eft une terre légère, blancheâtre, & fablonneufe.

La hauteur, la grofleur, la culture des arbrilTeaux Fou y tcha ^t^ la mê- que celle des arbrifleaux Song lo tçha. La feule différence qu'il y ait, c't'^

quç

ET DE LA TARTARIE CHINOISE. if

que les fciiilles du Song îo font plus longues ^ plus pointues , que leur dé- coction rend l'eau verte, & qu'on s'apperçoit aifément par l'ufage qu'il eft corrofîf. Au contraire les feiiilles du Fou y tcha font courtes, plus arrondies , un peu noirâtres, 6c donnent à l'eau une couleur jaune, fans aucune âpreté, & fans rien avoir , dont l'ellomach le plus foible ne puîffe s'accommoder. Aufîî le Fou y tcba eft-il généralement dans tout l'Empire, le Thé le plus re- cherché pour l'ufage 5 on a peine à en avoir de bon dans les Provinces Sep- tentrionales , l'on ne vend ordinairement que de celui qui eft compofé de feiiilles déjà grolTes. Car plus les feiiilles du Fou y ^cba^ de même que celles du Smg lo, font jaunes, tendres 6c fines 5 plus elles font eftimées. On en fait fur les lieux de trois fortes.

La première eft de la feiiille qui a été cueillie fur les arbrifteaux les plus récemment plantez, ou, comme s'expriment les Chinois, de la première pointe des feuilles. C'eft ce qu'ils appellent Mao 'tcha: on ne s'en icrt gué- res que pour faire des préfens, ou pour l'envoyer à l'Empereur.

La féconde eft des feiiilles , dont la croiflance eft fenfible. C'eft celui qu'on vend fous le nom de bon Fou y tcha. Ce qui refte enfuite fur les ar- brifteaux de feiiilles, qu'on laiflé groflîr, fait la troifiemeefpèce, qui eft i trés-bon marché.

On en fait encore une autre cfpèce de la fleur même -y mais il faut le com- mander, 6c avancer un prix exceftif pour l'avoir. Les Miftîonnaires Géo- graphes en ayant trouvé un peu par le moyen des Mandarins , en firent pré- parer deux ou trois fois à la manière ordinaire, fans jamais remarquer aucun effet fenfible: l'eau ne prit prefque point de couleur, à peine avoit-elle quelque goût} 6c c'eft apparemment pour cela que ctTljé n'elbpas enufage, non pas même dans le Palais, ni pour la bouche de l'Empereur. Le thé Impérial eft celui que nous avons nommé avec les Chinois Mao tcha : on en trouve à vendre dans les lieux voifins des Montagnes Song lo ^Fou y pour 40. à fo. fols la livre.

A ces deux efpèces de thé ou de tcha^ on doit rapporter toutes les autres fortes, aufquelles on donne différens noms, comme font le Lou ngantcha^ le Hat tcha, àcc. Le Lou ngan tcha tire fon nom de la Ville de Lou ngan tcheou: quoique le bon thé de cette efoècc ne fe trouve 6c ne fe cultive que fur la pente des Collines de la petite V ille nommée Ho chan bien , qui en eft éloig- née de fept lieues. L'ayant examinée fur les lieux , on n'y remarqua aucu- ne différence du Song lo tcha, ni dans la ftruéture des feuilles , ni dans